Chapitre 12.1 : Plus aucun temps pour la culpabilité
Le soleil commence à décliner, jetant de longues ombres sur l'allée de la maison. Frank et Victoria sont assis sur les marches de pierre qui mènent à la porte d'entrée, une tasse de thé à la main. Un silence lourd flotte entre eux, brisé seulement par le chant lointain des oiseaux et le murmure du vent dans les arbres. Frank pose sa tasse et regarde sa femme, le visage grave.
— Après l'enterrement d'Anna, on partira loin d'ici, murmure-t-il d'une voix basse. Vu ce qui se passe en ce moment, les attaques du Corbeau deviennent de plus en plus violentes.
Victoria hoche la tête, un pli d'inquiétude barrant son front.
— Oui, je suis d'accord. Je ne comprends pas ce qui l'en empêche. D'abord, il nous fait peur, et ensuite, il peut décider de nous tuer ?
— L'enterrement, c'est demain après-midi. Ce sera rapide, répond Frank. J'essaierai de voir avec le reste de la famille pour que l'événement soit expéditif.
Victoria inspire profondément, un poids semblant se soulever de ses épaules.
— Cela me rassure. Mais Frank, penses-tu que ce qu'on a fait il y a quelques années a un rapport avec les attaques du Corbeau ?
Frank hésite, son regard s'égarant dans le lointain.
— Peut-être. C'est fort possible.
Le regard de Victoria se dirige vers les nuages, admirant les formes qu'ils peuvent prendre.
— Il y a eu beaucoup de personnes qui en ont souffert, beaucoup de victimes. Le Corbeau pourrait vouloir nous faire tellement peur qu'on finirait par se dénoncer à la police. Je n'ai pas envie que mes années d'expérience dans l'armée soient salies.
Soudain, le crissement des graviers annonce l'arrivée de quelqu'un. Frank, voyant Rufus au bout de l'allée, coupe la parole à Victoria.
— Chut. Ne dis plus rien.
Il se lève et se force à sourire. Il lance un regard à Victoria, qui comprend qu'il veut lui parler seul à seul et qui se lève pour partir. Frank l'attrape par le bras et lui chuchote à l'oreille.
— Reste, ne laisse rien paraître.
Il s'approche de Rufus, son visage masquant la tension intérieure.
— Rufus, comment te sens-tu ?
— Ça pourrait être mieux, répond Rufus, ses yeux balayant les deux silhouettes, remarquant leur nervosité.
Il sait que quelque chose ne va pas, mais il ne veut rien laisser paraître. Il sait que sa famille cache quelque chose, et il est déterminé à le découvrir. Victoria s'approche, le visage aussi sérieux que d'habitude, mais avec une pointe d'anxiété dans le regard.
— Que fais-tu depuis quelque temps ? Je te vois faire des allers-retours en ville, s'enquiert-elle, ses yeux plissés par une profonde méfiance.
— J'ai l'impression qu'on nous prend pour des imbéciles, répond Rufus. Avec Camille, on a découvert quelques pistes sur la raison pour laquelle le Corbeau fait cela.
À peine a-t-il fini sa phrase que son portable vibre dans sa poche. Un message de Camille apparaît à l'écran : Viens, j'ai trouvé quelque chose.
Frank, qui a jeté un coup d'œil rapide à l'écran, serre les poings, le visage livide. Il regarde Victoria puis se tourne vers Rufus.
— Écoute Rufus, avec tout ce qui se passe en ce moment, avec le Corbeau, je n'ai pas confiance en Camille. C'est la seule qui n'a pas eu de lettre. Et comme elle est proche de la famille, je pense qu'elle pourrait être le Corbeau.
Le regard de Frank est d'une intensité telle que Rufus ne sait quoi répondre. Le doute, comme une graine, vient d'être planté dans son esprit. Mais Rufus refuse cette simple idée et le cache.
— Je comprends, répond Rufus, sa voix vacillant légèrement. Je vais faire un petit tour, me changer les idées et réfléchir à tout cela.
Il tourne les talons et s'éloigne sur l'allée, laissant Frank et Victoria dans le silence lourd du crépuscule.
Le vent porte une mélodie lointaine de chuchotements. Rufus est là, chez Camille, un peu plus loin dans le village. La porte d'entrée est restée entrouverte, un mince trait de lumière jaune s'échappant de la maison. Il pousse la porte d'un pas hésitant, le cœur serré par le silence oppressant de la rue. Il trouve Camille assise sur son canapé, ses genoux serrés contre sa poitrine. Leurs yeux se rencontrent. Elle a le regard bouffi et rouge.
— Comment tu vas, Camille ? As-tu pleuré ?, demande Rufus.
Camille détourne le regard, un mouvement brusque, comme pour cacher la vérité. Elle secoue la tête, un sourire triste aux lèvres.
— Non, ce sont mes allergies. Ça me donne toujours l'air d'avoir pleuré.
Rufus hoche la tête, un million de questions en tête. Il sent le poids de ses mensonges peser sur lui. L'air se remplit d'un silence pesant.
— Rufus, commence Camille d'une voix hésitante, en rangeant tes cartons, un document est tombé... Elle se lève, se dirige vers sa table de chevet et lui tend une feuille de papier froissée. Il était sous mon lit. Il y a quelque chose d'écrit dessus que tu devrais lire.
Rufus prend le document, ses mains tremblantes. C'est une note médicale, un document officiel, mais ce qui fait cesser son cœur de battre est le nom de Dan. Il ne s'agit pas de son père, mais de son beau-père.
Rufus sent le monde s'écrouler autour de lui. Ses mains se serrent autour de la feuille de papier, ses jointures blanchissant sous la force de sa prise. Il sent la colère monter en lui, une rage froide et écrasante. Dan, son père, son protecteur, l'homme qu'il a toujours respecté et admiré, a menti. Toute sa vie est un mensonge.
Il s’assoit sur le lit, la tête entre ses mains, se sentant détruit en mille morceaux. Camille vient s'asseoir à côté de lui, son corps fragile, sa main douce sur son épaule. Elle le prend dans ses bras, le serrant contre elle, comme si elle pouvait réparer le cœur brisé de son ami.
— Je suis là pour toi, murmure-t-elle.
Rufus se laisse aller dans ses bras, ses larmes coulant sur son visage. Il a l'impression de tomber dans un abysse sans fin. Il ferme les yeux, se laissant envahir par le chagrin, la douleur et la trahison. La seule chose qui compte, la seule chose qui lui reste, c'est la chaleur de Camille.
Fin du Chapitre
Note d'auteur :
Cette partie traite de la déconstruction de l'identité. En apprenant qu'il n'est pas le fils biologique de Dan, Rufus perd son dernier point d'ancrage. C'est le moment où il cesse d'être une victime passive pour devenir un homme hanté par la rage.
Petite question :
Rufus va-t-il utiliser cette découverte pour confronter Dan lors de l'enterrement, ou va-t-il s'en servir pour s'allier secrètement avec le Corbeau ?
A Suivre ; chapitre 12.2 :La chair et l'appât
Dans le bureau étouffant de Dan, la hiérarchie familiale se resserre comme un étau. Victoria craque et avoue que leur ancienne entreprise a fait de nombreuses victimes, rendant les attaques du Corbeau presque "justes" à ses yeux. Pour mettre fin au cauchemar, Dan prend une décision glaciale : utiliser Jessica comme appât vivant lors des funérailles d'Anna.

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