Final
Disons que c’est ma demi-sœur et elle, elle s’en fout. Elle boit sans hésitation, rigole tout le temps et s’en fiche du monde, elle aime voyager, pour moi elle aime la vie et c’est comme ça que je la vois. Disons qu’elle n’a pas froid aux yeux et par moment, je l’envie. Moi je m’en fichais à cette période de boire, de voyager disons que sans savoir que j’avais un autre objectif : Je cherchais sans le vouloir sans en avoir conscience, je cherchais. Enfin vous voyez ?
Et il m’est tombé dessus comme un coup de barre, mais pas de fatigue celui qui vous faire tomber raide durant une bagarre générale. Ce regard, il n’était ni vert, ni bleu, ni marron, non, il était or. Une partie de moi a été électrifiée à un point que le temps s’est ralenti et le temps d’une seconde a duré pour moi mille ans. Comment vous expliquer cela autrement ? Je n’ai jamais compris ce qu’il s’est passé réellement, mais sûr d’une chose, je l’ai aimé madame Fort à point que je m’en suis perdu et j’ai remonté le temps bien loin dans le temps et depuis mon retour, je suis malheureux comment vous dire cela autrement sans que vous ne preniez cela pour un délire mystique.
Il y a eu temps de silence dans la salle, j’ai même cru que la psy allait chialer tellement que j’avais forcé le ton. Et j’ai rompu le silence encore en lui avouant que j’avais même cru être tombé sous son charme, mais lui ai dit qu’elle les avait bleues, mais qu’elle lui ressemblait un peu. Et donc, je crois que je me suis fait leurrer par une vieille réminiscence.
À ce moment, je ne sais pas, mais j’ai eu l’impression qu’elle était émue, presque à vouloir me câliner comme si pour elle j’étais un ami de toujours et j’ai serré les poings à cette idée. Et lui je lui ai redit : depuis je ne réserve que pour une seule, vous allez me prendre pour un vieil épicurien de la renaissance, mais je m’en fiche. Même si je reconnais que j’ai eu plusieurs personnes dans ma vie, je ne veux plus souiller mon âme par des relations dont la fin me met toujours une dérouillée que chaque fois mon corps a du mal à s’en remettre. Je n’en veux plus qu’une maintenant et d’ailleurs c’est la raison pour laquelle je vous ai appelé.
La psy est restée plus silencieuse encore comme si soudain ma vie prenait un intérêt plus grand. Et j’ai continué à parler en évitant de la regarder dans les yeux, car sa beauté me faisait repenser à celle que j’ai perdue, à celle qui pour moi était le centre de ma vie, je dirais même l’épicentre de ma vie tellement que lorsque la terre a tremblé je suis tombé dans les entrailles de la Terre, mais pour y trouver refuge. Donc oui je l’avoue madame Fort, j’ai fui ce corps que vous avez en face de vous et à mon retour, j’ai fait un horrible cauchemar le genre à vous faire laver le corps à trois reprises. Donc, j’ai tout quitté pour revenir, huit années après et croyez-moi, en huit ans il s’en est passé des choses et pas des meilleures.
Mais j’ai bien peur que l’heure tourne, madame Fort et il me faudra plus d’une séance pour vous conter mon histoire, mon drame, ma tragédie. J’ai regardé l’heure et il me restait cinq minutes et j’ai conclu par cela : vous savez, il arrive que parfois nous avons si mal qu’on ne veuille plus vivre et pourtant quand elle est partie, je n’ai pas voulu mourir bien au contraire, je me suis accroché si fort que je crois que cela m’a porté un préjudice autant physique que moral. Disons que durant ces trois-mille nuits une monstresse dont j’ignore l’origine c’est emparé de mon corps et a contribué à détruire ma vie tel un ouragan, telle une bombe à hydrogène elle a irradié ce corps qu’est le mien, mais aussi à soufflé de toute sa puissance mes chances de la revoir.
Puis madame Fort a dit :
— Pour cette fois-ci ce sera gratuit, car ce n’est pas dans mes habitudes de ne pas interpeler mon patient, mais j’ai immédiatement compris qu’il vous fallait vous confier. Donc, pour le moment nous allons prendre deux rendez-vous par semaine et après nous verrons. Cela vous irez-il monsieur Saad ? Et j’aimerais que vous preniez le temps de mettre de l’ordre dans vos idées justes pour que vous ne vous y perdiez pas. Disons que votre histoire vous a tellement choqué monsieur que j’ai bien peur que vous vouliez repartir. Alors, soyez plus fort que cette force et je vous invite à prendre note de chaque souvenir heureux ou douloureux même si je sais que vous avez entre guillemets quitté votre corps et que c’est difficile de renouer avec ses mémoires. Et je crois que j’ai de bonnes intuitions sur le fait que vous n’êtes pas un patient quelconque.
Je me suis levé après cela et quand elle a ouvert la porte, elle m’a tendu sa main que j’ai serrée fermement en lui disant merci et elle m’a dit : à lundi onze heures trente. Au moment de partir, j’ai regardé mes mains serrer mes doigts en pensant que jamais plus je ne partirai de mon corps.
Je suis reparti et quand je suis passé devant le cinéma, je me rappelle avoir vu un film avec une vielle amie : L’amour dur trois ans. Amie que j’ai balayé aussitôt de mes pensées, parce qu’elle aussi s’est fait éjecter de ma vie, j’ai avancé plus vite énervé et je me suis rappelé encore un élément en passant devant une porte grise j’avais eu un ami qui vivait ici rue George Bonnac, mais tout ça, c’est du passé, rayé et réduit en cendres par cette monstresse. Puis je suis arrivé à ma voiture où j’y ai vu un ticket entre le parebrise l’essuie-glace, ticket que j’ai pris et quand j’ai vu que c’était un pv, je l’ai broyé entre mes doigts et je suis entrée dans ma voiture.
J’ai regardé mon téléphone, je ne savais pas si j’avais faim ou pas et je suis parti chez moi. La parole de la psy m’avait comme réconfortée et je me suis dit tien, pourquoi ne pas prendre dès aujourd’hui des notes ? Mais pour cela il faudrait encore me vider l’esprit pour mettre un trait et mettre un point à cette histoire de la terminer pour que je puisse enfin vivre. Ainsi pour la première fois de ma vie, j’ai eu un autre objectif que de vouloir la revoir, vivre pour moi, vivre sans amour, vivre sans personne juste entre moi et lui, mon âme et mon corps. Comme si j’avais besoin de cela. Comme si d’être parti aussi loin dans les méandres du temps m’avait donné une capacité de renaitre une seconde fois, comme si le bon Dieu m’avait remis à ma place.
Je suis rentré chez-moi, j’ai claqué la porte et j’ai commencé à prendre toutes mes affaires et charger mon coffre tout ce dont j’avais besoin et je suis parti chez ma mère. Car j’avais besoin de la revoir, j’avais besoin d’avoir une attache à ma vie et c’est comme ça que j’ai commencé à rédiger cette histoire en prenant soin de tout organiser au point d’en devenir un maniaque de la gestion de mon esprit. Donc me voilà perdu, dans ma chambre qui n’a pas bougé d’un poil depuis que je suis gosse. Perdu entre deux parcelles de vigne d’un vignoble à prendre note de toutes mes pensées de tous mes souvenirs pour en parler avec ma psy avec comme musique dans les oreilles la musique originale du film Arizona Dream. Film dont la date sortie en salle de la seconde année où je suis arrivée en France, musique qui fut celle de ma délivrance maternelle, mais aussi qui sera peut-être celle de ma vie future et en entendant j’écris.
FIN

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