Chapitre 3 : Espoir Africain
Plusieurs années se sont écoulées depuis les événements de la première anecdote, et Michel décida d'entamer la partie centrale de son histoire qui commença par l'un des moments les plus importants de sa vie.
— Bravo mon fils, tu l'as fait ! S'écria la mère du jeune Michel Faigneu, 19 ans. J'ai toujours cru en toi ! Avec ce diplôme, l'avenir de notre famille va changer ! Et l'avenir du Royaume ! Et l'avenir de l'Afrique ! Et l'avenir du monde ! Fini, les crimes coloniaux et les mensonges de-
— Maman, pas si vite, l'arrêta Michel. Je suis très heureux moi aussi, évidemment - c'est quand même de moi qu'on parle, mais ne rêvons pas trop loin. Je ferai en sorte que les choses évoluent. Avec mon diplôme de relations internationales, je vais pouvoir entreprendre de grands changements pour notre peuple, pour notre pays, et peut-être, espérons, mettre fin à l'oppression...
— On compte tous sur toi, Michel ! Tu vas leur montrer, à ces cochons en costume qui nous oppriment, que l'Afrique aussi a ses intellectuels ! Tu me rendras fier, moi, ta maman, qui t'a mis au monde et élevé toutes ces années, je pourrai enfin vivre en tant que femme respectable !
— Mais tu es déjà respectable, maman ! Lui assura son fils avec un air gêné.
— Évidemment, sombre idiot ! Mais je préfère quand même être une femme respectable dans une villa de rêve que dans un village en terre cuite avec des scorpions et des serpents.
— Bien sûr, ne t'inquiètes pas, grâce à moi, on vivra mieux ! Je te l'assure. Enfin, je l'espère.
Monsieur Faigneu s'arrêta dans son récit pour croquer dans une pomme, une provocation pour les étudiants qui se demandaient tous pourquoi ils étaient là et pas à table en train de déjeuner.
— Ah, ma mère... C'était une grande femme, vous savez. Une femme forte, intelligente et sage à la fois. Quand est-ce que j'ai vu une telle femme pour la dernière fois en Occident ? Laissez-moi me souvenir... Ah, oui ! Ça n'existe pas. Ou ça n'existe plus !
Des paroles qui ne firent rire personne d'autre que lui-même.
— Peu importe ! Où en étais-je ?
Quelques mois après avoir été diplômé à l'Université de Bongogo - la capitale du Boukasa, Michel reçut une lettre d'une importance inqualifiable.
Message des services royaux à Monsieur Michel Faigneu.
Monsieur Michel Faigneu, vous êtes invité à une rencontre personnelle avec Son Altesse, roi du royaume de Boukasa, dans le cadre d'une proposition exceptionnelle et intéressante requérant des compétences telles que celles de Monsieur (vous), le 18 mars à 12h30 au palais royal.
Vous êtes libres d'accepter ou non cette invitation mais il va de notre bonté d'assurer votre venue au palais.
Cordialement,
Les services royaux (message vérifié par le Roi).
Michel faillit tomber de sa chaise, bien qu'il était debout.
— Doux Jésus... Maman ! Je viens de recevoir un courrier très spécial !
La mère du jeune diplômé répondit en criant depuis la salle de bain.
— Bravo, mon fils ! C'est une grande nouvelle !
— Tu me crois, maman ?
— Maintenant que tu as ce fichu diplôme, tu pourras me dire n'importe quoi - même que la France s'excuse pour ses crimes, je te croirai ! Tu lui diras, au Roi, de bouger son cul et d'améliorer la vie du peuple !
— Super ! Merci, maman !
Palais royal. 18 mars, 12h30.
— C'est un immense honneur pour moi de vous rencontrer, déclara solennellement Michel à son hôte, le souverain Amogo II.
Ce dernier était vêtu d'un ensemble luxueux : un costume d'un noir profond orné de dorures sur la longueur, entouré d'une large tunique aux couleurs d'un léopard, et un collier argenté en forme de serpent autour du cou. Sa tête était surmontée d'une coiffe composée de plumes d'aras et autres oiseaux exotiques - dont certaines espèces qui ne vivaient pas en Afrique. Le visage à la fois ferme et intéressé du Roi était désormais face à celui de Michel, agenouillé devant lui.
— Et je suis tout aussi honoré de rencontrer l'un des hommes les plus brillants du pays, répondit le Roi.
— Et l'honneur, Votre Altesse, d'entendre cela est tout aussi grand à mes yeux.
— Allons, cessons de parler comme des personnages du Moyen-Âge occidental et passons aux choses sérieuses, si vous voulez bien. Asseyez-vous dans ce fauteuil, je vous en prie.
— Merci, votre Altesse. Ou Monsieur, si vous préférez.
— Je suis très content que vous soyez venu me rencontrer, ici, dans ma belle demeure. Vous savez, je ne reçois pas souvent de visite aussi pertinente, ces jours-ci... Une troupe de marabouts somaliens, un célèbre acteur bollywoodien, un émirati avec du temps à perdre, un hypnotiseur d'éléphants sauvages et un ancien colonel de l'armée de l'air bolivienne. La Bolivie, sérieusement. Qui connait ce pays à part ses propres habitants ?
Son invité spécial se permit un petit rire à cette occasion.
— Et puis vous. Michel Faigneu. Intellectuel de l'Afrique moderne fraîchement diplômé. L'un des grands cerveaux actuels de ce continent. Un rayon d'espoir dans le chaos qu'a semé la machine impérialiste occidentale. Et cette machine, ce n'est pas uniquement grâce à des hommes forts comme moi qu'elle va s'arrêter et rebrousser chemin - ou encore mieux, exploser. C'est aussi grâce à des hommes comme vous, les intellectuels, les lumières. Vous êtes un homme intelligent, sage, distingué, et spécialiste des relations internationales. C'est pourquoi j'ai besoin de vous.
— S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour vous servir, je serais grandement... honoré, de le faire, affirma fièrement Michel.
— Ça tombe bien. J'ai une mission qui pourrait vous intéresser, et que vous êtes évidemment libre de refuser, ce qui serait fâcheux pour quelqu'un d'aussi prometteur que vous.
— Bien entendu. Quelle est cette mission ?
— Comme vous le savez, notre beau royaume doit répondre à des enjeux économiques importants, ces temps-ci. Avec l'effondrement du bloc soviétique, je crains que nous perdions un allié économique majeur. En plus de tout le merdier dans lequel nous a laissé la France. L'inaction de mon gouvernement que je peine à réformer inquiète le peuple. On entend toutes sortes de complots à mon encontre. On parle de me renverser, moi, le meilleur leader que ce pays ait connu depuis longtemps. Je n'ai régné que 18 ans, et on veut déjà se débarrasser de moi ! C'est une honte. Une honte !
— Je vous comprends, Monsieur.
— Heureusement, j'ai toujours de bonnes idées dans mon sac, et je compte bien trouver immédiatement de nouveaux alliés pour maintenir notre économie en place, du moins sur le court terme en attendant qu'on améliore les choses. Et ça tombe bien, mon chel Micher. Pardon, mon cher Michel. Nous avons réussi, grâce à quelques pirouettes diplomatiques — pour ainsi dire, à poser les bases d'une relation intéressante avec le Kacharstan. Vous savez, ce charmant pays d'Asie Centrale riche en ressources premières et politiquement pas trop mal. D'ailleurs, je crois que c'est un des seuls pays en "-stan" à ne pas avoir été dans l'Union Soviétique, avec l’Afghanistan.
— Je crois qu'il y a aussi le Pakistan, remarqua Michel.
— Ah, oui. De toute façon, c'est plus proche du merdier indien que des russes, donc on s'en fout. Bon, voilà pour la proposition que je veux vous faire : nous allons envoyer une petite délégation - une seule personne - en visite diplomatique au Kacharstan, afin de rapprocher nos deux États et conclure, éventuellement, de premiers échanges fructueux. En échange d'une partie de nos réserves d'or - celles sur lesquelles les colons n'ont jamais mis les mains, ou que mes prédécesseurs n'ont pas dilapidées inutilement, le Kacharstan acceptera de nous livrer un peu de son pétrole en plus de quelques pièces d'armement. Du bon pétrole et des armes de haute qualité. C'est ce que j'appelle une offre saisissante.
— Nous sommes tout à fait d'accord.
— J'aimerais que vous partiez là-bas pour rencontrer le président kachare et peaufiner les négociations, expliqua le Roi. Ce n'est pas que je préfère me palucher dans ma piscine ou sur mon terrain de golf toute la semaine, mais je dois rester ici pour m'assurer que ce pays ne disparaisse pas soudainement.
— Moi, Monsieur Faigneu, sujet de Son Altesse et fier membre de l'élite boukasane, accepte votre proposition. Quand est-ce que je pars ?

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