Chapitre XVII - Cuisine et rêve

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Le lendemain matin, je me suis réveillé avec cette sensation étrange d’avoir laissé une porte entrouverte pendant la nuit. Pas une porte physique. Une porte intérieure. Comme si quelque chose avait continué à exister entre nous pendant que le monde reprenait son rythme normal.

Elle a écrit la première.

13/11/2025, 07:54 – Rolina :

Morning.

13/11/2025, 07:54 – Rolina :

J’étais la première. Je t’ai vu écrire.

Je me souviens avoir souri en lisant ça. Elle observait toujours avant de parler. Comme une scientifique qui prend le temps de regarder les détails avant d’annoncer une théorie.

13/11/2025, 07:54 – Noah :

Bonjour toi.

Elle n’a pas tourné autour.

13/11/2025, 08:13 – Rolina :

Tu voulais me dire quelque chose ?

Je n’ai pas menti.

13/11/2025, 08:15 – Noah :

J’ai juste rêvé de toi et moi.

Je me souviens très bien de ce moment-là. Pas du rêve seulement. De la manière dont je l’ai écrit. Sans masque. Sans ironie.

Je lui ai expliqué mon cerveau, mes explications absurdes pour rationaliser quelque chose qui dépassait la logique.

13/11/2025, 08:21 – Noah :

Bref j’ai bien dormi, court mais intense.

13/11/2025, 08:24 – Noah :

Je t’expliquerai mais aujourd’hui on doit être professionnels, miss scientist.

Sa réponse a été calme. Posée.

13/11/2025, 08:28 – Rolina :

Je pensais à tout ce que tu as dit avant de m’endormir. Mon imagination a ajouté des détails. Puis j’ai glissé dans le sommeil. C’était calme pour moi.

Ce n’était pas juste une réponse. C’était déjà une confirmation silencieuse qu’on avait vécu la même nuit, chacun à sa manière.

La journée a continué comme une parenthèse fragile. Jusqu’à ce que je craque.

13/11/2025, 16:12 – Noah :

Juste un bisou en passant pour savoir si tu vas bien.

Sa réponse est arrivée plus tard, douce, presque domestique.

13/11/2025, 17:40 – Rolina :

Oui ça va. J’ai fini plus tôt, je vais me doucher. Et toi ?

Puis elle a ajouté quelque chose de plus important.

13/11/2025, 17:46 – Rolina :

Je l’ai lu dix fois. Et je trouve quelque chose de nouveau à chaque fois.

Je savais exactement de quoi elle parlait. Le texte. Ce qu’on avait ouvert ensemble. Ce qu’elle relisait encore et encore.

Alors j’ai répondu avec mon humour maladroit.

13/11/2025, 17:50 – Noah :

Alors un prophète est censé marier les gens. Moi j’ai passé ma journée à démarier… et le robot va tout remarier ce soir. Bravo Noah.

Elle a ri. Je l’ai senti dans son rythme, dans la façon dont elle continuait la conversation.

Mais la vraie bascule est arrivée plus tard.

13/11/2025, 20:32 – Rolina :

Je viens de marcher et j’ai fait du “feeling thinking”. J’ai besoin de comprendre mes émotions avant de les dire.

Je me souviens m’être arrêté en lisant ça. Parce que quand elle parlait comme ça, ce n’était jamais léger.

13/11/2025, 20:39 – Rolina :

Je vais t’écrire une lettre demain. J’ai besoin d’être calme.

Je lui ai répondu simplement.

13/11/2025, 20:41 – Noah :

Tu ne me dois rien. Ta présence suffit déjà.

Puis j’ai commencé à écrire le rêve.

Pas une version courte. Pas une métaphore. Le rêve entier.

13/11/2025, 20:57 – Noah :

J’ai fait un rêve…

On était dans un appartement. Le nôtre, je crois.

Je cuisinais quelque chose de méditerranéen. Il y avait du jazz. Deux verres déjà prêts.

Tu es rentrée du travail, fatiguée mais lumineuse. Tu as posé ton manteau, tu es passée derrière moi, ta main sur ma taille… puis tu as embrassé mon cou en disant : “Comment s’est passée ta journée, mon cœur ?”

Et le plus étrange… c’est que tout semblait normal. Paisible. Comme si ça existait depuis des années.

On a cuisiné. On a ri. On a fait l’amour dans la cuisine, court, intense, réel.

Puis on a mangé comme si rien ne s’était passé.

Plus tard on a regardé une comédie ridicule.

Et on s’est endormis enlacés.

Quand je me suis réveillé dans le rêve, tu étais déjà réveillée, en train de me regarder.

Je t’ai demandé si tu avais bien dormi.

Tu as répondu : “Pas vraiment… j’ai passé la nuit à écouter ton cœur.”

Et je me suis réveillé.

Je me souviens du silence après l’avoir envoyé.

Un silence dense.

Sa réponse est arrivée comme une respiration retenue trop longtemps.

13/11/2025, 21:17 – Rolina :

C’était un bon conseil de me dire de m’asseoir.

Hier, après ce que tu m’as raconté, j’avais imaginé exactement la même image que le début de ton rêve.

Je voulais voir jusqu’où tu serais honnête… et je voulais entendre ton rêve pour comparer.

Tu es honnête. Et tu as terminé l’histoire qu’on avait commencée hier.

Je n’aurais pas pu imaginer un meilleur chapitre.

Je me souviens avoir relu cette phrase plusieurs fois.

Elle ne fuyait pas.

Elle validait.

La conversation a ensuite glissé vers notre première rencontre.

13/11/2025, 21:30 – Noah :

Je pensais arriver comme un dieu avec Guns N’ Roses… et j’ai fini comme un ado amoureux de sa prof d’anglais.

13/11/2025, 21:35 – Rolina :

Ma stratégie ? Je voulais juste nous laisser du temps.

Elle a avoué qu’elle m’avait observé dès le début.

13/11/2025, 22:06 – Rolina :

Je savais que tu avais cette énergie. C’est pour ça que je me suis éloignée la première fois.

Je me souviens m’être senti vu. Vraiment vu.

Puis elle a posé une question directe.

13/11/2025, 22:56 – Rolina :

Tu aurais peur d’être seul avec moi ?

13/11/2025, 22:57 – Noah :

Seul… oui et non. Mais dans un endroit où tu te sentirais en sécurité.

Elle a parlé du silence comme médiateur.

Je lui ai répondu avec une promesse claire.

13/11/2025, 23:07 – Noah :

Je ne ferai rien qui puisse blesser ce que nous construisons.

Et puis est arrivée cette phrase.

13/11/2025, 23:18 – Rolina :

Je pourrais danser pour toi.

Je me souviens du poids de ces mots.

13/11/2025, 23:31 – Noah :

Personne n’a jamais dansé pour moi.

13/11/2025, 23:32 – Rolina :

Alors je serais la première.

À partir de là, la nuit a changé de rythme.

On a parlé de rêves, de niveaux, de jeux… mais ce n’était plus vraiment un jeu.

Elle a admis que j’étais intense.

Je lui ai répondu que je ne forçais jamais. Que je laissais l’espace.

13/11/2025, 23:54 – Rolina :

On y arrivera.

Et je me souviens d’avoir compris que ce “on” n’était plus une figure de style.

La nuit s’est étirée jusqu’à basculer sur le lendemain.

14/11/2025, 00:41 – Noah :

Tu dois te reposer je pense.

14/11/2025, 00:43 – Noah :

Merci. Avec toi c’est magique. Fais de beaux rêves.

Sa dernière réponse est restée longtemps affichée sur mon écran.

14/11/2025, 00:46 – Rolina :

On en a tous les deux besoin. Peut-être qu’un rêve nous attend. Merci… tu me fais vivre tellement de choses chaque jour. C’est précieux.

Je me souviens avoir posé le téléphone.

Pas avec l’impression d’avoir flirté.

Avec l’impression d’avoir franchi une ligne invisible.

Ce soir-là, ce n’était plus une conversation.

C’était deux adultes qui apprenaient à habiter le même espace émotionnel, doucement, sans se brusquer.

Et ce qui rendait tout ça dangereux, ce n’était pas le désir.

C’était la paix que ça apportait.

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