XXV – Anthracite

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Elle avait donc toujours été là, quelque part. La mort de son père l’avait fait revenir. Edward St John le savait depuis peu. Sécuriser ses recherches. Quiconque avait fait un long voyage se rendait, dès son retour, chez ses proches, enfin, c’était la façon normale de procéder. Elle n’aurait pas dérogé à cette règle.

St John avait donc fait surveiller la veuve Simmons, au cas où sa fille aurait reparu. Mais rien. En cinq ans, pas une visite. Tout avait concouru à faire penser qu’elle n’était jamais revenue, et pourtant. Edward St John le savait depuis peu, elle était là, quelque part.

La bougresse était maligne, cela dit. Une véritable anguille, elle glissait entre les mains quand on croyait la tenir. Un fantôme. Elle n’aurait pas dérogé à cette règle, et pourtant, personne ne l’avait vu. Seul un homme venait, de temps en temps, selon les rapports des hommes qui planquaient dans la rue. Un homme qui aurait pu être le fils de la vieille dame.

St John s’approcha de la berline noire qui planquait. Il ouvrit la portière arrière, s’installa.

- Toujours rien ?

- Toujours rien, monsieur.

- Le type est venu, ces derniers jours ?

- Pas cette semaine, monsieur.

- Comment est-il ?

- Sans personnalité. Il arrive toujours à pied. Mais on a fini par trouver, y’a pas longtemps. Il gare sa bagnole à deux rues d’ici, mais jamais dans la même rue que la fois précédente.

- Et vous n’avez jamais pensé à en parler, de ça… C’est quoi, sa voiture ?

- Une Mustang, monsieur. Bleue. Pas discrète. Un modèle 69, je crois…

- Le numéro ?

- On l’a écrit là, monsieur, répondit l’homme en tenant un morceau de papier à St John.

Le conseiller de Sommers sortit de la berline. « Quels cons », pensa-t-il. « Rien dans la tête ! ». Il fit quelques pas, bifurqua dans une rue adjacente, puis dans une seconde. Une Cadillac noire l’attendait. Elle ne se fondait pas dans le décor, fait de Ford, de Lincoln, de Chevrolet, de pavillons de banlieue.

St John prit place à l’arrière, fit signe à son chauffeur de démarrer, décrocha le téléphone.

- J’aurais besoin d’une identification. Une Mustang 69. Bleue.

Il épela le numéro d’immatriculation, puis raccrocha. La Cadillac roulait tranquillement en direction du centre-ville. St John se refaisait la carte mentale des événements. Il aurait fait un bon flic. Mais ce job ne payait pas. Et n’assurait pas une retraite confortable. Sénateur. Ça, c’était rémunérateur. À condition d’accepter de fermer les yeux, parfois, sur ses principes, ses convictions.

Comme avec ce type qu’il avait contractualisé pour s’occuper de la chanteuse du club de jazz, pour faire pression sur Andrews. Elle semblait si proche de lui, si on en croyait le barman… Et tant pis pour ses principes, ses convictions… Ses principes… Ses convictions… « Merde... ». Il se prit le visage entre les mains. « Merde ! ». Ses principes… Le type avait loupé son coup. Ses convictions… Et il était passé sous un camion. « Merde ! Heureusement… ». Principes, convictions. Sommers ?... Miranda. La protéger…

Il décrocha le téléphone, composa un numéro.

- Miranda, je sais où elle est. Ne me remerciez pas, je vous en prie. Mais il ne devrait pas… Je sais, Miranda. J’en ai conscience, pleinement. Mais il est trop… Je comprends. Mais restez sur vos gardes, Miranda. Attendez-moi, j’arrive.

La limousine poursuivait son bonhomme de chemin, arriva dans le quartier des affaires, s’engouffra dans un parking sous-terrain. Edward St John s’extirpa de la Cadillac, s’approcha de l’ascenseur, appuya sur le bouton.

Une petite vingtaine d’étages plus haut, le couloir était garni de moquette beige. St John avait toujours trouvé cette couleur trop salissante, en particulier les jours de pluie. Paradoxalement, la moquette, ici, était toujours irréprochable. Une fortune devait être dépensée régulièrement pour l’entretien.

Au bout du couloir, la porte s’ouvrit. Il entra dans le luxueux appartement. Miranda était là. Michael William Sommers aussi.

- Alors, elle est où cette salope ? s’impatientait Sommers.

- Michael, s’il te plaît, tempéra Miranda. Edward, dites-nous. Où se cache-t-elle ?

- Miranda, …

- Putain Ed ! reprit Sommers. Tu sais ce qu’elle a fait. On ne va pas en discuter encore pendant des années. Dis-nous.

Edward tendit un morceau de papier à Sommers.

- Mike, j’ai réfléchi. Tout ça va trop loin. Ton père n’aurait pas…

Un coup de feu claqua. St John grimaça. Se retourna. Miranda le regardait droit dans les yeux. Le pistolet fumait encore dans sa main droite. St John s’effondra.

- Mère ! s’écria Sommers. Pourquoi ?

- Il allait faiblir, il était sur le point de craquer. Tu ne dois pas les laisser te détourner de ton objectif. Et ton père… Je pense qu’on peut se dispenser de tenir compte de ce qu’il aurait pensé, aujourd’hui.

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