Chapitre 9 – Une missive en mission
Le territoire elfe se situait au sud de la capitale, à environ une demi-journée de trajet par les voies habituelles. Une bonne journée de marche, pour qui s’y risquait à pied. La distance n’avait rien d’excessif, et pourtant, elle avait toujours suffi à maintenir une forme de séparation.
Au fil des décennies, les elfes avaient lentement décliné. Une maladie étrange, dont les causes exactes demeuraient incertaines, avait décimé une partie de leur population. À cela s’étaient ajoutées les guerres menées aux côtés d’Almira contre les fameuses forces obscures — un ennemi dont j’entendais régulièrement parler, sans jamais l’avoir vu de mes propres yeux.
Toujours est-il qu’au-delà de la forêt des Reflets, après quelques villages clairsemés et des haltes isolées que l’on atteignait plus par habitude que par nécessité, s’étendait le pays elfique de Naerilwen.
Un territoire ancien, discret, que l’on ne traversait jamais par hasard.
Je consultais distraitement la carte, jetant par intermittence un regard au paysage forestier qui défilait lentement. Tout était calme. Paisible. Rien ne venait troubler le trajet. Pas de monstres, pas d’armées de gobelins ou de démons surgissant des sous-bois, pas même de bandits de grand chemin. Le genre d’absence qui, en d’autres circonstances, aurait été rassurante.
Le chariot avançait sans réclamer la moindre attention de ma part. Je me laissai porter, jusqu’à ce que la forêt s’éclaircisse peu à peu. À sa sortie s’ouvraient de vastes plaines — peut-être des champs cultivés, peut-être de simples étendues laissées à l’herbe et au vent. À distance, j’aperçus ce qui ressemblait à l’une de ces haltes sommaires disséminées le long des routes.
En me rapprochant, je distinguai des silhouettes. Puis des voix.
Ils étaient là.
Tous.
La classe entière.
Ninomya-sensei se tenait au centre du groupe, dans son rôle d’instructeur et de pédagogue attentif, encourageant sans relâche les élèves, corrigeant un geste ici, une posture là aux côtés des instructeurs du royaume. Je l’aimais bien. Il passait souvent prendre de mes nouvelles, sous des prétextes toujours un peu transparents. Je crois qu’il regrettait sincèrement que je sois, de son point de vue, tenu à l’écart.
Les élèves étaient répartis par spécialités.
D’un côté, les classes à forte composante physique : guerriers, éclaireurs, archers, chevaliers. Les gestes y étaient précis, répétés, presque martiaux. Un peu plus loin, les classes magiques offensives à distance — mages, sorciers, ou ce que l’on nommait plus vaguement les lanceurs de sorts — travaillaient leurs incantations sous supervision, concentrés, immobiles.
Le reste se partageait entre les classes de soutien : soigneurs, renforceurs, et ces profils mixtes capables d’alterner capacités physiques et magiques, tels que les paladins.
Je ralentis instinctivement, sans m’arrêter. Juste un petit signe de la main vers Ninomya-sensei, et vers quelques amis proches — trop concentrés, pour certains, pour me remarquer.
Je ris.
Et en y pensant, je ne savais plus depuis combien de temps je n’avais pas ri ainsi.
Spontanément.
Xoxo,
Isekai Gazette

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