Un seul jour par semaine !

3 minutes de lecture

Aymar, ce n’était pas un coup de foudre, mais une évidence. Ma mère m’avait trainée à cet énième rallye. Obligatoire avant le bal des débutantes. Ma famille a l’horloge bloquée au Moyen Âge. Qui imagine que les débutantes sont vierges ? Levez la main ! Personne ? C’est bien ce que je pensais. Il n’y a que nos parents pour vivre dans l’illusion. Même les plus moches y sont passées. Parce que franchement… entre les retraites, les prép' à la communion, les camps de guides au cours desquels on croise « par hasard » le chemin des scouts… les occasions ne manquent pas. Sans compter les cousinades. Vous saviez que le mariage entre cousins est légal en France ? Je ne parle pas de cousins issus de germain. Non, non, cousins directs. Alors si l’union est autorisée…

Je ne connaissais que Clothilde qui était vierge. Sans négociation. Pas genre : « j’ai juste sucé. » Ou « Il est passé par-derrière, j’ai toujours mon hymen. »
Elle était en boucle : « Je suis une vraie fiancée. » Avec son petit air pieux, le rosaire à la main. Quelle bêcheuse ! Tout de même, les fiançailles étaient jolies. Champêtres. J’aime bien. Par contre, son « fiancé », lui, il n’était plus puceau. Et vu sa dextérité, ce n’était pas sa première fois. Au moins, Clothilde a passé une bonne nuit de noces.

Avec Aymar, pas de faux-semblant. Il me voulait. Je le voulais. Pendant le rallye, on s’est éclipsé. On a laissé les autres résoudre l’énigme de l’étape. On se connaissait bibliquement depuis deux jours quand il m’a annoncé :

  • Marie-Louise, je veux t’épouser.
  • Ha. Pas de déclaration ? Pas de « souhaites-tu ? »
  • Tu aimerais ça ?
  • Non.
  • Je prends ça pour un oui.

Mes parents ont tempéré notre enthousiasme. Mariage précipité = polichinelle dans le tiroir. On a attendu. Je prenais la pilule, pas de problème.

Longue robe blanche, voile, dentelle de Calais. Rien de meringue. On n’est pas chez les ploucs.
Mariage à la cathédrale de Poitiers. Fête à Soif-Jolie. Emménagement à Parthenay. En dix-huit mois, Mon dos est passé des pierres rugueuses de Lusignan au tapis persan moelleux de notre salon.

J’ai demandé deux choses à Aymar. Juste deux. Attendre avant de perpétuer son nom, et me laisser tranquille le samedi. Ce n’est pas grand-chose, un jour par semaine !

Nous étions d'accord sur l'essentiel. Tant que nous n’avions pas d’enfant, je continuais mes études d’archi. Nous n’avions pas trop discuté de la suite. Mais je n’envisageais pas d’abandonner là. J’étais douée. Futur major de ma promo. Je n’avais pas fait X, mais j’aurais pu.

Le tapis persan s'usait doucement.

Qui a bavé sur moi ? Je penche pour le mari de Clothilde. Il a voulu revenir. Mais je n'ai qu'une parole. Surtout si elle est donnée devant Dieu et ma mère. La rumeur a couru, empoisonné l’âme d’Aymar. Il n’arrêtait plus de me poser des questions. Qu’est-ce que je faisais le samedi ? Est-ce que j’étais seule ? Est-ce que je l’aimais vraiment ?

« Secret, secret… Mon épouse, pourquoi tant de secrets entre nous ? »

J’avais l’impression d’être l’héroïne d’une chanson triste.


Notre manoir était assez grand. Mon aile, mon royaume. Moi seule avais la clé. J’y faisais moi-même le ménage. Avec l’aide de Madeleine, c’est vrai. Je pouvais compter sur sa discrétion.

Un jour par semaine ! Qu’est-ce que ça lui coûtait ?

Il a forcé la porte. Un samedi.

Ce qu’il a vu lui a fait peur.
Ce que j’ai vu m’a mise en colère.

Sa faiblesse, malgré tout, face à ma puissance.

Je suis partie en sifflant. Envolée, Marie-Louise. Je t’avais prévenu.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire En attendant la pluie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0