Mme Joneau
Mme Joneau. C'est qui ? C'est quelqu'un. Une personne qui vit. Avec des membres pas complètement immobiles, une peau pas complètement blanche, un corps pas complètement froid, une voix pas complètement inexistante. Des doigts qui pianotent sur son bureau. Elle s'énerve souvent. Mais parfois, quand elle ne s'énerve pas, elle sourit. Parfois. Pour faire plaisir. Pour se faire plaisir. Puis elle rigole. Un rire plein d'humanité que je n'aime pas : ce rire il fracasse le silence avec le même bruit que lorsqu'un vase se brise sur le carrelage. Un rire trop joyeux, trop vif. En plus du silence, il fissure aussi tout ce qui vit intérieurement, tout ce qui n'est pas extraverti. Son rire, il rend tout faux : l'amour, les petits secrets, les souvenirs, les mensonges et même la vérité. Le cœur éclate, l'envie de vivre avec. Il y a du sang par terre. Et dans les yeux et dans la bouche et dans le cœur et sur ses mains. Elle a tué et on ne lui dit rien. Il faudrait lui arracher la peau. Elle le fait déjà : elle se tire la peau sous la mâchoire. C'est dommage qu'elle ne le fasse pas avec plus d'énergie. Elle est molle. Oui, elle doit vraiment avoir un corps tout mou à force d'être heureuse. Des jambes qui ne portent plus. C'est horrible et fabuleux à la fois. Avoir la nausée, ne plus tenir debout, se gratter, se couper les cheveux et quand il n'y a plus de cheveux, les doigts. Ce n'est pas vraiment le fait d'être heureux qui rend mou, c'est le fait d’être heureux et de se rappeler qu'on ne devrait pas. Elle ne doit pas être si molle que ça alors. On ne sait pas. Il faudrait enfoncer une aiguille dans sa cuisse et regarder si elle pénètre dans la chair ou non pour savoir si elle est molle. Une aiguille bien fine et bien pointue, comme ça, on l'entendra crier. Non, dans la cuisse, elle ne criera pas, il faut enfoncer l'aiguille dans le sein. Ce sera plus tranquille que son rire qui casse tout en plein de petits fragments minuscules. Je me perds, je confonds tout, si j'hésite c'est parce qu'il y a une différence entre mou et mou. Son corps à elle, il doit être mou rien que parce qu'elle vit : une chair molle et tiède. Il n'y a plus qu'à croquer, l'arracher avec ses dents pour la découper, la dévorer. Je veux dévorer son sourire. Pourquoi est-elle si belle ? De toute façon, elle déborde : elle est trop gentille, trop belle, trop joyeuse, trop énergique. Ça ne peut pas durer. Ce n'est pas possible. Il y a bien dans le monde un rire fracassant pour venir la recroqueviller sur elle-même, lui couper la voix, les cheveux et les doigts et surtout, lui attacher une ficelle autour du cœur. La même que moi, parce que c'est toujours plus drôle de souffrir à deux que toute seule. Une ficelle autour du cœur et attachée tout là-haut, quelque part chez Dieu. Comme ça, à chaque fois qu'elle fatiguera un peu et que ses jambes toutes molles l'abandonneront, ça lui tirera le cœur. Ça tirera tellement fort que son cœur s'arrachera de sa poitrine mais il ne pourra pas sortir car il y aura ses côtes. Alors, la ficelle tirera tellement fort que ça ouvrira sa cage thoracique comme on ouvre un livre à pleines pages. Dieu pourra regarder ses entrailles poisseuses de sang et choisir des morceaux qu'il pourra retirer. Uns par uns. Pour qu'elle crie. Mais il n'y aura plus de son dans sa gorge. Alors au lieu de crier, elle pleurera. En silence. Il faut avoir honte d'aller mal et bien se taire. Elle comprendra à quel point ce silence est précieux et ce dont une femme serait capable rien que pour prolonger ce silence qui lui appartient rien qu'à elle. Et si elle ose parler ou même juste souffrir trop bruyamment alors plus rien ne lui appartient : ni sa sécurité, ni son chagrin, ni sa douleur, ni sa parole, ni son corps, ni son silence. Il faut toujours se taire sinon, on perd tout. Pour quoi est ce qu'elle n'a jamais rien perdu, à son âge, ça ne se fait pas, alors qu'à 14 ans, ça m’est déjà arrivé trois fois. La quatrième fois, j'ai préféré préserver ce beau silence, éviter Mme Joneau, ne pas la regarder pour empêcher le drame. Laisser ses doigts pianoter sur son bureau et se tirer la peau sous la mâchoire. A chaque fois, c'est elle, je ne lui demande rien, elle vient juste. Parfois elle parle et parfois elle n'a même pas besoin de venir. Elle est déjà trop proche. Je la voix, elle rigole. Ça fait plein de petits débris par terre, il faut les ramasser et puis il y en a un qui se plante dans la tête, et puis un autre. Ah non, c'était une épingle à chignon bien pointue. Un peu comme l'aiguille mais en plus gros. Elle s'enfonce tout doucement et elle comble tellement bien l'espace qu'elle détruit que le sang ne coule même pas. Enfin presque. Il y a juste un petit filet rouge et tiède qui coule entre les yeux : l'épingle est plantée au milieu du front. Et elle ressort sou l'occiput droit. Ça fait mal à la tête et ça descend dans les cervicales, puis les épaules et, inévitablement, le dos. Ça, ça rend molle. Parce que quand on a mal au dos, on ne dort pas et quand on ne dort pas, on est fatiguée, molle, lasse, ennuyée, malade. Rigoler comme elle le fait, c'est mortel, ça mérite de mourir pour remplacer la vie qu'on a prise. Ce n'est pas bien de vouloir la mort de quelqu'un. Et puis mince ! Elle n'avait qu'à se taire, qu'à fermer sa petite bouche, qu'à ne pas être joyeuse, qu'à faire comme tout le monde. Pas forcément souffrir, mais en silence. En silence. Il n'y a pas que son horrible rire qui détruit tout, il y a aussi ses mains, ses bras. Ça aussi il faut lui couper. Comme ça, elle ne pourra pas essayer de m'étrangler en me serrant contre elle, contre son cœur. Ça fait des clapotements dans les oreilles et des tâches noires partout, comme quand on regarde trop longtemps le soleil, c'est nocif. Et puis ça fait chaud à la tête et des fourmillements dans les bouts de doigts puis le sol remonte et il cogne mes genoux. Pourtant elle est toujours debout, ça ne se fait pas. Pourquoi est-ce qu'il ne lui arrive jamais rien alors qu'elle fait plein de choses mal ? Parce qu'elle est belle. Dieu est vraiment injuste. Non seulement il lui donne physiquement la possibilité de nuire aux autres, mais en plus, il ne la punit pas quand elle en abuse. Je déteste Dieu. Il est censé être bon, équitable et faire la justice mais à la place, il la rend toute puissante juste pour détruire la vie. Je déteste aussi Mme Joneau. Ça me fait penser à la Figure du Gisant. Elle serait belle comme ça : en robe, maquillée et avec un suaire sur la tête. Un suaire sur la tête qui l'étranglerait. Un tissu fin, presque transparent. Quelque chose de délicat, de nuptial. Il ne faudrait pas que la mort soit trop brutale. Cette brutalité lui appartient déjà. J’aimerais que son rire reste coincé sous son suaire et qu’il n’atteigne qu’elle. Qu’il la creuse comme un rat rongerait dans la chair fraîche pour échapper à la lumière. Là, elle crierait. Peut-être même que ses doigts arrêteraient de pianoter sur son bureau et de se tirer la peau sous la mâchoire. Peut-être qu’ils trembleraient. Ce serait beau à voir. Elle, toute seule. Sans scène. Sans public. Sans écho. Sans mur pour lui renvoyer son rire. Sa joie a besoin de surfaces, pas de profondeurs. Quand elle frappe, je m’enfonce. Quand elle éclate, je m’évide. Elle est lisse. On dirait qu’aucune main ne s’est jamais refermée trop fort sur son bras. Qu’aucune lèvre ne se sont jamais déposées de force sur les siennes. Qu’aucun silence ne l’a jamais avalée tout entière. Qu’aucune nuit ne l’a jamais tenue éveillée, les yeux écarquillés, jusqu’à la rendre aveugle. Comment peut-on être aussi intacte ? C’est obscène, cette intégrité. Il faut lui inventer des blessures, lui prêter de futures douleurs, dessiner sur sa peau des failles à peine fermée, pour équilibrer. Parce que quand il n’y a pas d’équilibre, ça penche. Et quand ça penche, c’est toujours moi qui tombe. Elle, elle continue de repasser le monde à petits gestes patients. Elle a une horreur pas possible des plis : Un livre de travers, elle le redresse. Une mèche devant les yeux, elle la remet derrière l’oreille. Selon elle, elle n’élève jamais la voix inutilement, elle ne claque pas les portes, elle ne laisse pas traîner sa mauvaise humeur. Elle la plie, soigneusement, et la range quelque part où personne ne la verra. C’est suspect une femme qui cache ses orages. Elle ne s’accroche pas aux ronces. Elle ne saigne pas sur les rosiers. Même ses fatigues ont l’air propres. Une fatigue à peine teintée, beige, discrète. Acceptable. Lorsqu’elle travaille, elle le fait et puis c’est tout, on n’en parle plus. Et si, par malheur, elle venait à se noyer sous la charge de travail, alors elle apprendrait à respirer sous l’eau. « Pas de problème, juste des solutions ». Elle doit y croire aux solutions. Elle ne doit pas voir les conséquences. Lorsqu’elle a un vrai problème, elle ne doit pas en chercher l’étendue, en explorer les profondeurs, jusqu’à trouver le fond, et encore en dessous. Peut-être me trouve-t-elle excessive, dramatique, trop sensible. Comme si mes tempêtes étaient un choix, une coquetterie. Sa clarté rend mes ombres suspectes. C’est encore pire comme ça. Parce que s’il y avait du mépris dans ses yeux, je pourrais m’y opposer. Mais il n’y a qu’une bienveillance tranquille. Elle me laisse le droit d’être compliquée. Je suis sûre que la première chose qu’elle fait quand elle entre dans sa salle, c’est vérifier si les tables sont bien alignées et redresser celles qui ne le sont pas. Pas de diagonales imprévues. Sûrement qu’il doit toujours rester une trace de la veille. Ne pas supporter les restes. Elle parle doucement mais ne dis jamais « je ». Elle se dissout dans des phrases collectives, son avis devient une règle générale. On ne peut pas lui en vouloir : ce n’est pas personnel. Avec elle, rien n’est jamais personnel. Même sa gentillesse est distribuée équitablement. Personne n’a ni plus, ni moins. Elle mesure, elle ajuste, elle corrige. Elle corrige beaucoup : les copies, les postures, les erreurs grammaticales et les maladresses de syntaxe. Jamais elle. J’aimerais bien lui découvrir une petite cicatrice quelque part. Pas grand-chose, juste une ou deux. Mais il n’y a jamais deux sans trois. Et puis quatre, parce qu’il faut toujours un nombre pair. Non, dix c’est mieux si c’est aussi un multiple de cinq. Des petites cicatrices, blanches, fines. Presque invisibles. Des cicatrices qui ne raconteraient rien de spectaculaire, juste des chutes banales, des maladresses d’enfance, des coins de table qui n’étaient pas arrondis. Pas des tragédies. Surtout pas des tragédies. Elle n’a pas le droit aux tragédies. Il faut que ce soit compatible avec son sourire. Parce qu’une tragédie, ça tord. Ça salit. Ce n’est pas qu’elle n’a jamais saigné. C’est qu’elle a appris à le faire sans tache. À l’intérieur. Elle compresse. Elle cautérise. Elle décide. Il y a dans ses gestes une fermeté chirurgicale : elle rectifie une déviation. Elle ne subit pas. Elle ajuste. Ses cicatrices, si elles existent, sont volontaires. Des lignes fines, nettes, presque géométriques. Pas des souvenirs. Des choix. Peut-être qu’un jour elle s’est regardée dans un miroir et qu’elle a décidé de supprimer ce qui dépassait. Un excès. Une faiblesse. Une hésitation. Elle a tranché. Sans trembler. Peut-être que si elle ne dit pas « je », c’est parce que on retrouve ce même « je » dans « je saigne ». En tout cas, si je lui trouvais des cicatrices blanches, fines, presque invisibles ce ne seraient pas les traces de ce qu’on lui a fait : ce seraient les marques de ce qu’elle n’a pas voulu faire. Ça la rend encore plus détestable. Il faut la brûler et se rappeler de tout le reste. Se rappeler de Juliette. Sa nuque offerte au matin, son ombre derrière le feu, sa main contre ma joue, l'odeur de la mousse dans ses cheveux, une cendre sur ma main. Elle me mord. Le feu a dévoré son ombre avant son corps. La neige tombe, ou alors c'était elle. Sa peau s’est fendue, ses jambes ont cessé de lutter, le bois gémit comme un animal blessé. J’ai retenu ma respiration pour que la sienne ne parte pas seule. Juliette, ma láska, j’ai cru un moment que tu serais là pour me consoler. Juliette, tu me manques. Toi, au moins, tu as vécu, tu as souffert avant de mourir. Et de toute façon, tu étais plus belle qu’elle. Beaucoup plus belle. Parce qu’elle, elle ne vaut rien. Rien, absolument rien. Pendant qu’elle brûlerait, il faudrait arracher les petits bouts de peau qui seraient déjà brûlés. Ça doit faire mal, la pauvre. Elle le mérite ! Elle n’arrête pas de me faire souffrir encore et encore. Mme Joneau c’est une sorcière. En plus, elle n’est même pas si belle que ça : elle a de grosses jambes et pas assez de poitrine et ses cheveux ne sont pas assez longs et pas assez roux et elle serait plus belle si ses yeux étaient verts, comme Juliette. Non, elle ne mérite pas de ressembler à Juliette, elle mérite juste de mourir et d’emporter dans sa tombe son rire si naturel. Je n’en peux plus de ce rire. Je sais qu’elle ne fait pas exprès mais je n’en peux plus. Elle ne peut pas comprendre à quel point c’est horrible d’aller mal, de fournir des efforts abominables pour aller mieux, d’essayer de se persuader que c’est le cas, de tourner la tête et de voir quelqu’un de si heureux. Quelqu’un de si insouciant. C’est horrible aussi de pratiquer la danse depuis presque dix ans, de se sentir à l’étroit dans son corps et de voir une personne qui n’a sûrement jamais fait de danse et qui est en parfaite harmonie avec son corps. Pourquoi moi ? J’ai toujours tout bien fait comme on me le demandait, je ne me suis presque jamais disputé avec mes frères, j’ai toujours eu des bonnes notes, j’ai toujours fait attention à être gentille avec les autres, patiente, tolérante, empathique. Pourquoi ça m’arrive à moi ? Je ne sais même pas d’où ça vient. J’ai juste l’impression que ça fait un an et demi que je stagne à 1m59 mais que mes organes réclament plus de place. Ils sont tous serrés, coincés, écrasés, compressés et ils vont finir broyés les uns contre les autres. Personne ne comprendra pourquoi je suis morte, ils découperont ma peau pour voir à l’intérieur et ils y trouveront une bouillie d’organes mélangés. J’ai tout le temps mal au ventre, de plus en plus à la tête. Ça fait une semaine que je ne sens plus ma jambe droite. Elle s’est démusclée par rapport à l’autre. J’ai du mal à tenir dessus. Et à côté de moi, il y a quelqu’un qui sourit, qui rigole, qui répond de manière enjouée aux questions qu’on lui pose, qui a une démarche équilibrée sur une répartition de poids parfaite entre ses deux jambes. Il faut l’admettre, elle a un très bel axe, avec une utilisation des chaînes musculaires antéro-médiane. Comme Mme Bourhis. Je crois que c’est ça qui la rend si belle : c’est cette posture qu’elle arbore avec un naturel dont je suis incapable. Ça fait bizarre de ne pas sentir sa jambe. Je suis sûre que ça ne lui est jamais arrivée. En fait, je suis sûre qu’il ne lui est jamais rien arrivé. Un homme ne s’est jamais arrêté devant elle en lui disant « déshabille-toi ». Jamais. Ça se voit. On ne l’a jamais embrassée sans consentement ou attraper le sein en guise de bonjour. Elle n’a jamais touché à ce monde horrible auquel j’ai eu droit avant même de découvrir comment on aime quelqu’un par amour. Je lui en veux d’être si joyeuse et d’éviter tous les malheurs du monde par je ne sais quelle magie. Je lui en veux de m’avoir volée Mme Busigny alors qu’il n’y avait qu’à elle que j’étais sur le point de tout dire. Mais ça veut dire quoi « tout » ? Est-ce que c’est « tout ce que Nathan m’a fait » ? Ou plutôt « tout ce qui fait que je vais mal » ? Ou encore « tout, l’ensemble de mon mal-être » ? Le tout premier cas est tout simplement inabordable, inévocable. Il ne s’est rien passé avec Nathan, Nathan n’a rien fait. Il faut se taire, sinon, on perd tout. Je tiens encore à mon honneur donc, il n’y a pas de Nathan, je ne le connais pas. Nous nous sommes réciproquement promis le silence. Le deuxième est vite bouclé : je ne sais pas. Le troisième, je ne sais pas comment le décrire. Ce ne sont pas plein de petits points, c’est un manteau que Mme Joneau me dépose délicatement sur les bras. Elle n’est pas le problème. Elle est problème qui ne devrait pas en être un et, en plus, se permet l’indifférence. C’est un manteau très long, très lourd et très fin aussi. Ce manteau, il glisse entre les doigts comme un filet d’eau et il reflète la lumière de la lune comme sur du verre pilé. C’est un manteau froid. Un peu comme la lumière des projecteurs sur scène. Elle est si froide, elle donne la chair de poule, comme son manteau. Mais il ne faut surtout pas l’enlever. Sinon, Mme Joneau va revenir et va le redéposer sur mes épaules avec tout autant de délicatesse que la fois précédente. Il est froid mais il est agréable sur la peau. Ça donne envie de dormir. Et de ne jamais se réveiller. Ou alors dans très longtemps. Et se réveiller avec Juliette et rien d’autre que ma Juliette et moi, dans une maison, avec une vie normale et des enfants et de l’amour. Beaucoup d’amour. Pour rattraper. Ça colle à la peau et ça ne veut pas partir. C’est vraiment horrible, depuis que c’est là, je n’arrête pas de maigrir. Ça colle à la peau et quand j’essaie de l’enlever, ça gratte et ça colle encore plus. J’en ai marre. D’abord pourquoi est-ce qu’elle fait si peu attention ? Pourquoi est-ce que le manteau il rend tout inaudible à part ses rires infernaux. Quand je veux pleurer, je n’y arrive pas parce que son rire il coupe la gorge et du coup, les larmes n’ont pas le temps de monter, elles restent dans l’estomac. Comme d’habitude. Et c’est pareil avec les mots quand je veux parler et aussi avec les repas quand je veux vomir. Je ne sens plus ma jambe droite mais j’ai l’impression qu’elle chauffe. C’est Mme Joneau qui la brûle. Elle la brûle à cause du soleil qu’elle reflète. Ça fait mal ? Non, ça chauffe, c’est tout. C’est tout. J’aime bien Mme Joneau, elle est gentille avec moi, elle me protège de Nathan mais il faut se taire, sinon, on perd tout. Mme Joneau, ce n’est pas une sorcière. Enfin si, un peu. Mais c’est aussi ma strážka.

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