Prochaine ligne droite

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La voiture se traîne. Dix minutes que ça dure. Putain de crabe mou.

Il est tard. Fabrice commence à s'impatienter. C'est pas que sa journée a été mauvaise, mais elle n'a pas été bonne non plus. Une sorte d'entre-deux qui vous refile un quotient émotionnel plat. L'annonce de ce matin doit y être pour quelque chose après tout.

Recalé ! Le mot avait claqué comme un pétard au Nouvel An.

Il est vrai que manquer son année pour un point et demi ça vous refile la rage. Mais non. Là-dessus Fabrice relativise. C'est de sa faute après tout. Qu'espérait-il ? Des examens ça se prépare et pas qu'un peu. Sauf quand on est une grosse feignasse et qu'on se croit excellent, parce que d'habitude ça passe.

C'est l'intuition le problème. Elle l'avait lâché au pire moment la garce. Sa bonne étoile, la petite voix dans sa tête qui lui disait quoi apprendre. Ses éclairs de génie, ses fulgurances qui permettaient ses audacieuses impasses. Des risques inconsidérés pour les autres, mais pas pour lui. Des pans entiers du programme à laisser de côté et se concentrer sur la bonne question. Le sujet au poil qui tombe à pic, ou plutôt qui tombait. Parce que désormais c'était plus la même histoire. Fini.

Disparue. Envolée la bonne intuite. Aux abonnées absentes depuis six mois la petite catin. Plus de visions, plus de sixième sens. Fabrice allait devoir s'y mettre. Travailler comme les autres. 

Et l'autre devant qui continue de se traîner dans son tacot pourri aux feux ternes. Vivement le prochain virage. Pouvoir le dépasser enfin. Ne plus être derrière, à la ramasse.

Voilà la dernière courbe. Pas besoin d'enclencher le cligno. On est que tous les deux.

Alors pourquoi tu ne doubles pas ? Qu'est-ce que tu attends ? Fais-moi confiance.

La voiture qui les croise roule à tombeau ouvert, tous feux éteints. Un gros modèle avec un pare-choc avant monstrueux. 

Il s'en est fallu de peu.

Fabrice souffle et se calme. Il ralentit. Il descend la vitre et pose son bras sur le rebord de sa portière. Dehors la nuit est tiède. Il n'est pas pressé après tout. Il sourit. L'année prochaine tout ira mieux.

C'est son petit doigt qui lui dit.

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