XXVIII – Ivoire

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La Mustang suivait aisément la Lincoln, lancée à vive allure. Briggs avait déjà alerté ses équipes. Le bureau de Michael William Sommers, deuxième du nom, était assimilé à une scène de crime. Plus personne n’y avait accès. Des preuves s’y trouvaient sûrement, rien ne devait disparaître.

Un corps avait été trouvé, aux abords d’une rivière. Pas de noyade, pas de mascarade. Une balle dans le dos. Net, et sans bavure. Edward St John, ex-sénateur, ami de feu Michael Sommers Sr, conseiller politique de Michael Sommers Jr.

L’homme qui pouvait avoir influencé Sommers Jr. Miles n’était pas dupe. Briggs non plus. Sommers, président ? Le costume était bien trop grand. Sommers n’avait pas d’ambition politique. Il avait seulement un « destin ».

St John, le sénateur déchu, pouvait être celui qui avait l’ambition pour Sommers. Mais maintenant qu’il était mort… Briggs voulait fermer les yeux, la nuit avait été longue. Trop d’incertitudes, trop de zones d’ombre. Et la route.

Au volant de la Mustang, Miles était ailleurs. Il n’était pas flic, pas de rapport à rédiger. Sa mission était achevée. Il ne lui restait qu’à aider le capitaine Briggs à tirer les derniers bouts de ficelle.

Le manoir Sommers. Des voitures de patrouille garées dans le parc, juste devant la bâtisse. Des flics, qui allaient et venaient. La brigade cynophile. Briggs avait alerté ses équipes. Des flics s’étaient fait tirer dessus, il n’en avait pas fallu plus pour trouver des volontaires, même au petit matin.

Et maintenant, c’était Donut-Time. Miles suivit Briggs à l’intérieur. Miranda Sommers se posta devant eux, le visage sévère. Briggs soutint son regard, puis fit signe de la tête à l’agent qui attendait dans le couloir. Ce dernier invita la maitresse de maison à s’écarter.

Briggs et Miles entrèrent dans le salon. Une cible de fléchettes, un écran plasma géant, un canapé en cuir de haute facture. Une table basse, une pochette cartonnée. Tandis que Briggs s’installa dans le canapé, Miles observa la cible. Une fléchette, plantée dans le liège, épinglait un petit morceau de papier journal mal déchiré. Quelques fragments de mots, et trois lettres, parfaitement lisibles : G. C. T.

Miranda les observait depuis l’encadrement de la porte.

‑ Je vous ferai tomber, pour ça, promit-elle.

Briggs n’écoutait pas.

‑ Miles, viens voir ça.

Le détective prit place à côté du capitaine. Ils étalèrent sur la table basse les documents trouvés dans la pochette.

‑ J’ai l’impression que tu as bien fait de prévenir tout le monde, constata Miles.

‑ J’ai le nez creux pour ce genre de conneries… Regarde ça. Des fichiers sur tout le monde.

‑ Rangés dans l’ordre chronologique. Simmons, Carver, Ackerman, Abercomby, Andrews, Turner.

‑ Alors qu’est-ce qu’il est allé foutre chez toi ? Pourquoi la chanteuse ?

Miles se tourna vers la porte, vers Miranda. Elle ne dirait rien. En tout cas, rien d’intéressant… juste des menaces… « Vous ne savez pas ce que vous faites », « Je vous détruirai », « Vous êtes finis ».

Et puis il y avait cette grande table, derrière, le bureau de Sommers. Miles se leva. Un flyer publicitaire du Blue Velvet, le nom d’Evelyn, entouré rageusement de rouge.

‑ Roger, je ne sais pas ce qu’il lui voulait, mais, clairement, c’est à elle qu’il en voulait le plus !

‑ Pourquoi ?

Un sourire en coin s’afficha sur le visage de Miranda. Briggs s’approcha d’elle.

‑ Et St John ? Il a fini par devenir gênant, c’est ça ? C’est pour ça qu’il n’y a pas de dossier ? C’était pas prévu ? Le petit Michael a piqué une crise et l’a flingué sur un coup de sang ?

‑ Mon fils n’y est pour rien. Misérables, vous avez sali la mémoire de mon mari, et maintenant, vous voulez faire la même chose avec mon fils !

Un policier en uniforme entra dans la pièce, s’approcha de Briggs, murmura… Briggs observa Miranda.

‑ On a retrouvé une arme, pas loin de là où était le corps de St John. Elle est enregistrée à votre nom…

‑ Edward s’est révélé faible, répondit Miranda dans un sourire méprisant.

Briggs fit un signe de tête au policier en uniforme, qui décrocha sa paire de menottes de sa ceinture.

‑ Miranda Sommers, je vous place en état d’arrestation pour le meurtre d’Edward St John. Vous avez le droit de garder le silence...

Miles quittait déjà la pièce. La question de Briggs. Pourquoi la chanteuse. Il voulait en avoir le cœur net. La Mustang était prête à l’emmener.

Encore cette route, de jour, cette fois. Et pour la meilleure des raisons. Elle était vivante, tout danger semblait écarté. Pourtant, sans connaître le pourquoi, comment célébrer ?

La maison était vide. Elle pouvait rester aussi longtemps qu’elle le voulait. Mais elle était partie. Elle avait juste laissé un petit mot dans la vitrine des trophées.

« Miles,

Vous ne vous rendez pas compte de tout ce que vous avez fait pour moi. Je vous en serai éternellement reconnaissante. Ou quelque chose comme ça…

Merci infiniment.

Belle vie. Adieu.

Evelyn

PS : Vous devriez revenir, de temps en temps, entretenir la tombe de vos parents. »

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