Chapitre 40 — Évasion

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Bastien fut enfin autorisé à monter.

Quand il entra dans mon appartement, je pleurais.

Pas silencieusement. Pas dignement.

Je pleurais vraiment. De joie, de colère, de soulagement. De fatigue aussi. Tout se mélangeait sans ordre ni retenue.

Je réalisai alors que je n’avais pas pleuré depuis mon arrivée dans ce monde. Pas une seule fois.

Il s’arrêta net.

Puis, il me regarda, visiblement désemparé. Pas par indifférence. Par maladresse.

Comme quelqu’un qui sent qu’un mot de trop pourrait tout faire déborder.

Il resta là quelques secondes, puis tenta quelque chose.

— Bah alors, gamin… t’as pas l’cul sorti des ronces, on dirait.

J’explosai de rire.

Un rire sale, étranglé, mêlé de larmes. Je me passai une main sur le visage et répondis, la voix étouffée :

— Et pas le cul bordé de nouilles non plus.

Il éclata de rire à son tour.

Un rire simple. Réel. Contagieux.

Quand je me fus un peu calmé, je lui racontai tout.

La Marquise. Le “petit arrangement”. Les sous-entendus. L’arrestation. Le piège. Il écouta sans m’interrompre, sans poser de questions inutiles.

Il ne commenta pas. Il laissa simplement le récit se dérouler jusqu’au bout.

Quand j’eus terminé, il hocha lentement la tête.

— Ouais… dit-il. Je vois très bien.

Il m’expliqua alors.

Lui et son groupe avaient une excellente réputation. Professionnellement parlant. Efficaces. Fiables. Discrets quand il le fallait.

Mais leur comportement était souvent jugé grossier, inapproprié. On les disait compétents, mais de mauvaise vie.

Cette seconde partie était fausse.

Mais les rumeurs, ici comme ailleurs, avaient la vie dure.

— Légalement, conclut-il, et pour les apparences… t’aurais pas pu choisir pire que moi.

Il esquissa un sourire sans joie.

— Et pour être honnête ? Même avec un autre, t’étais déjà condamné.

Il reprit ensuite en français.

— Pour les oreilles indiscrètes, précisa-t-il.

Je ne comprenais pas toujours tout. Il parlait vite, parfois trop. Il s’interrompait, reformulait, faisait l’effort de simplifier quand il voyait mon regard se perdre.

Son plan était simple.

S’évader.

Fuir.

Ni plus, ni moins.

Quitter le royaume et rejoindre la Confédération de Cardania à l’ouest. Une république marchande. Puissante. Organisée. En froid avec le royaume, mais pas en guerre.

Un endroit où les lois n’étaient pas dictées par une seule voix.

— Là-bas, dit-il, t’as une chance. Pas une garantie. Une chance.

Il me regarda droit dans les yeux.

— Ici, t’en as aucune.

Le silence retomba entre nous.

Mais pour la première fois depuis longtemps, ce silence n’était pas vide.

Il était rempli d’une direction.

Xoxo,
Isekai Gazette

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