Chapitre 1

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Apprendre une mauvaise nouvelle comme celle de la maladie, c’est un choc, un vrai. Du genre qui vous ébouriffe le cerveau, qui vous serre les poumons, le cœur, et vous broie la trachée. On se demande si l’on peut encore respirer, déglutir… toutes ces choses que votre corps fait normalement par automatisme devient un réel effort. Le mental étant trop affecté par les informations que vous venez de recevoir, condamné à décoder des phrases d’un non-sens total pour vous, qu’il en vient à se mettre en standby pour pouvoir concentrer ses efforts là où c’est vraiment utile à ce moment-là : comprendre ce qui se passe.

C’est ce qui était arrivé à Ophélie, le jour où le médecin leur avait annoncé, dans la chambre de Louis après sa scintigraphie, que les résultats d’examens n’étaient pas bons du tout. Côte fêlée l’année dernière après un déménagement, des douleurs persistantes et à nouveau une douleur digne d’une déchirure musculaire seulement trois mois après, avaient poussé le médecin de famille à demander des examens complémentaires. Les résultats de la prise de sang n’étaient pas bons, mais il n’avait pas voulu se prononcer sans avoir une vraie vue d’ensemble, et il avait demandé à ce que Louis passe une journée en ambulatoire pour réaliser une batterie de tests.

Avec du recul, Ophélie était persuadée qu’il avait déjà une idée bien précise, dans son cabinet devant les résultats de la prise de sang, de ce qui attendait le couple. Pour ne pas les alarmer, ou pour ne pas avoir à être celui qui annoncerait la sentence, il ne l’avait pas évoqué lors du rendez-vous, et avait prétexté qu’il valait mieux “être trop prudent que pas assez” pour rédiger une ordonnance et un courrier à remettre au service rhumatologie de l’hôpital.

Cancer. Crabe. Aussitôt, avec son cerveau à deux mille à l’heure, Ophélie avait pensé chimio, rayons, opérations, rémission, crâne rasé, rendez-vous, aller-retours à l’hôpital, taxi-ambulance peut-être, comment le dire à la famille, et que va-t-on manger à Noël si jamais on est occupé à gérer les traitements et si Louis a la nausée ? Le regard dans le vide, quelque part au-dessus de l’épaule gauche du médecin, assise sur le fauteuil de la chambre, elle processait l’information, à sa façon. Mille questions, auxquelles il faudrait trouver une réponse, pour pouvoir avancer, car rien n’était pire pour elle que l’inconnu.

On les avait aussitôt envoyés à la rencontre de l’oncologue pour une première visite. Quelques jours seulement après l’annonce du cancer, le médecin qui avait pris en charge le dossier annonçait les prochaines étapes. Ce serait long et fastidieux, mais dans les mois qui suivraient, à force d’examens, on verrait rapidement l’évolution de la maladie. D’après les médecins, une rémission totale n’était pas envisagée, mais tout du moins une prolongation de la durée de vie.

Louis était jeune, les médecins avaient conseillé de se lancer sans attendre pour lui garantir un maximum de résultats. Pour lui, il n’y avait ni débat ni question, Ophélie avait l’impression qu’il ne remettait rien en cause, il se contentait d’acquiescer et de faire ce qu’on lui disait de faire. Ophélie, elle, avait envie de savoir, de comprendre. Pourquoi tel traitement ? Combien de temps avant de voir les effets ? Il se passera quoi si on ne fait rien ? Quels symptômes doivent nous alarmer ou nous laisser entendre que le cancer a pris de l’ampleur ?

Tant de questions, mais aucune réponse. Elle n’osait tout simplement pas les poser au médecin, pas devant Louis lors des rendez-vous. Puisque lui n’avait pas l’air plus inquiet que ça, elle ne voulait pas faire peser sur lui son inquiétude, c’était lui qui était malade après tout. Elle ne s’autorisait jamais à pleurer en sa présence, seulement quand elle se retrouvait seule, bien souvent dans sa voiture. Elle ne comprenait pas pourquoi Louis refusait obstinément de parler de la maladie, de la suite, des effets secondaires des traitements. Elle avait bien tenté de mettre le sujet sur la table, entre le fromage et le dessert, mais il n’avait pas eu grand succès. Louis avait botté en touche, disant qu’il s’en remettait aux médecins et qu’il fallait leur faire confiance.

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