Chapitre 59 – Une grâce tardive
Une lettre arriva d’Almira.
Officielle.
Acheminée par les voies diplomatiques, remise à la guilde avec toutes les précautions d’usage, comme si son contenu risquait de s’échapper.
On me la transmit sans commentaire.
Je reconnus l’écriture avant même d’en lire le contenu. Ce ton mesuré, faussement bienveillant, typique des courriers qui prétendent solder le passé sans jamais s’excuser.
Les soupçons qui pesaient sur moi avaient été levés.
Intégralement.
Une lettre de grâce officielle, signée de la couronne, était jointe. Mon nom y figurait, propre, net, lavé de toute ambiguïté. Les accusations avaient été jugées infondées. Les procédures classées. Les conséquences annulées.
La Marquise, à l’origine de l’affaire, n’était plus en mesure de s’exprimer.
Un paragraphe entier était consacré à sa chute.
Un soir, après une réception au Moulin Pourpre, elle avait quitté les lieux au bras d’un jeune homme. Inconnu. Élégant. Plutôt bel homme, précisait le rapport, comme si cela avait la moindre importance.
Ils avaient disparu ensemble.
On avait retrouvé le corps de la Marquise le lendemain, sans vie, dans une ruelle.
Une de celles que je connaissais fort bien.
L’enquête, menée avec un zèle soudain remarquable, avait mis au jour l’ensemble de ses malversations.
Documents compromettants.
Rackets.
Chantages.
Rendez-vous suspects.
Une avidité devenue impossible à ignorer.
Elle était tombée seule.
Ou du moins, c’est ainsi que la lettre présentait les choses.
Je poursuivis la lecture.
La missive changeait alors subtilement de ton.
On m’y informait que mes compétences avaient été « regrettablement sous-estimées ».
Que mes amis, actuellement mobilisés sur le front, pourraient bénéficier de mon regard éclairé.
Que la situation militaire exigeait des profils capables de consigner, analyser, structurer.
Chroniqueur.
Témoin.
Et, pour une raison qui m’échappait totalement, stratège militaire.
Ridicule.
Le chantage affectif était délicat, presque élégant. On évoquait Takumi, Aoi, Kaoru et Ninomiya-sensei. Les autres. Leur sécurité, leur efficacité accrue avec un soutien intellectuel adapté.
On me rappelait que certains combats se perdaient faute de compréhension du terrain.
J'étais attendu.
Avec plaisir.
Dans les plus brefs délais.
Je repliai la lettre lentement.
Tout y était.
Le pardon tardif.
La menace implicite.
La récupération opportuniste.
Et cette manière insupportable de présenter une convocation comme une faveur.
Je ne répondis pas.
Pas ce soir-là.
Je sortis et passai la soirée à l’auberge de la guilde. Les conversations avaient changé.
On parlait de départs. De rations, de positions ennemies, de fronts dont on ne connaissait pas encore le nom.
En rentrant, je posai la lettre sur ma table, à côté de l’annuaire.
Je n’avais pas encore décidé quoi faire.
Mais une chose était certaine.
Quand je répondrais, je le ferais à ma manière.
Et ils recevraient, non pas une acceptation, mais un projectile soigneusement rédigé.
Un missile administratif, parfaitement poli, juridiquement irréprochable, et salé comme il se doit.
Xoxo,
Isekai Gazette

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