Chapitre 2 : déception

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 Ayla accourt, les yeux écarquillés.

– Asuna ! Par tous les vents… que s’est-il passé ?

 Sa jeune sœur se relève difficilement, abattue. Une douleur s’élève dans sa poitrine, comprime son cœur. Des larmes dévalent ses joues.

– Un elfe de la Sève m’a… attaquée, parvient-elle à murmurer.

– Comment a-t-il pu pénétrer le sanctuaire ? C’est impossible ! Nos sorts de protection sont infrangibles !

 Asuna ferme les yeux. Un poids écrasant lui tombe sur les épaules. Le menhir de cristal aurait dû la protéger – les étoiles veiller sur elle, repousser son ennemi.

 Cyriad les rejoint à pas rapides, poings serrés, et serre sa fille contre lui.

– Je suis soulagé que tu n’aies rien.

 Son étreinte apaise un peu Asuna.

– Ces maudits elfes de Sève osent interrompre un rituel ancestral sur nos terres sacrées ! rugit Ayla. Nous ne pouvons pas les laisser faire !

 Asuna reprend son souffle, pose sa tête contre l’épaule de son père.

– C’est étrange… il semblait me craindre. Pas m’attaquer gratuitement. Nous sommes pourtant un peuple pacifiste.

– Ce sont eux, les guerriers ! lance Ayla, sourcils froncés.

– Notre magie les effraie, car elle surpasse leurs sombres pouvoirs, confie Cyriad d’une voix grave. Même si nous l’utilisons pour embellir le monde, jamais pour nuire.

– Mais nos ennemis semblent l’ignorer, ponctue Ayla.

 Asuna lève vers son père ses yeux brillants de désespoir.

– Et maintenant ? Mon initiation est gâchée ! La prochaine conjonction ne reviendra pas avant plus d’un cycle céleste…

 Cyriad pose une main tendre sur son épaule.

– Nous patienterons. Et d'ici là, nous devrons te mettre à l'abri.

 À l’aube, les nuages rosés s’étirent dans le ciel. N’ayant pu fermer l’œil, Asuna reste assise contre un saule, incapable d’entrer en méditation. Les événements troublants de la nuit tournent en boucle dans son esprit.

 Pourquoi le destin s’acharne-t-il contre sa famille ? Sa mère… puis son rituel avorté.

 Qui était cet elfe de Sève qui s’était permis d’interrompre son initiation ?

 Asuna voit dans cet obstacle un mauvais présage. Elle ne deviendra pas Prêtresse, et sa mère, la précédente initiée, n’est plus. Son peuple compte désormais sur cette magie si particulière qui pulse en elle.

 Mais surtout, elle ne parvient pas à chasser de son esprit le regard pénétrant de l’intrus. Ses yeux ambrés, pareils à la sève d’un arbre, ses cheveux ocre-roux en bataille, coupés à la nuque, couleur de glaise. Cette pensée l’étourdit et la trouble plus qu’elle ne voudrait l’admettre. Elle secoue la tête pour rejeter cette image tenace. Sans ce fauteur de troubles, elle serait déjà Prêtresse.

 La force tranquille de l’arbre l’apaise peu à peu et éveille sa magie. Une onde frétillante picote ses doigts.

Je ne suis pas encore Prêtresse, mais ma magie est bien là, songe Asuna pour se réconforter.

 Une brise soulève ses cheveux. Les premiers rayons solaire illuminent ses mèches ambrées. L’elfe de l’étoile ferme les yeux ; sa magie s’exprime alors en des orbes scintillants qui s’échappent de son corps. Les branches du saule frémissent lorsque les lueurs s’élèvent vers les cieux, leurs feuilles bruissant à leur contact. Les spores se déposent dans le feuillage, éclairant la prairie avant que le soleil ne se lève complètement.

 Asuna soupire. Sa magie est belle, protectrice, nourricière. Comment un pouvoir fait pour embellir le monde pourrait-il défendre les siens contre les elfes de Sève ? L’initiation devait la rendre plus forte, affûter ses capacités de guerrière.

La magie n’est pourtant pas faite pour détruire, se répète-t-elle. Elle a dû prendre ce chemin belliqueux en raison des conflits entre les peuples.

– C’est magnifique… dit doucement Ayla en découvrant les illuminations sur l’arbre.

 Elle enlace tendrement sa sœur et lui caresse le visage.

– Je sais que tu te mets une pression insoutenable pour nous protéger. Mais tu n’es pas responsable des actes de nos ennemis. Et tu n’es pas seule. Père a déjà pris des mesures pour protéger nos terres. S’ils reviennent, nous serons prêts. Tu peux compter sur moi.

 Asuna inspire le parfum réconfortant des cheveux d’Ayla. Ils sentent comme ceux de leur défunte mère. Ayla est une si bonne guerrière. Elle dirige déjà les combattants.

 Comment se fait-il que la magie ne l’ait pas choisie, elle ?

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