Aucune cage
"L’infini est notre horizon !"
Ainsi chantent les selkies fusant dans l’océan.
Aoife était l’une d'elles. Les lettres de son prénom ne reflétaient pas sa musique : « Ifa ». La joyeuse, celle qui rayonnait sur la grève irlandaise. Qui dansait avec ses soeurs dans la lumière et le vent.
Elle n’était pas la plus belle. Vérité de contes humains.
Elle était. Tout simplement.
Quand il vit les créatures de légende, le seigneur en voulut une pour lui.
Chasseur, il sut patienter. Observa.
Les silhouettes trainantes de phoques sur la plage. Acier reflétant la lune. Qui se relevaient. Humaines. Femmes.
Les selkies cachèrent leurs peaux couleur de galet derrière les rochers.
L’homme revint. S’empara d’une fourrure. Au hasard.
Il ne resta qu'une femme sur la plage. Aoife. Elle dut suivre son geôlier. Celui-ci posa, galamment, une fourrure d’ours sur son dos nu.
Jamais elle ne baissa le menton. Jamais elle ne parla. Au fil des jours, il prit ce qu’il voulut. Mais il n'y eut jamais un son, ni aucun regard pour lui.
Au fil des ans, dans la nuit, il y eut seulement des chants pour les enfants nés de son ventre de femme.
Le blanc s’invita dans la barbe du seigneur. Alors que le feu d’Aoife ne diminuait pas.
La démarche encore mal assurée, leur dernière née explora la remise. Passa derrière un coffre vermoulu. Les petites menottes rencontrèrent une texture sans nom. Une douceur de lait et de berceuse. La petite joua avec la peau, puis vint l’offrir à sa mère.
Aoife posa un baiser sur la joue rose et ronde. Ses pas la menèrent en avant. Adieu pierres aveugles, murs épais, mains calleuses et lourdes.
Sur la plage de galets, les vêtements à terre. Puis la fourrure sur sa peau. Soyeuse et grise.
L’océan se referma sur elle. Il fallait être sourd pour n’entendre que le silence.
Le chant des baleines l’accueillit. Une bande d’orques la reconnut pour ce qu’elle était.
L’infini pour seul horizon.

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