46 - Damian 

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Damian

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   Le canon de l’arme est glacé contre mon front, tandis que mes mains par-dessus celles de ma sœur, bloquent tout mouvement, l’empêchent de dévier de sa cible. Ce serait trop facile de juste dévier l'arme, me contourner et abattre Donni par un autre endroit. Je veux qu'elle reste là, en place mais surtout qu'elle m'écoute.

Autour de nous, les tirs et les hurlements de la shérif ont cessé. Il n’y a plus que nous, le rugissement du sang à mes oreilles, les battements furieux de mon cœur alors que derrière moi, j’entends Donni gémir de douleur.

Elle lui a complètement défoncé le visage à coup de club de golf, il est méconnaissable.

Au loin, je vois Samuel s’agiter, retenu par Rafaël.

J’inspire par le nez, sens les doigts de Ariana se tendre sous les miens , braque mon regard dans le sien.

Elle est blessée au visage, a une belle entaille au niveau du front mais, elle est consciente. Elle sait ce qui se passe, elle n’est pas totalement en dehors de l’abominable réalité à laquelle elle vient d’ajouter sa pierre.

— Pousse-toi de là, siffle t-elle entre ses dents serrées.

— Baisse ton arme Ari. Baisse ton arme et recule.

Ma voix n’est qu’un murmure, je n’ai pas envie que tout le monde entende mes mots, que les individus autour de nous puissent se satisfaire de mes supplications. De quoi cela aurait-il l'air ? La victime qui supplie pour la vie de son bourreau, il y aurait de quoi jazzer.

Le canon de l’arme tremble contre ma peau, ses bras sous tension s’agitent : elle n’en peut plus.

Cependant, la haine au creux de ses yeux bruns, la grimace furieuse qui étire son visage d’une façon terrifiante ne disparaissent pas. Elle est crispée, prête à en découdre.

— Ariana, je t’en pris, je murmure en fermant les yeux.

Une rafale de vent soulève ses cheveux, me fait grelotter de froid. Dans la précipitation, je suis parti sans manteau, sans même une veste. Mon seul sweat enfilé à la va-vite ne me protège pas du tout de l’air glacé et rendu irrespirable par l’odeur de poudre et la fumée.

Au loin, mon père me dévisage, me hurle de dégager et de laisser Ariana en finir avec Donni.

Mais je ne bouge pas d’un iota.

Un autre gémissement dans mon dos, Donni est en train de sortir de sa torpeur. Il rampe un peu, je l’entends au frottement de la terre contre son corps trop massif pour se relever du premier coup.

Une peur viscérale me prend aux tripes : il est là bordel, juste derrière moi.

Mes lèvres se pressent l’une notre l’autre, tandis que mes épaules se tendent. J'essaye d'ignorer l'horrible sensation de le savoir juste derrière moi, prêt à me bondir à la gorge à la moindre occasion. Un flash me rappelle mon choc lorsque, ligoté dans le coffre de sa camionnette, j'ai découvert son visage hideux sous la lumière de la lampe torche.Puis, je revois son sourire immense lorsqu'après m'avoir vendu, il m'a souhaité de bien m'amuser. Mon corps s'agite des pieds à la tête, une nausée me prend, me serre la gorge.Un rapide coup d'oeil sur le côté m'indique que Samuel n'est qu'à quelques mètres de moi. Je ne risque rien, il est juste à côté de moi.

— Dami, c’est un monstre. Il mérite de mourir il...

— H aussi était un monstre, et est-ce qu’il méritait de mourir pour autant ?

— Tu n’as pas le droit de les comparer.

— Papa est un monstre, et tu ne peux pas le nier. Il a tué sans doute bien plus de monde que lui ne le fera jamais. Elena est là, elle va le coffrer, et Raf va s’assurer qu’il en prendra pour son grade alors... baisse ton arme, Ariana. Si tu le flingues, lui n’ira pas en prison, mais toi, si. Et tu n'as pas le droit de nous abandonner tu entends ? Alors, une dernière fois, baisse ton arme.

Un éclat douloureux passe dans son regard, elle hésite un instant. Ses deux mains resserrées sur la crosse, se détendent légèrement, tandis que le canon tremble à nouveau.

Rafaël hoche la tête dans ma direction, me fait signe de continuer.

Elena quant à elle, indique à ses hommes de rester tranquille, de ne pas intervenir.

Mes mains tremblent légèrement, car son ombre, sa putain de présence dans mon dos m’arrache les tripes.

J’aimerais le savoir mort, pour tout ce qui’l a fait endurer à notre famille. Mais, je me contenterais de le savoir entre les barreaux, là où d’autres Cortez l’attendent, patiemment.

Autour de nous, les coups de feu ont repris : un instant, ils me déconcentrent. Jusqu'alors en suspend, l'affrontement vient de reprendre, et de façon encore plus violente. Chaque camp semble vouloir protéger tantôt Donni, tantôt Ariana dans un ballet de balles qui sifflent et m'explosent les tympans.

— Damian dégage de là !

Mon père me brame dessus, à seulement quelques mètres de nous. Il s’est rapproché sans se faire voir.

Son visage est crispé d’une colère brûlante mais, cette colère, cet air mordant, il m’est destiné à moi, et pas à Donni.

— Allez Ari.

Ma sœur inspire à pleins poumons, et enfin, enfin, baisse son arme. Le canon glacé quitte mon front, s’abaisse dans un mouvement lent, tandis qu’elle ferme les yeux un instant.

Mon père gronde de fureur, s’approche pour m’empoigner aux épaules. Ses mains me font un mal de chien, il serre délibérément plus fort que ce qu’il aurait besoin pour me maintenir en place.

— Montgomery Cortez, à terre ! hurle Elena dans son mégaphone.

Elle le pointe de son arme, lui fait signe de me lâcher. Samuel hurle aussi, plus loin, mais bien plus fort qu’elle.

Je mets cependant un petit moment à comprendre qu’il ne hurle pas après mon père ou moi, mais pour nous avertir que derrière, que dans notre dos...

Une poigne violente m’arrache à celle de mon père et, en à peine une seconde, je me retrouve à nouveau sous la menace d’une arme, le canon pressé contre ma tempe. Le bras passé autour de mon cou me fait un mal de chien, d’autant plus lorsqu’il me force à reculer, en hurlant à tout le monde de rester bien en place.

Mon père se défait, écarquille les yeux de colère tandis que Donni, visiblement remis de son passage à tabac, me tient avec détermination contre lui.

— Bah alors Monty, un problème ?

Un coup de genoux dans les hanches me plie en deux, la shérif hurle dans son mégaphone.

Samuel et Rafaël sont à deux doigts de sortir des rangs, mais de là où je me trouve, je vois Elena les en dissuader d’un mouvement de tête.

Trop dangereux.

La poigne de Donni me soulève presque au-dessus du sol tant il tire sur mon cou pour me faire reculer.

Ariana est pétrifiée d’horreur, et mon père totalement ahuri face au culot de Donni.

— C’est marrant non, ricane Donni en recrachant un peu de sang à chaque syllabe. Hein Monty ? Vous y étiez presque, vous aviez presque réussi à éradiquer le nuisible mais...

Il agite l’arme contre ma tempe.

— Tu as pas réussi à formater tous tes gosses à ce que je vois. Et c’est fou car, c’est le plus pété d’entre eux qui arrive encore à croire qu’il existe un moyen de s’en sortir.

Son bras se resserre, il m’étrangle. J’ouvre la bouche pour chercher de l’air, m’agite, me récolte un rire gras de la part de mon agresseur.

— Bouge pas tant mon Dami, ce serait dommage que mon doigt ripe et que tous tes beaux efforts n’aient servi à rien. Une jolie petite tête comme ça, ça vaut cher. Tu en sais quelque chose ?

— Lâche-le putain espèce de connard, il vient de te sauver la vie, siffle Ariana, enfin sortie de son état second.

Donni a une exclamation étonnée, se couvre la bouche de la main, avant de défaire la détente de son arme.

Samuel bondit en avant, est rattrapé par la capuche de sa veste. Rafaël le tient fermement, lui indique de ne pas bouger.

Mes yeux me piquent, l'air me manque.

— Tu sais Ariana, la vie est un cercle, sourit Donni. Les gens vivent, puis meurent, et leurs enfants reprennent le flambeau... et ainsi de suite. Pour ma part, je trouverais ça normal que la boucle, notre boucle, se termine aujourd’hui. Hein Monty, tu en dis quoi ?

Mon père ne pipe pas mot, se contente de caresser son arme du bout de ses doigts.

— La boucle, c’est entre nous qu’elle se joue : ton premier fils a tué mon père lors de son initiation alors, je vais m’arranger pour éliminer celui-là ? La boucle est bouclée !

Je le sens hausser les épaules avec désinvolture.

Il est complètement taré.

— Ah, donc en fait c’est ça.

Le murmure de mon père me surprend presque autant qu’il ne surprend Donni. Étonné d’enfin l’entendre répondre, la pression sur mon cou se relâche un peu, je tousse, reprend un maximum d’air avant que la pression ne revienne brutalement.

— Je pensais que tu avais réussi à passer outre mais visiblement, on ne se débarrasse pas facilement de ses fantômes.

— C’était mon père, espèce de fils de pute ! Et ton fils, ton brave fils Hugo, lui a tiré une balle dans le dos. Quel courage ! Alors qu’en plus, et ça malgré tous tes beaux discours... mon père était un civil, il ne faisait partie d’aucun putain de gang !

— Tu étais au courant ? s'étrangle Ariana.

— À ton avis pourquoi crois-tu que je désirais le virer du gang avant de me faire emprisonner à sa place ?

— Et m'en parler non ?

Donni grince des dents me tire plus fort contre lui, de sorte que mon dos soit totalement collé contre son torse.

Je m’agite, patine dans le vide.

— Arrête de bouger putain !

De sa main qui tient l’arme, il tire en l’air, plus pour me faire peur que pour rétablir son autorité.

Un couinement horrifié m’échappe, je m’en veux terriblement de lui laisser entrevoir cette facette encore trop faible, celle qui, malgré ‘’l'habitude’’ des coups de feu, sursaute encore lorsqu’ils sont tirés si près de mon oreille.

Mes larmes de douleur débordent : je n’arrive plus à respirer.

Un déclic de détente me fait relever la tête. Ariana, bras tendus, pointe à nouveau son arme sur Donni.

— Oh ma belle... ne soit pas ridicule. À ton avis, qui de toi ou moi tire le plus vite ?

Ma sœur secoue la tête, me fait signe de tenir, de rester conscient.

Plus facile à dire qu’à faire.

Mes yeux balayent le parking : c’est une voie sans issue. Je ne sais pas ce que Donni attend exactement de mon père, ou de Ariana mais, qu’importe ce qu’il demandera, il l’obtiendra. Et même avec ça, je ne suis pas sûr qu’il relâche sa prise.

H a tué le père de Donni. Lors de son initiation, il avait donc quinze ans à l’époque. Il y a... dix ans. Ce n’est pas possible. Il ne peut pas nourrir une haine contre notre famille depuis dix ans. Et même ce n’est pas logique, pourquoi aurait-il rejoint le gang des assassins de son père ? H n'a jamais voulu me parler de cette histoire, réservée aux ''vrais membres''. Je pensais jusqu'à aujourd'hui que mon père l'avait recueilli après que H ait effectivement tué son père, mais dans un accident de voiture. Pas pour son initiation. Quelque chose ne va pas, je ne comprends plus rien.

Dans un réflexe ultime de me soustraire à la prise de Donni, je griffe ses avant-bras, me récolte un coup de crosse contre le visage. En un instant, le monde tournoie puis se fissure. Le choc trop violent, me plonge dans l’inconscience.

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