Antik Lion : Ira et les huit péchés capitaux

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Avec le soutien de  Quatseyes, bertrand môgendre 
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Image de couverture de Antik Lion : Ira et les huit péchés capitaux

Elle contemple la photo de ses parents les yeux vitreux. Une larme glisse sur sa joue. Les mains tremblantes, elle l’essuie, en essayant de tout son possible de contenir sa peur. Voulant se changer les idées, elle prend une ration de nourriture sur une des étagères qui font face à son lit. C’est une sorte de gelée immonde qui rassasie habituellement mais aujourd’hui sa gorge est nouée par l’inquiétude. Assise devant sa petite table, elle regarde, à travers quelques mèches de cheveux revêches, les vêtements qu’elle a préparés la veille. Un jean usé, un pull et un gilet à capuche noir. Tout ce qu’elle a de présentable. Rapidement, elle s’habille, prépare son sac à dos puis sors de son petit appartement en mettant son masque. Après avoir descendu deux étages et mis sa capuche, la jeune fille s’engouffre dans la ville. Ses jambes sont lourdes alors que le centre décisionnel est loin. Les routes n’étant réservées qu’aux véhicules militaires, tous les habitants doivent marcher. Les rues sont sales et infestés de rats. Bizarrement, c’est les seules bêtes qui survivent ici. L’air est épais comme si on était dans un brouillard permanent. Le ciel est gris, légèrement verdâtre, impossible de voir le bleu du ciel. C’est comme si tout était mort, en train de pourrir. Aucun plant n’a survécu. Les avions militaires circulent sans cesse, remplaçant les oiseaux. Les rideaux en fer gris des magasins sont toujours abaissés et les immeubles, presque tous délabrés, gris et terne, donne l’illusion d’une ville fantôme. La guerre a tout ravagé.

Enfin arrivée, elle s’étonne de la foule d’hommes et femmes attendant devant les portes principales. Le bâtiment est fade, limpide, on peut voir quelques silhouettes à travers les vitres. Un homme, vêtu d’un costume, s’avance sur le balcon à près de trois mètres au-dessus d’eux. Il sort un calepin et parle au micro à travers son masque :

- Tous ceux présents pour le test sont priés de se présenter tout d’abord au rez-de-chaussée sous certaines conditions. Un : les infirmes ou les malades sont formellement refusées. Deux : Seul les candidats majeurs, c’est-à-dire, ayant dix-sept ans ou plus seront reçus. Trois : les personnes qui ont déjà été refusées doivent partir. Quatre : les armes sont formellement interdites, si nous voyons l’un d’entre vous en porter une, nous avons l’ordre de tirer à vu. Cinq : si l’un d’entre vous est un espion… (Il sourit.) Nous nous ferons un plaisir de montrer l’exemple aux nouveaux.

Ses propos glacent le sang de tous. La moitié de la foule est partie. Il ne reste plus qu’une centaine de personnes dont la fille au gilet noir. Il conclue son discours.

- Tous ceux présentant ces caractéristiques sont refusés. Et si, malgré nos instructions, vous tentez de passer le test, vous serez sévèrement punis. Nous vous retirerons vos identités et vos titres et, en cas de rébellion, vous serez tués.

A ce moment, un groupe s’est détaché. Ils ne sont plus que quelques dizaines. L’homme en noir leur fait signe d’entrer. Le temps que les grandes portes en fers forgés s’ouvre, il est déjà de l’autre côté et elle... a du mal à respirer d’appréhension. Ils passent dans un sas où l’air est purifié.

- Vous pouvez retirer vos masques. Nous allons tout d’abord vous contrôlez puis vous irez passer l’épreuve écrite.

Ils s’exécutent et découvrent les visages de leurs possibles futurs camarades. Les différences d’âge sont minimes. L’entrée est un grand dôme où à gauche, est installé un genre de cabinet médical construit à la hâte et à droite, des ordinateurs et un genre de scanner. La jeune fille s’émerveille face au plafond du dôme, magnifique, oubliant un peu son effroi. Il n’a pas été entretenu, mais elle arrive quand même à distinguer certains détails de peinture, d’images floues qui forment une fresque remplie de petits anges et de couleurs. Le guide les compte. Il ne reste que cinquante trois personnes. Sous ses ordres, ils se rangent en deux colonnes et attendent patiemment leur tour pour aller du côté gauche ou droit. Au bout de quelques passages, elle se dirige vers la gauche. Deux rideaux blancs s’ouvrent à son arrivée, un homme en blouse blanche l’accueille et la dirige vers son collègue, portant un dossier entre ses mains.

- Bonjour, je suis le Dr. Simmons. Votre nom et prénom ?

- Ira… Ira Packard.

Anxieuse, elle bafouille. Il les inscrit sur une feuille vierge pendant que son assistant prépare des outils.

- Votre âge ?

- Dix-sept ans.

- Connaissez-vous votre taille et votre poids ?

- Non.

- Nous prendrons les mesures plus tard. Nom et prénom de vos parents ?

- Dylan et Jane Packard.

- Leurs statuts.

Son cœur se serre.

- Décédés. Ils ont été appelés très tôt à se battre parce que mon père était un ancien militaire. Ils sont morts lorsque j’avais onze ans.

Le médecin n’a pas l’air étonné. Il baisse la tête sur sa feuille, empoigne son stylo et barre d’un geste rapide une des lignes.

- Quelque chose à ajouter ?

- Non.

Le médecin s’assoit et pose son dossier sur la table contre le mur. Son assistant la dirige vers une balance. Il la fait monter dessus et note le nombre puis la conduit vers le mur où est installé une barre en bois avec lequel l’assistant prend sa taille. Après avoir pris ses mensurations, le docteur prend une seringue, lui demande de s’assoir et entoure le bras d’un bandeau serré.

- Je vais vous faire une prise de sang, ne bougez pas.

Il remplit la fiole de ce liquide, foncé et rouge, et la dépose dans une machine qu’il met en route. Le Dr. Simmons revient vers elle.

- Nous allons tester vos aptitudes physiques maintenant.

Il donne des petits coups sur son genou avec un petit marteau. Ca l’amuse un peu. Il la dirige ensuite derrière un deuxième rideau où se trouve un tapis de course et lui collent des électrodes reliées aux ordinateurs sur tout le corps. Elle monte dessus et commence à courir pendant qu’ils discutent.

- Ethnicité ?

- Caucasienne.

- Yeux ?

- Marron.

- Cheveux ?

- Long et marron.

- Visage ?

- Rond… non plutôt carré et grain de beauté sur la joue gauche.

Une alarme sonne et, essoufflée, Ira s’arrête enfin. Devant les écrans, le médecin et son assistant sont bouches-bée, limite choqués. Une autre sonnerie retentit. Ils se précipitent vers elle, je les suis, intriguée. Ce sont les résultats de sa prise de sang. Le Dr. Simmons les lit, fixe les yeux de Ira, intriguée, puis les relit et finit par relever la tête.

- Vos… vos résultats sont bons, même très bons ! C’est impossible…

Son suppléant la regarde avec la même surprise. Elle commence à m’inquiéter.

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

Le docteur m’ignore et vérifie la machine sous tous les angles. Apparemment, il n’y a aucun problème mécanique ou informatique. Il se retourne vers Ira

- Avez-vous été sous la tutelle d’un homme ou… d’une femme très riche ?

- Non, j’ai toujours vécu seule depuis la mort de mes parents.

Il est surpris. Ma réponse n’était pas celle qu’il attendait. Il passe les résultats à son collègue.

- Ecoutez, vous êtes en bonne santé, en très bonne santé, ce qui est très rare aujourd’hui. Comment avez-vous fait ?

Ses souvenirs défilent sous ses yeux. La faim et la soif pendant les pénuries, la chaleur des canicules, le manque d’oxygène, la mort de ses parents, la solitude… Les larmes lui montent aux yeux.

- J’ai survécu.

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