Une étrange jeune femme. 2.5

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Il décida de commencer sa fouille par le campement. Il ouvrit chaque tente, chaque tonnelle, en observa l’intérieur attentivement, sans retrouver la trace de Nahel.

Ziad, qui avait vu le vieil homme faire ses allers-retours, quitta sa cuisine improvisée pour venir le rejoindre sur le chemin. 

— Mr Pierre, demanda-t-il, intrigué, que vous arrive-t-il ? 

L’archéologue, qui n’avait pas remarqué sa présence, se tourna vers lui.

— Je cherche Nahel, lui dit-il le visage grave. Son frère ne le retrouve pas.

Ziad hocha la tête, désolé à son tour. 

— Oui, Sohan est venu me trouver, il y a un quart d’heure, pour m’annoncer que son frère était introuvable. Je n’ai pu l’aider, malheureusement.

Il baissa la tête, attristé à l’idée que le jeune homme est pu, comme les précédents, trouvé la mort.

— Il ne faut pas être défaitiste, le tranquillisa Pierre. Je suis sûr qu’il va bien et qu’il ne va pas tarder à réapparaitre. Tu sais comme moi que ce temple est un vrai labyrinthe. Si le faut, il est juste à l‘intérieur, pour travailler.

Mais même si ses paroles se voulait rassurante, tout comme son léger sourire, il ne pouvait s’empêcher de penser le contraire. Avec autant de blessé et de mort, une disparition ne pouvait annoncer qu’une mauvaise nouvelle. Surtout que cela faisait plus d’une demi-heure qu’il n’avait pas été vue.

— je l’espère... murmura Ziad. Sohan resterait inconsolable s'il était arrivé quelque chose à son frère.

Chacun resta silencieux une minute, perdu dans ses sombres réflexions, puis Pierre reprit

— Tu as vu Nahel, toi aujourd’hui ?

L’homme hocha la tête. Un air contrarié apparut sur son visage.

— oui. Il est venu se plaindre du petit déjeuner.

— Ah bon ? S’étonna le vieil homme.

La cuisine de Ziad ne lui inspirait pas toujours confiance. Il était déjà arrivé, après le repas, que certains ouvriers soit pris d’une crise de colique. Il avait bien fait de ne pas manger le plat de ce matin et de se contenter d’un thé - tous ses derniers évènements lui avaient coupé l’appétit.

— Il m’a dit que les fèves étaient trop assaisonnées, se plaignit Ziad, et que cela lui avait donné des maux de ventre !

Son visage se fit indigner en disant ses paroles.

— il a dû trop en manger plutôt, rajouta Pierre à la va vite pour ne pas le vexer plus, tout en réprimant un sourire.

Lui-même, la veille, avait eu beaucoup de mal à digérer sa purée de pois cassé et avait dû rester une bonne heure allongée à attendre que cela passe.

— Sans doute... grommela-t-il en se détournant vers l’intérieur de la tonnelle où plusieurs plats avaient été disposé sur les deux tables, toujours agacé.

— Ne t’inquiète pas, ta cuisine est toujours très bonne, lui dit-il avec un sourire, certes un peu faux. Je te laisse, je vais aller voir derrière le dôme.

C’était l’endroit chacun avait l’habitude de se soulager, en toute discrétion et à l’abri des regards.

— ne tarde pas trop, répondit Ziad en éteignant les réchauds. Le repas est prêt et nous allons pouvoir manger.

— promis

Il laissa alors Ziad à son rangement pour s’engager sur la pente douce qui menait aux hauts plateaux désertiques. Par acquis de conscience, il jeta un coup d’œil aux deux vieilles camionnettes toute rouillé et cabossé qui appartenait aux ouvriers, ainsi que la sienne, un quatre-quatre blanc ouvert sur l’arrière, à l’allure impeccable, dont il prenait toujours grand soin, comme le reste de ses affaires. Et comme il s’y attendait, Nahel n’y était pas.

Le vieil homme se détourna et remonta le campement sur sa hauteur, peiné par ses pieds qui s’enfonçait dans le sable à chaque pas et qui s’insinuait dans ses chaussures. Sa tête était bouillonnante, malgré son chapeau, tout comme ses vêtements pourtant de couleur claire. Il sentait la sueur lui dégoulinait le long de ses aisselles. Cette chaleur, elle l’indisposait de plus en plus et il rêvait de se retrouver dans l’eau. Sentir son contact frais sur sa peau... 

Il soupira et continua sa marche, tête baissée pour ne pas être aveuglé par ce soleil de plomb. Une piscine, une baignoire, n’importe quoi aurait pu faire l’affaire, pourvu qu’il puisse se tremper. Mais ici, en plein désert, il n’y en avait pas, et tout ce qu’il pourrait espérer, c’était de se verser un peu d’eau sur la tête, avec une bouteille minérale, à son retour dans le campement...

Au bout d’une vingtaine de mètres, il atteignit le haut du grand rocher qui abritait le temple et son ombre salvatrice de cinq ou six mètres, selon l’endroit. En nage, il s’appuya contre la pierre froide pour rafraichir son dos brulant. 

Las, il sortit son mouchoir de la poste de sa veste et essuya les gouttelettes de transpiration qui perlait sur son front et sur ses tempes. Puis, il tourna son regard sur sa droite, et suivit la pierre des yeux, jusqu’à qu’elle s’arrête, remplacé par du sable et des buissons. Derrière, la roche formait un creux à cet endroit avant de repartir en zig-zag et de se rétrécir. C’était ce recoin qui servait de toilette à tout le monde. Bien que lorsqu’une envie pressante d’uriner se présenter, ils s’éloignaient juste du camp sans chercher à monter la pente et à atteindre le haut plateau.

— Nahel ? lança-t-il au jeune homme pour le prévenir de sa présence.

Il n’avait pas envie de se retrouver nez à nez avec lui, pantalon baissé. Cela serait gênant, vraiment très gênant pour tous les deux.

Il n’obtient aucune réponse. Pourtant, il était sûr de le trouver là. C’était-il trompé ?

— Nahel ? Insista-t-il un peu plus fort

Il perçut la voix des hommes, plus bas, qui sortait du temple en conversant entre eux, et le souffle du vent léger qui fouettait le sable. Mais la voix de Nahel, plus fluette, resta inaudible.

Anxieux de ne recevoir aucune réponse, il longea la roche avec discrétion pour ne pas surprendre Nahel s'il était en pleine occupation.

L’odeur forte d’urine et d’excréments lui titilla les narines avant qu’il n’atteigne l’endroit sablonneux. Quelqu’un avait oublier t’enterrer ses besoins, se dit-il, alors qu‘une pelle et un seau prévu à cet effet restait toujours disponible, à portée de main. Ses hommes n’étaient pas des gamins quand même !

L’odeur, très forte, était désagréable et l’obligeait à respirer par la bouche. Il se pinça le nez et continua sa progression jusqu’à que le recoin apparaisse enfin devant lui. Et là ce fut la surprise. Une surprise horrible, du plus mauvais gout !

Tout était dévasté, sans dessus dessous. Le seau renversé avait rependu sur plusieurs mètres, tout son contenu dans le sable saccagé par des pattes et des griffes, mêlé par endroit de morceaux de fines branches cassés, de poils gris fauve et de sang.

Cette vision macabre fit stopper net le vieil homme. Sans plus se soucier de l’odeur, il lâcha son nez, laissa retomber son bras contre lui et ouvrit la bouche sans émettre un seul son. Les yeux agrandis d’horreur, il fixa l’énorme flaque de sang dont le sable s’était repu, transformant ses milliers de petit grain en rouge sombre, et qui remontait comme une piste un peu plus haut.

Il ne put bouger tellement l’effroi face à ce sol gorgé de sang, piétiné par de large pattes, éraflé par des griffes puissantes, le choquait. Une attaque de bête, assez grosse vu le saccage, avait eu lieu ici. Un chacal ou une hyène. Non. Ces animaux étaient des charognards, ils ne s’en prendraient pas à un homme qui pouvait les effrayer avec des pierres et des cris. C’était autre chose, mais quoi ?

Cela lui fit penser à ses hurlements quotidiens la nuit, au garde-manger pillé et dévasté, aux grognements qui retentissaient dans la soirée lorsqu’ils se retrouvaient tous auprès du feu. La bête, qui n’avait pas peur de l’homme, avait fini par passer à l’attaque.

Il referma la bouche pour avaler péniblement sa salive. Il tourna son regard, comme au ralenti, vers la longue trainé dans le sable de la taille d’un homme, rougi en son milieu, qui conduisait une dizaine de mètre plus loin à un regroupement de buisson à moitié sec. Et il pria, lui qui n’était pas croyant, pour que le corps qui émergeait des branchages aux petites feuilles vertes, ne soit pas celui de Nahel.

Le choc ressentit s’estompa suffisamment pour qu’il puisse bouger. Evitant de regarder le sang - il avait toujours était un peu émotif-, il remonta prudemment la pente, regardant partout autour de lui, au cas où le fauve se trouverait encore dans les parages. 

Le désert silencieux, à découvert sur un bon kilomètre, avec ses rochers saillants et ses maigres plantes, ne présentait aucune présence animale, visible du moins. Cela le rassura suffisamment pour qu’il se penche sur le corps. Et ce fut sans surprise qu’il reconnut le visage terrifié.

Nahel reposait étendu dans le sable, son pantalon en jean baissé aux cuisses, les yeux et la bouche grande ouverte. Du sang s’écoulait de sa nuque déchiquetée, d’une partie de sa gorge, maculant de rouge son tee-shirt blanc. 

Pierre n’eut pas besoin de toucher ou de retourner le corps pour comprendre ce qui s’était passé :

Nahel était monté sur le plateau pour une envie pressante. Il s’était accroupit à l’endroit habituel lorsqu’une bête avait surgit silencieusement, avait saisi la nuque entre ses crocs et l’avait secoué comme un prunier jusqu’à que ses vertèbres cervicales se brisent. Mort sur le coup, ou presque. La souffrance, vive, avait dû être brève. Enfin, du moins il l’espérait.

Le vieil homme baissa la tête, anéanti. Pauvre petit, partir si jeune. Il aurait mieux fait d’écouter ses compagnons hier soir, qui le pressaient à nouveau, à la suite de la découverte des deux hommes ensablé vivant, de tout arrêter et de quitter les lieux.

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