Chapitre 11.2 : Les Murmures de Valombré

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Le soleil de Valombré peint de longs traits de lumière sur le plancher de bois des archives municipales. L'air, lourd de l'odeur du papier jauni et de la poussière, semble ralentir le temps. Rufus est assis à une grande table, entouré de cartons étiquetés qui empestent l'histoire oubliée de Valombré. Il a déjà passé plus de deux heures à feuilleter des rapports sans intérêt, des recensements sans âme et des articles sur des fêtes de village dont personne ne se souvient.

Le gardien des archives, un vieil homme du nom de Monsieur Dubois, au visage buriné par les années, le regarde depuis son bureau, un sourire en coin. Sa présence bienveillante est un doux contraste avec la tâche aride de Rufus.

— Pas facile, hein ? lance Monsieur Dubois, sa voix grave comme le roulement lointain d'un tambour. L'histoire de Valombré, c'est comme une rivière. Il y a beaucoup de calme en surface, mais il faut aller au fond pour voir les tourbillons.

Rufus ne répond pas. Il est plongé dans un dossier sur les accidents de la route. Son doigt glisse sur la page ; un sentiment de lassitude commence à le gagner.

— Tenez, dit-il, la voix morne, un article sur le carambolage sur la rue principale. Il y a vingt ans. La moitié du village était en retard au travail. C'est tout ce que j'ai trouvé d'intéressant.

Monsieur Dubois éclate d'un rire discret, son corps entier tressautant. — Ah, ça ! Le jour où le boucher a perdu ses cochons en plein milieu de la route ! On a dû tous les ramasser, y compris le maire ! Une vraie pagaille !

Rufus sourit malgré lui. Il continue ses recherches, ses yeux balayant des titres sans rapport. Son esprit vagabonde vers le corbeau, son père, et cette étrange affaire du garage Thompson.

Quelques minutes plus tard, il tombe sur une autre coupure de journal. — Et là, un accident de la route... Une voiture est tombée dans un fossé. On dirait que ça ne faisait pas la une des journaux.

— C'était un accident sans gravité, explique Monsieur Dubois, se levant pour se dégourdir les jambes. Le chauffeur a confondu l'accélérateur et le frein. Il a juste perdu sa fierté, rien de plus.

Rufus acquiesce, sans vraiment écouter. Il est à la limite de l'abandon. Il sent la frustration lui tordre l'estomac. Mais au moment de fermer le dossier, son regard est attiré par un dossier plus épais, au fond de la pile. Il porte un tampon rouge et le mot « CLASSÉ ». Le nom qui y figure est celui qu'il attendait.

Il prend le dossier et le pose doucement sur la table, le cœur battant la chamade. Ses mains tremblent légèrement lorsqu'il ouvre la chemise et lit le titre en gros caractères : « Affaire : escroquerie du garage Thompson ». La pièce semble devenir plus silencieuse. Le regard de Rufus se lève vers celui de Monsieur Dubois, qui a arrêté de rire. Son sourire a disparu, remplacé par une expression grave.

— Monsieur Dubois, demande Rufus, sa voix chargée d'une tension nouvelle. Qu'est-ce que vous pouvez me dire sur l'affaire du garage Thompson ?

Le vieux gardien baisse la tête, fixant ses pieds. — C'était il y a quelques années, mais tout le monde s'en souvient encore. Le propriétaire a été accusé d'avoir escroqué plusieurs familles du village. Mais l'affaire a été classée, on ne sait pas pourquoi. C'est comme si elle n'avait jamais existé.


Fin du chapitre


Note d'auteur :

C'est le point de bascule dramatique du roman. La révélation de l'identité de Camille (elle est une Ashny) change la nature de sa relation avec Rufus : ils ne sont plus seulement des amants, mais les deux faces d'une même tragédie familiale. Sa décision finale de chercher la justice plutôt que l'appartenance marque sa naissance en tant qu'héroïne active

Maintenant que Camille sait qu'elle est la fille de Frank et Victoria , son désir de justice l'emportera-t-il sur la complexité de ses sentiments pour Rufus, qui est désormais officiellement son cousin?



A suivre : Chapitre 11.3 : Le Sang des Mensonges

Une simple feuille de papier jauni fait voler en éclats l'identité de Camille, transformant son chagrin en une fureur vengeresse.

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