Fuite ou Mythe

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Chère Ysis,

Je griffonne ces mots à la hâte, sans savoir si la personne à qui je vais les confier arrivera jusqu'à toi. Je lui donnerai mes dernières pièces d'argent, mais cela suffira-t-il ? Comme je crains qu'en ta lointaine Égypte la colère de nos pairs ne te frappe aussi ! Nous sommes rassemblés ici sur ce quai de pierre alors que les lumières d'alarme illuminent la cité. Autour de moi la plupart des femmes se lamentent, les enfants, arrachés à leur sommeil, pleurent, et les hommes aident au chargement des bateaux. Tous ont le regard brillant de peur.

Ce ciel brûle ; les étoiles chutent sur nous et un roulement venu des entrailles du monde secoue le sol. De là où je t'écris, je vois le marbre des temples se fendiller. Les colonnes de cristal des fontaines se pulvérisent et les demeures tremblent sur leurs bases. Ah voilà donc le châtiment ! Le résultat de notre arrogance trouve là son expression, et arriverons-nous seulement à y survivre ?

Rien n'est moins sûr ; les navires alourdis de marchandises dansent sur les eaux soudainement agitées et le grondement vient à présent de la mer...

*

Cher Osiris,

Le verdict est tombé et les portes du ciel se referment devant nous : le fracas est épouvantable. Ce monde y réchappera-t-il ? Je n'en suis pas persuadée, au mieux il en sera profondément bouleversé et je crains qu'il ne retourne à une sauvagerie sans nom.

Si je survis, j'œuvrerai pour qu'il n'en soit rien et je sais que, de ton côté, tu agiras de même. Mais pour l'heure il reste à sauver ce qui peut l'être.

Dans l'arche nous entassons la frayeur des peuples, le bétail, les objets utiles et inutiles et autres marchandises. Hélas les places sont comptées, il a fallu procéder à une sélection. Les lauréats à la migration seront indemnes, quant aux autres leurs contrariétés grondent et je lis une révolte légitime dans leurs yeux ; il va falloir agir vite pour qu'elle reste contrôlée. Hélas, cela m'incombe…

*

Chère Ysis,

Je sens les âmes sombrer alors que les nations s'abîmes. Comme j'espère que ce n'est pas la fin pour ceux qui y survivront ; que ce ne soit même qu'un commencement. Je n'ai pas pu confier cette missive à temps, l'embarquement a été précipité et sur les nombreux bateaux sur le départ, très peu ont résisté à la vague qui a englouti ma belle Atlantide. Néanmoins je reprends ma plume en m'accrochant à ce souhait : te revoir sur les lieux de notre exil, à supposer qu'une terre au moins aura résisté à la colère de nos pairs. Le firmament s'ouvre au-dessus de nos têtes, notre migration commence sans réponse à mes trop nombreuses questions sur un avenir incertain, mais cette fois, au moins, je me permets de pleurer.

*

Chère Osiris,

Voilà l'arche fermée, et un peu d'humanité sauve, et je m'interroge avec inquiétude : qu'en est-il de ton côté ? Voici que les flots frappent notre refuge flottant, j'implore nos pairs, en vain sans doute : leurs cœurs semblent à jamais fermés, leurs âmes inaccessibles. Hélas, mon époux, ils nous on condamnés à jamais

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