Le Colisée
Aujourd'hui, j'étais au Colisée pour y voir les combats de gladiateurs. Cette édition du Tournoi des Comtes était prometteuse, les combattants ont été importés de partout pour départager les quatre seigneurs. Chacun avait inscrit deux guerriers pour prouver sa supériorité. Le premier des huit présents était un homme grand, portant une lourde armure rutilante et une épée longue dans le dos. Le second participant était un Karynx, petit, à l'air vicieux comme tous les autres démons de son espèce. Deux autres combattants ont attiré mon regard : un Brakhtor, grand et fort, ainsi qu'un orc. Enfin, un demi-orc. J'avais entendu parler d'un groupe de cette espèce sauvage qui se baladerait un peu plus à l'ouest de la ville, mais je n'avais jamais vu une de ces créatures en vrai. Sa peau verdâtre tendue sous ses muscles volumineux, ses canines inférieures ressortant de sa bouche comme des défenses, ses traits durs, tout en lui paraissait brutal, violent. Il ne portait pas d'armure, seulement un pagne laminé, en fourrure d'une bête méconnaissable à présent. Il avait dans son dos une immense hache à double tranchant, ainsi que deux plus petites attachées à la ceinture.
C'est lors de son premier combat que j'ai pu me rendre compte des talents guerriers de cette espèce. Leur réputation était fondée : il n'a même pas eu à utiliser sa hache pour tuer le Brakhtor qui l’affrontait ; ces démons sont pourtant les êtres infernaux les mieux bâtis. Le Brakhtor avait tenté d'empoigner Thrakk, le demi-orc. Loin de fuir la prise, le guerrier fit une contre-saisie, et, d'un mouvement ample de tout son corps, il fit basculer son adversaire sur le côté. D'un geste rapide, il lui tordit le cou. Puis il se releva et repartit sous les acclamations de la foule. J'ai trouvé les autres combats du premier tour sans intérêt : quelque chose chez ce demi-orc m'avait fasciné. Peut-être sa façon naturelle de se battre, comme s'il était né pour cela ? Jamais un combattant ne m'avait fait cet effet auparavant, et j'étais certain que Thrakk serait le vainqueur du tournoi.
Le second tour opposa mon favori au Karynx. J'avais vu celui-ci légèrement plus tôt égorger son adversaire avec ses longues griffes, puis s'abreuver du flot pourpre jaillissant de la gorge de sa victime. Au gong, le Karynx s'éloigna subitement, puis prit une position accroupie. Thrakk, qui avait sorti sa grande hache, s'approcha lentement. Un éclair. C'était le Karynx qui passait à l'attaque, son bras était flou, et Thrakk n'évita le coup mortel que grâce à d'inimaginables réflexes. Un autre flou, et la hache s'abattit sur le cou du démon. Sa peau recouverte d'écaille empêcha cependant sa tête de voler, malgré la puissance du coup. Les dents comme des aiguilles du Karynx vinrent attraper le bras droit du demi-orc. Criant, Thrakk leva ce même bras et l'abattit violemment vers le sol, secouant le démon qui y était accroché comme une poupée de chiffon. Ce dernier finit par lâcher, laissant des trous sanguinolents dans le membre supérieur de Thrakk. Celui-ci ne laissa pas à son adversaire le temps de reprendre ses esprits, et frappa exactement au même endroit d'un coup circulaire. Cette fois-ci, les écailles ne suffirent pas, et un geyser noir s'échappa du corps décapité. Mon souffle s'était retenu tout au long du combat, mon cœur battait à la chamade. Le soulagement qui m'envahit lors du coup fatal était sans pareil à ce que je pensais pouvoir ressentir.
Le dernier combat fut encore plus épique que le précédent. Une jeune femme, une magicienne, était son adversaire. Elle avait triomphé de ses précédents opposants en prenant le contrôle de leur corps, suite à quoi elle jouait un peu avant de leur faire déclarer forfait. Dès le début du combat, elle réitéra son sort de contrôle. À mon grand désespoir, je vis Thrakk bander ses muscles comme si l'air l'entravait, lui empêchait tout mouvement. C'est alors que je les vis. Les esprits orcs qui l'accompagnent. Les yeux du barbare s'illuminèrent d'une vive lueur bleue. Des fantômes commencèrent à tourner autour de la magicienne, au front de laquelle coulait de la sueur. Dans un cri victorieux, Thrakk avança d'un pas, puis d'un autre. Les fantômes attaquèrent, tranchant de leur épée, mais ne laissant que de simples coupures sur le corps de la femme. Complètement libéré, Thrakk chargea et, d'un grand coup de poing, assomma son adversaire. Les vivats retentirent, les trompettes sonnèrent : le vainqueur du tournoi venait d'être déclaré. Certains huèrent le champion à cause de leurs paris perdus, mais la plupart le célébrèrent.
C'était la dernière fois que j'allais au Colisée. Je ne pense pas que je reverrai un jour une telle démonstration guerrière. Thrakk est un héros, ma nouvelle idole. Je ne peux tout simplement pas laisser ce champion partir sans le suivre ! En tant que barde, j'écrirai ses exploits pour les rendre immortels.
Thrakk est parti vers la Horde, peu de temps après que sa récompense, c'est-à-dire sa liberté, lui fut remise. Je prépare mes affaires et je pars sur ses traces dès maintenant.
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J'ai rejoint Thrakk tout à l'heure. Contrairement aux apparences, il n'est pas aussi agressif qu'il n'y parait. Je pense aussi que ne pas faire partie du peuple de ses anciens agresseurs m'a aidé à m'attirer sa sympathie, ou du moins à ne pas me faire rejeter. La nourriture aussi a contribué à cela, sans aucun doute. Nous avons discuté autour du repas, et il m'a expliqué comment il s'est retrouvé dans ce lieu, à se battre pour un Comte qu'il ne connait même pas.
Thrakk a été fait prisonnier pendant une attaque contre un village humain. Cependant, seul un habitant était présent, au milieu de la place centrale, sur laquelle était entassée de nombreuses richesses en métaux précieux. L'homme, qui était recouvert de brûlures, recula et leur indiqua le butin, qu'ils commencèrent à fourrer dans leur sac. Tout à coup, un nuage se forma aux pieds de l'inconnu, l'élevant dans les airs. Le ciel s'assombrit, des éclairs traversaient les yeux de l'homme. La foudre s'abattit soudainement sur lui, comme s'il était un paratonnerre, et se redirigea vers le groupe de pillards. L'homme ne semblait ressentir aucune douleur, mais en infligea beaucoup. L'or et l'argent servirent de conducteurs à la foudre, qui se propagea jusqu'à ceux qui avaient été jusque-là épargnés. Ce sont les seuls souvenirs du demi-orc quant à sa capture, à moins qu'il ne veuille en dire plus.
La soirée se déroula sans qu'un mot de plus ne soit échangé. Nous nous couchâmes tôt, et nous repartirons demain vers sa tribu.

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