Chapitre 10.2 : Cicatrice et confidence

5 minutes de lecture

Le silence de la chambre d'hôpital est épais. Un linceul blanc sur la fureur qui bouillonne sous la surface. Dan est allongé, son visage pâle et ses traits tirés par l'épreuve. Autour de lui, Frank, Victoria et Jessica forment un cercle de soutien et de suspicion. L'air sent le désinfectant et la peur, un mélange qui rend la respiration difficile.

— Qu'est-ce que tu te rappelles de ton agression ? demande Frank, sa voix grave brisant le silence.

Dan ferme les yeux, revivant la scène. — Après avoir discuté avec Rufus, j'ai bu mon thé et soudain... je n'arrivais plus à respirer. Je suis tombé. Et c'est là que le Corbeau arrive. Il prend mon revolver, juste pour me faire peur. Ensuite, je perds connaissance.

— Ses attaques deviennent de plus en plus violentes, intervient Victoria, ses mains nouées sur ses genoux. L'accident de la voiture de Frank, ma chute de l'échelle, et maintenant ça... Il monte en puissance.

Le visage de Dan se déforme en une expression de haine froide. — Il a eu de la chance. La prochaine fois que je croise ce Corbeau, il est mort. Il fixe alors Jessica, ses yeux s'assombrissant. Mais en y pensant, mon empoisonnement arrive juste après que j'ai bu le thé. Et c'est toi, Jessica, qui l'as préparé. Et je ne crois pas que tu aies été sa cible.

Jessica, sous le choc, se lève d'un bond. — Attends ! Tu es en train de m'accuser ? Je pourrais te dire la même chose. Quand Victoria a été agressée, c'était ta scie qui a été utilisée, et il n'y a que toi qui as la clé de tes outils.

La tension est à son comble. Dan, la voix glaciale, se redresse légèrement. — Écoute-moi bien, Jessica. Personne ne m'accuse de quoi que ce soit, j'espère que c'est clair et que tu l'as compris.

Outrée et blessée, Jessica quitte la chambre en trombe, claquant la porte derrière elle.

Frank, cherchant à apaiser la situation, s'adresse à Dan. — Il y a Rufus qui va passer la soirée chez Camille. Vu ce qui s'est passé, c'est mieux pour lui.

Dan ferme les yeux et acquiesce. — Oui, c'est mieux pour lui. Et ensuite, quand Anna sera enterrée, il repartira à San Francisco.

Un silence pesant s'installe, un instant de répit avant la tempête. Dan rouvre les yeux et, d'une voix plus basse et plus grave, ordonne. — Faites en sorte que rien ne soit divulgué. Effacez toute trace.

Le silence de la chambre de Camille est un refuge, un cocon contre le tumulte du monde extérieur. Dehors, la nuit enveloppe Valombré, mais à l'intérieur, le seul son est la respiration de Rufus, lourde et irrégulière. Assis sur le lit, il est rigide, accablé par le poids des secrets. L'image de sa mère, Anna, malade et contrainte de rester au village, le hante ; la culpabilité l'étreint comme un étau.

Camille entre doucement, portant une tasse fumante. Elle la dépose sur la table de nuit et s'assied près de lui, sa présence apaisante. — Tiens, Rufus, cela te fera du bien, murmure-t-elle, sa voix apportant une douceur dans l'obscurité.

Il la remercie d'un signe de tête, son regard est vide. Camille, comprenant son silence, pose sa main sur la sienne. Un contact léger, mais qui fait l'effet d'une décharge électrique.

— Tu as l'air si loin, murmure-t-elle. Je vois que tu as l'impression de t'être trompé.

Rufus lève les yeux vers elle, son regard est une mer de tristesse. — J'ai du mal à comprendre le pourquoi de tout cela, il manque quelque chose, une pièce du puzzle.

— Il manque une piste, acquiesce-t-elle, son regard sombre fixant le mur. Et surtout, quel est le rapport entre le garage Thompson, la signature J.A. et les attaques du Corbeau ?

Rufus secoue la tête, un soupir d'impuissance lui échappant. — Depuis que je suis revenu ici, j'ai l'impression de ne plus être à ma place dans ce village. Ma mère était d'accord pour que je parte, pour que je fasse ma vie, mais aujourd'hui, je me dis que je n'ai jamais dû partir. Si j'étais resté, j'aurais pu faire quelque chose pour la sauver, j'aurais pu empêcher ce drame. Mais je n'ai rien pu faire.

— Rufus, dit-elle d'une voix plus ferme, tu n'es pas responsable de tout ce qui s'est passé ici. Anna a voulu t'offrir la meilleure vie qu'une mère puisse offrir à son fils. Et je suis sûre que si elle était encore en vie en ce moment, elle serait fière de toi, Rufus.

Camille retire sa main pour poser ses deux paumes sur le visage de Rufus, le forçant doucement à la regarder dans les yeux. — Anna t'a donné toutes les cartes pour que tu puisses réussir. Elle savait que la vie qu'elle aurait pu t'offrir ici, dans ce village, n'aurait pas été suffisante pour toi. Même si tu avais été là, tu n'aurais rien pu faire de plus. C'était sa maladie, son choix, sa vie. Je suis sûre qu'elle te regarde de là-haut, et elle est fière de toi. Même si tu es parti du village, c'est pour que tu construises ton avenir.

Leurs regards se croisent dans la pénombre, et le poids de la culpabilité commence à se dissiper. Il ne voit pas de pitié dans les yeux de Camille, mais une compréhension profonde qui le touche. Il se penche vers elle, un mouvement lent et incertain, et leurs lèvres se trouvent dans un baiser doux, chargé de toutes les émotions qu'ils ne peuvent plus contenir.

Le baiser s'intensifie, leurs corps se rapprochent, cherchant un réconfort que les mots ne peuvent pas donner. La tristesse et la confusion s'estompent, remplacées par une chaleur réconfortante. Leurs mains glissent, défaisant les boutons et les fermetures éclair avec une lenteur calculée, révélant la peau et le besoin de l'autre. Les vêtements tombent en douceur, une barrière de moins entre eux. Restés en sous-vêtements, ils se blottissent l'un contre l'autre, leurs corps cherchant un contact apaisant. Ils s'allongent sur le lit, leurs corps enlacés ; l'obscurité de la chambre accueille leur intimité naissante, s'offrant ainsi du plaisir mutuel.

Fin du chapitre



Note de l'auteur :

Cette partie explore la paranoïa qui s'installe au sein du clan. À l'hôpital, la solidarité familiale vole en éclats sous le poids des accusations mutuelles entre Dan et Jessica. En parallèle, j'ai voulu offrir à Rufus un moment de vulnérabilité et de vérité chez Camille. Le passage de la culpabilité étouffante à l'intimité physique symbolise son besoin vital de se raccrocher à quelque chose de réel et de pur au milieu du chaos de Valombré.

Dan ordonne de « tout effacer » concernant son agression. Selon vous, cherche-t-il à protéger la réputation de la famille ou cache-t-il quelque chose sur l'identité de son agresseur qu'il préfère régler lui-même ?



A suivre : Chapitre 11.1 : L'Héritage des Songes

Entre le souvenir d'une mère disparue et la promesse d'un nouveau départ, Rufus choisit de briser les chaînes du silence.  

Annotations

Vous aimez lire Nicolas-Aj-Naval ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0