Chapitre 38 — En règle et en faute
Je quittai la salle des archives avec le même calme que j’y étais entré.
Les registres avaient été remis à leur place. Les copies rendues. Les annotations vérifiées.
J’avais respecté chaque règle, chaque procédure, chaque limite imposée.
C’est précisément pour cela que je compris immédiatement que quelque chose n’allait pas.
Les gardes m’attendaient à la sortie du couloir.
Pas agressifs.
Simplement là.
— Un instant, dit l’un d’eux.
Je m’arrêtai.
Ils ne posèrent pas de questions. Ils ne me demandèrent rien. Ils se contentèrent de m’escorter quelques pas plus loin, jusqu’à une alcôve latérale.
Un endroit neutre. Ni cellule, ni bureau.
Puis les pas d’un troisième homme résonnèrent derrière nous.
Le Grand Chambellan apparut.
Il semblait fatigué. Plus que d’ordinaire. Son regard me traversa brièvement, puis se posa sur les gardes. Un échange silencieux. Une confirmation inutile.
— Laissez-nous, dit-il simplement.
Ils obéirent sans discuter.
Il resta face à moi quelques secondes, comme s’il cherchait ses mots.
— Je suis désolé, commença-t-il enfin.
Ce n’était pas une formule.
C’était un aveu.
— Tu es en état d’arrestation provisoire, poursuivit-il. Pour soupçon d’association de malfaiteurs et implication réelle ou envisagée dans un trafic de substances illicites.
Je restai immobile.
— Les informations ont été transmises ce matin, ajouta-t-il. Partielles. Orientées. Suffisantes pour déclencher une procédure.
Je compris.
La Marquise.
— L’ordre vient de la Couronne, précisa-t-il. Ce qui limite considérablement ma marge de manœuvre.
Il inspira lentement.
— Officiellement, je dois t’informer de tes droits. Tu peux garder le silence. Tu peux demander à consulter un représentant légal. Un avocat, de préférence. Ou toute personne habilitée à te défendre devant une commission d’enquête.
Il me regarda alors plus directement.
— Officieusement, je sais parfaitement que c’est un piège.
Il marqua une pause.
— Et je sais aussi que tu n’as pas beaucoup de temps.
Le silence s’installa entre nous.
Je demandai si un aventurier pouvait être habilité à représenter mes intérêts.
Il acquiesça, non sans surprise.
Un seul nom me vint.
Un homme qui savait ce que signifiait être déplacé.
— Bastien.
Le Grand Chambellan fronça légèrement les sourcils.
— Bastien… répéta-t-il.
Il fouilla brièvement sa mémoire, puis son regard changea.
— Je vois.
Il hocha lentement la tête.
— C’est un choix… peu orthodoxe.
— C’est le seul que j’ai, répondis-je.
Un bref silence passa.
— Très bien, dit-il finalement. Je vais faire transmettre la demande. Mais sache une chose.
Il se pencha légèrement vers moi.
— En choisissant quelqu’un comme lui, tu rends cette affaire plus difficile à contenir.
— Je sais.
Il se redressa.
— Alors je te souhaite qu’il soit aussi solide que tu l’espères.
Il fit un signe discret aux gardes.
— En attendant, tu restes sous surveillance. Pas en cellule. Pas encore.
Je fus conduit hors du couloir, escorté par les gardes, et assigné à résidence.
La Marquise avait joué vite. Fort. Sale.
Mais elle avait peut-être sous-estimé une chose.
Je n’étais plus seul.
Et cette fois, je n’allais pas me défendre avec des mots.
Xoxo,
Isekai Gazette

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