Épisode 18 - Le Troll et le Suédois

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Coucou ! Un petit épisode tout drôle et léger avant que la traque et les choses sérieuses ne commencent enfin ! J'espère que vous allez bien rigoler ! J'ai adoré écrire cet épisode :3

— Ouah l’Aristo ! Franchement, tu m’impressionnes ! On se croirait à Poudlard ! Ou alors, non, le manoir du Professeur X ! Tu sais, les X-Men et tout ! Mmmmm vu ta tête, tu connais sûrement pas… Et Dr Who, tu connais ? Le TARDIS ! Voilà ! Tout ça c’est vraiment un mélange de Poudlard, X-Men et Dr Who ! C’est vraiment trop génial… Tu me fais visiter ?

Le petit Chat était intarissable. Ses magnifiques émeraudes brillaient d’une excitation toute enfantine. Il sautillait presque de joie en remontant l’allée qui menait au manoir. On aurait vraiment dit un adorable chaton à cet instant précis : avec ses mèches blondes qui s’échappaient de son bonnet en laine ou encore son grand sourire extatique pendant qu’il dévorait avidement les lieux du regard. Il paraissait si pur et innocent… Qui pourrait croire que ce ravissant garnement était en réalité un tueur professionnel ?

Lars porta sa cigarette à ses lèvres sans quitter son improbable invité des yeux. Passé l’énervement au Luxury Eve, il était finalement content de l’avoir à ses côtés. Enfin, bon. Content était un bien grand mot. Disons plutôt que cet adorable petit Chat représentait une distraction intéressante. Toute cette ambivalence qui émanait de lui était si intrigante !

Derrière cette joie lumineuse, Lars devinait un caractère en réalité très sombre et peut-être même un peu dérangé. Le plus étonnant c’était que le petit Chat n’avait pas l’air de jouer la comédie. La lumière et les ténèbres semblaient réellement représenter deux facettes bien distinctes de sa personnalité. C’était diablement fascinant.

Et terriblement dangereux ! Mais qu’est-ce qui lui avait pris d’emmener cette espèce de machine à tuer chez lui ? Il aurait pu le laisser à l’hôtel et lui donner rendez-vous quelque part le lendemain. Mais non ! Surtout que ce n’était même pas pour une nuit de folie dans sa chambre.

Lars n’allait pas se mentir : il avait vraiment aimé embrasser cet enquiquineur de première. La douceur de ses lèvres, le goût de sa langue, le contact de ses mains sur sa peau… le simple fait d’y repenser envoyait des frissons de volupté dans le creux de ses reins. Si ça ne tenait qu’à lui, il inviterait ce délicieux petit Chat à reprendre exactement là où ils s’étaient arrêtés au Luxury Eve.

Malheureusement, les récents évènements l’obligeaient à revoir ses priorités pour ce soir. Ørjan avait l’anneau. Lars n’avait pas besoin que les Dieux lui envoient un autre émissaire pour comprendre qu’il devait se mettre en chasse. L’idée de courir après ce satané serpent le fatiguait déjà, mais c’était l’occasion ou jamais de lui mettre enfin la main dessus.

Mais avant de se lancer, il devait d’abord revoir la protection du domaine et pour ça, il avait besoin de Cece. Mais aussi de Raz. En espérant qu’ils soient rapidement joignables et…

— Hey ho l’Aristo, tu m’écoutes ? Où est la sonnette ?

La voix surexcitée du petit Chat le tira de ses pensées et Lars le toisa avec agacement. Ils se trouvaient désormais à l’entrée du manoir, le gamin se trémoussait d’impatience devant l’imposante double-porte fermée à double tour. Il louchait avec intérêt vers le heurtoir en forme de tête de loup et avait clairement très envie de s’en servir.

Mais Lars ne voulait pas réveiller Noro, déjà qu’elle avait le sommeil léger. Et puis, il était le maître des lieux, il n’avait pas besoin de frapper pour entrer chez lui. Le magicien agita une main impatiente vers son acolyte de fortune pour l’intimer à se pousser sur le côté.

Celui-ci s'exécuta sans discuter, son attention déjà détournée par les deux immenses statues en marbre noir, postées en sentinelle de chaque côté de la porte. Des bêtes féroces qui tenaient fermement Mjølnir, le marteau divin, dans leur gueule puissante. A la place des yeux, des pierres d’améthyste luisaient faiblement dans la nuit.

— T’aimes vraiment les loups, toi, commenta le petit Chat en couvant le cerbère de roche le plus proche d’un œil très intéressé. Un rapport avec les loups-garous ?

— Peut-être bien, répondit distraitement Lars, un petit sourire aux lèvres et une paume désormais posée sur le bois élégamment sculpté, juste sous le heurtoir. Pourquoi ?

Son aura illumina brièvement sa peau avant de se faufiler dans l’interstice qui séparait les deux vantaux de la porte. Cette dernière s’ouvrit aussitôt dans un léger grincement.

Pendant ce temps, le gamin ficha une cigarette entre ses lèvres.

— N’y pense même pas, le rabroua sèchement Lars alors qu’il sortait un briquet de sa poche. Noro déteste quand on fume dans la maison. Si tu tiens à la vie, je te conseille de ranger cette cigarette sans faire d’histoire.

Il donna d’ailleurs l’exemple en faisant disparaître son propre mégot d’un claquement de doigts. Le petit Chat obéit en ronchonnant.

— C’est qui Noro ? C’est ta… ? Oh put… t’es marié c’est ça ?!

Les yeux verts s’écarquillèrent de surprise avec une exagération des plus ridicules. Lars pinça les lèvres face à sa tête ouvertement moqueuse. Non mais quel abruti franchement !

— Espèce de crétin ! Ai-je la tête d’un homme marié ?!

Le simple fait de penser au mariage lui hérissait le poil.

— Mouais, maintenant que tu le dis… t’as une tête de mec frivole, s’esclaffa l’autre. Mais tu sais de nos jours, y a plein de mecs frivoles qui sont mariés… Je vais pas te juger !

— Tais-toi, grinça Lars tandis qu’ils pénétraient dans le hall. Et puis… En quoi ça t’intéresse, exactement ? A moins que tu n’ai envie d’un plan à trois ? railla-t-il en refermant la porte derrière eux. Je peux très bien nous arranger ça, mais avec quelqu’un d’autre…

— N’importe quoi ! Je te l’ai dit, l’Aristo : toi et ta queue vous m’intéressez pas du tout ! On couchera jamais ensemble tous les deux, tu piges ? Ou faut que je le dise en suédois ?

En sué-QUOI ?! Lars faillit s’étouffer d’indignation face aux provocations puériles de cette… cette espèce de troll stupide ! Il en oublia même de contre argumenter ses propos décidément bien contradictoires (Blablabla tu ne m’intéresses pas et la seconde d’après je t’embrasse avec ferveur. Mais oui bien sûr !) Peut-être qu’il devrait le renvoyer en Sibérie pour l’aider à remettre ses idées en place ? Ou mieux : l’envoyer passer le reste de la nuit en Antarctique et sans vêtements ! Ça lui couperait l’envie de dire n’importe quoi…

— Lars ? Qui est-ce ?

La voix de Noro claqua soudain dans le silence, résonnant presque sinistrement dans le hall. Lars et le petit Chat sursautèrent comme deux idiots, alors que la jeune femme surgissait de l’ombre. Les lèvres pincées, elle les dévisagea tour à tour, puis se tourna vers le gamin pour le jauger. Avec son masque en ivoire, elle était vraiment intimidante. L’autre cessa aussitôt de faire le malin. Il affichait désormais la tête d’un petit garçon pris en faute, exactement la même qu’il avait eue face à Liv lorsqu’elle l’avait fusillé du regard.

— Bonsoir, euh… madame Strøm, fit-il d’un ton qui se voulait enjoué.

Sa tentative échoua lamentablement face aux airs inquisiteurs de Noro dont le coin de la bouche tressaillit légèrement face à l'appellation. Madame Strøm ! Mais quel abruti !

Noro se planta devant le petit Chat sans un mot. Le gamin avait beau la dominer de deux bonnes têtes, il parut se liquéfier sur place. Il faisait tellement peine à voir que Lars se décida à intervenir, non sans avoir levé les yeux bien haut vers le ciel au passage.

— Il est tard, Noro. Pourquoi tu n’es toujours pas couchée ?

Enfin, il essaya du moins. Noro ne lui accorda en effet aucune attention. Comme il fallait s’y attendre, Lars se prit un de ces vents phénoménaux dont elle avait le secret. Il détestait quand elle faisait ça. Et pourtant, elle le faisait souvent.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle au petit Chat en croisant les bras.

— Euh…

— Je croyais qu’on s’était mis d’accord, Lars : tu ne ramènes pas des amants à la maison.

— Quoi ? Mais non ! s’écria aussitôt le gamin, les yeux écarquillés comme des soucoupes. Ce n’est pas du tout… raaah ! Mais pourquoi tout le monde croit ça ?!

— Ah bon ? Qui aussi ? demanda Lars, très intéressé de connaître la réponse, mais Noro le rappela bien vite à l’ordre.

— Lars, qui est ce jeune homme, s’il te plait ? Que fait-il ici, si ce n’est pas ton amant ?

Pas encore, songea l’interpellé en se passant machinalement la langue sur les lèvres. Mais il se reprit bien vite face aux airs peu commodes de Noro. Le connaissant par cœur, la jeune femme avait sûrement deviné ce qui venait de lui traverser l’esprit. Oups.

— Noro, je te présente euh… Nemo, s’empressa-t-il de répondre pour éviter toute remontrance. Nous allons travailler ensemble sur une affaire. Nemo, voici Noro.

Il tourna la tête vers le gamin pour croiser ses deux émeraudes… qui le couvaient d’un regard furibond. Ah. Il avait dû se tromper dans son prénom. Quelle tragédie.

— Mais putain ! T’es con ou quoi ? C’est Leo !!!

— Nemo, Leo… Moi, je trouve que ça sonne pareil, rétorqua Lars, sautant sur l’occasion pour une petite vengeance mesquine. Tu sais, comme le suédois et le norvégien.

— Connard…

— Langage, jeune homme, intervint sèchement Noro. Et toi Lars, arrête de faire l’enfant.

Le concerné se permit d’agiter une main dédaigneuse, davantage en signe de rébellion que de reddition. Grave erreur, il n’en fallut pas plus pour que Noro le trahisse impunément.

— Enchantée de te connaître, Leo. Appelle-moi Noro. Et non, je ne suis pas Madame Strøm, ajouta-t-elle avec amusement. Même si je l’aime de tout mon cœur, cela n’arrivera jamais, et ce peu importe qu’il ne reste plus aucune autre créature sur Terre…

Le principal concerné lui fit les gros yeux pour toute réponse, tandis que l’abominable gamin s’esclaffait sans retenue. Oublié le malaise, il ne manquerait plus que Noro et lui deviennent inséparables comme les deux doigts de la main !

— Pour ce qui est des sales manies de Lars, ne le prends pas personnellement. Ce gros bêta a une véritable mémoire de poisson rouge quand il s’agit des prénoms. Il a mis dix ans pour retenir enfin le mien.

— Ah ouais, quand même, commenta l’autre, la tête désormais moqueuse, au moment précis où Lars se récriait tout en se drapant dans sa dignité doublement bafouée.

— N’importe quoi ! Tu n’exagères pas un peu trop là ?

— A peine, répliqua Noro avant de se détourner d’eux avec un petit rictus aux lèvres. Et maintenant, je vous laisse. Je vais me coucher. Si vous avez faim, il y a de la soupe à la cuisine. Bonne nuit…et surtout ne faites pas de bêtises.

— Aucun risque, grommela le petit Chat avant d’ajouter à haute voix, le ton sincèrement enjoué cette fois : Bonne nuit, Noro ! Ravi de vous avoir rencontrée !

La jeune femme ne répondit pas, disparaissant aussi silencieusement qu’elle était apparue un peu plus tôt. Traîtresse, songea Lars, il reporta ensuite son attention sur son très cher invité. Ce dernier affichait la tête de quelqu’un sur le point de sortir une plaisanterie de très mauvais goût et Lars leva une main autoritaire pour le couper dans son élan.

— Ne dis plus rien, petit Chat. Cela vaudrait mieux pour toi. Maintenant, suis-moi, ordonna-t-il en grimpant les escaliers d’un pas rapide.

Il avait hâte de retrouver la quiétude de sa chambre… et faire ce qu’il avait à faire.

Le gamin le suivit sans faire d’histoire, examinant les lieux avec un intérêt non dissimulé. Les lumières s’allumaient puis s’éteignaient automatiquement sur leur passage. Ils longèrent plusieurs couloirs, avant d’arriver à destination.

— Et voilà, petit Chat : ta chambre ! annonça Lars en s’arrêtant devant une porte qui s’ouvrit dans un léger cliquetis. Tu y trouveras tout ce qu’il te faut pour passer la nuit…

— Ma chambre, genre… ma chambre à moi tout seul, hein ? demanda l’autre d’un ton suspicieux sans faire un geste pour entrer dans la pièce. J’espère pour toi que t’as pas des idées cheloues derrière la tête…

— Franchement petit Chat… à force d’en parler, je commence à croire que c’est toi qui as des idées “cheloues” derrière la tête, railla Lars. D’ailleurs, on en parle de la manière dont tu t’es jeté sur moi au Luxury Eve ? C’est toi qui m’as embrassé en premier si je ne m’abuse !

— Et moi je te répète : tu te fais des films, l’Aristo. TU t’es jeté sur moi dans ce club et non l’inverse. J’ai vu comment tu me mates depuis cette nuit de folie en Norvège, tu sais ? Après je peux le comprendre, je suis diablement sexy. On me le dit souvent.

La réplique dégoulinait d’une arrogance folle, le gamin le fixait d’ailleurs avec un grand rictus suffisant sur les lèvres. Lars le dévisagea un instant sans rien dire, avant d’éclater de rire. La mauvaise foi de cet adorable petit Chat était décidément très drôle.

— Oh ça va, arrête de rigoler ! grogna l’autre d’un air mauvais face à l’hilarité de Lars.

Mais le magicien n’arrivait plus à s’arrêter tellement la situation l’amusait.

Mais oui bien sûr ! C’était lui et lui seul l’instigateur de ce baiser au Luxury Eve. Lui, le vilain Lars, qui avait embrouillé la tête du saint petit Chat pour l’obliger à l’embrasser.

Il voulait vraiment jouer à ça ? Très bien.

— Tu as raison, mon petit Chaton, murmura le jeune homme en retrouvant son sérieux. Tu me plais beaucoup et je suis sûr que c’est réciproque. Tututu, ne dis rien, fit-il en posant un doigt sur la bouche de son si ravissant acolyte. Ne t’inquiètes pas, je n’ai plus l’intention de me “jeter” sur toi comme l’autre nuit. Le moment venu, c’est toi qui viendras à moi…

— Ouais c’est ça, et sinon arrête de me toucher, gronda le gamin, il attrapa vivement son poignet pour écarter sa main de son visage. Je déteste quand tu fais ça !

— Oh pardon. Ça te dérange parce que c’est désagréable ou au contraire… très agréable ? répliqua Lars en affrontant son regard courroucé avec un petit sourire innocent.

Seul le silence lui répondit. Le petit Chat se contenta de le fusiller de ses deux émeraudes, sans rien dire. Ses yeux étaient vraiment magnifiques. Et oui, le gamin n’exagérait pas en se vantant d’être incroyablement sexy. Il l’était. Rien que sa proximité émoustillait Lars au plus haut point. Des milliers de picotements grouillaient sous sa peau au contact de la sienne, son parfum boisé s’insinuait doucement en lui, menaçant de lui faire perdre la tête. Lars dut se faire violence pour ne pas lui sauter dessus et s’emparer de ses lèvres.

Il détacha difficilement son regard de sa jolie bouche et amorça un geste pour se reculer, estimant qu’ils avaient assez joué comme ça pour ce soir. Mais contre toute attente, le petit Chat garda sa main dans la sienne. Il continuait de le fixer dans un mélange d’agacement et de frustration. Des pensées contradictoires se battaient clairement en duel dans sa tête.

Ils restèrent ainsi pendant encore de longues et interminables secondes… à se regarder sans un mot comme deux parfaits imbéciles.

Et puis soudain, le petit Chat le lâcha comme s’il s’était brûlé. Il recula en se passant nerveusement la langue sur les lèvres, le souffle un peu trop rapide pour être normal. Il se rua ensuite dans sa chambre sans demander son reste.

— Bonne nuit, grogna-t-il, puis sans plus de cérémonie, il claqua la porte sous le nez d’un Lars complètement interdit par ce revirement de situation des plus ridicules.

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