Chapitre 50 – Visite
Bastien passa le lendemain.
Cette fois, il entra sans plaisanter.
Rien à voir avec ses visites habituelles, bruyantes et désordonnées.
Il observa l’appartement, s’assit, attendit que je fasse de même. Le silence s’installa naturellement, sans gêne.
Bastien n’était pas du genre à meubler quand il jugeait que ce n’était pas nécessaire.
Il finit par parler, peu.
Pas pour expliquer, encore moins pour convaincre. Plutôt pour déposer une idée, comme on laisse un objet fragile sur une table en espérant qu’il ne tombe pas.
Il évoqua la mission. L’entité. La forêt. La sensation étrange qui les avait accompagnés tout au long du trajet. Le fait que, pour lui, il ne s’agissait plus seulement d’un phénomène local ou d’un caprice de la guilde.
Peut-être, dit-il, que si un jour quelque chose cherchait à communiquer, je pourrais être celui qui écouterait.
Pas parce que j’étais plus courageux, ni plus compétent, mais parce que je n’avais aucune intention de forcer quoi que ce soit.
Il n’y avait pas d’attente dans sa voix. Juste une hypothèse.
La porte se referma derrière lui.
Je restai un moment immobile. Pensif.
Les Terriens n’étaient pas les seuls à être arrachés à leur monde d’origine. Il existait d’autres ailleurs. Dans la forêt, cette information, pourtant énorme, n’avait provoqué chez moi ni panique ni fascination immédiate.
Je n’aimais pas cette idée.
La guilde m’attendait.
Je repris mon travail comme tous les jours. Des rapports à corriger, des ordres de mission à clarifier. Le chaos, une fois encore, se laissait réduire à des phrases acceptables.
À midi, je mangeai à mon bureau. L’après-midi s’étira dans une succession de dossiers sans importance.
Un itinéraire mal estimé, un budget surestimé, une mission reportée faute de personnel disponible.
Rien qui mérite réflexion.
Et pourtant, tout au long de la journée, une pensée revenait, obstinée. Cette entité avait choisi la même chose que moi : la discrétion, le retrait, la tranquilité.
Une existence parallèle.
Je rentrai chez moi à la tombée de la nuit.
C’est là que la sensation revint.
Juste cette impression désagréable que quelque chose, quelque part, m’avait reconnu.
Je réalisai alors ce qui me dérangeait le plus.
Ce n’était pas l’entité.
Ni même le fait qu’elle soit invoquée.
C’était la certitude que ma vie pépère, si soigneusement reconstruite, venait d’entrer dans le champ de quelque chose qui, comme moi, ne demandait qu’à être laissé en paix.
Et que ce genre de tranquillité ne dure jamais très longtemps.
Xoxo,
Isekai Gazette

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