Je cours, je crie et je parcours ce champ infini.
Je cours, je hurle et j'entends les échos de ma peur.
Elle est là, juste à quelques pas, et je sais bien que si je ralentis, elle m'avalera.
J'entends parfois, les cris de mes amis, qui y ont succombé par manque d'endurance.
La vraie force n'est que dans la tête, dès lors je n'entends plus, mon corps qui chancelle.
Je cours, je crie et j'en oublie même que je suis à moitié nue. La neige recouvre tout. Et jusqu'à mes genoux.
Incapable de décrire réellement ce que je crains, je sais juste qu'elle veut m'éteindre.
Je cours, je crie et je perçois enfin, une lueur là, tout au fond de ce jardin. Je m'y accroche et presque m'y envole, voyant cette lampe à pétrole comme un refuge, j'accours, j'arrive et me heurte à la porte glaçante.
À l'intérieur, du bruit, ce ne peut être que mes amis. Je leur hurle de m'ouvrir mais seul mon écho me suit.
Au bout d'un instant, la lumière inonde mon être, et sans penser à rien j'entre et je reste.
Prenant le soin de claquer la porte, certains me crient "CHUT!" , tous sont comme tétanisés.
Je prends le temps de les détailler, ils sont en sang les larmes et la sueur ont ternis leur déguisement. Ils sont vides et vidés mais pas encore de façon littérale.
D'où viens-tu ? Qu'as-tu vu ? Tous me transpercent par leurs questions.
Je ne vois rien, je ne sais rien et suis obligée de couvrir mes oreilles, ne pouvant plus supporter leurs voix et la situation actuelle.
Ah oui, maintenant que nous sommes ici, vous voulez connaître mes réponses ? Vous qui m'avez snobée toute la soirée et fait manquer d'assurance ?
À cet instant précis je perçois dans leurs yeux, comme la réponse à toutes ces questions, au moment où ils virent : dans mes mains, cachée par mes boucles dorées, ma magnifique lame.
Quelle idiote, l'effet de surprise est manqué, j'aurais dû opter pour un couteau à beurre, et avec un sourire maladroit, m'excusant presque, j'atteins enfin mon but et cesse de m'essoufler.
Au final, les réunions d'anciens du lycée, c'est une bonne idée.