Chapitre 78 – Reprise

Une minute de lecture

Les congés prirent fin.

Un matin, simplement, je remis mes chaussures, refermai la porte derrière moi, et repris le chemin de la guilde.

Les bureaux s’étaient remplis à nouveau. Les voix aussi. Les dossiers avaient recommencé à s’empiler, avec cette obstination propre aux administrations qui survivent à tout.

Je retrouvai mon bureau.

Rien n’avait changé.

Et pourtant, tout avait changé.

Les rapports parlaient désormais de reconstruction. De routes à sécuriser. De villes à relever. La guerre était déjà en train de devenir une archive. Une trace à classer. Une cicatrice parmi d’autres.

Je travaillais avec application. Comme toujours.

Mais quelque chose, en arrière-plan, était différent. Une disponibilité nouvelle.

Comme si une pièce de mon esprit, longtemps occupée à résister, s’était enfin libérée.

C’est ce soir-là que l’entité revint autrement.

Pas dans un rêve.

Pas dans une sensation diffuse.

Mais dans un espace clair.

Je ne saurais pas dire si j’étais endormi.

Il n’y avait ni corps, ni décor au sens strict. Juste une étendue calme, sans horizon, sans menace. L’entité n’était pas là, face à moi. Elle était avec moi. Comme une présence assise à la même table invisible.

Les images vinrent, lentes, précises.

La Terre.

Pas idéalisée. Pas figée. Telle qu’elle était désormais : transformée, étrangère, vivante sans moi.

Puis d’autres mondes.

Certains plus dangereux, d’autres plus calmes, et d’autres encore clairement incompréhensibles.

Et enfin, une image plus simple encore : moi, ici.

À Kiervin.

À ma table.

Vivant une vie modeste, continue, imparfaite.

Il n’y eut pas de question formulée.

Seulement une évidence transmise avec une douceur presque respectueuse :

Je suis prête.

Si tu l’es.

Elle proposait.

Je compris alors qu’elle ne cherchait pas seulement à me renvoyer quelque part. Elle cherchait à rentrer, elle aussi.

Ou à rester. Elle n’en savait rien. Elle avait simplement appris, comme moi, que le déplacement n’était pas une solution en soi.

Le choix n’était pas urgent.

Il n’était même pas nécessaire.

Il existait.

Xoxo,
Isekai Gazette

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