Le monde des Hommes
Je suis né dans un monde chargé d’histoires, de terre rouge et d’esprits des rivières,
où les ancêtres vivaient dans nos noms de famille, symbole d’une culture, et les
étoiles étaient des portes. Enfant, je croyais aux anges, aux démons, aux fantômes,
aux créatures tapis derrière les forêts. Je regardais le ciel en me disant : « Qui
sommes-nous pour exister ainsi ? »
Puis l’école m’a parlé de science, de singes devenus hommes, d’atomes et d’évolution.
On m’a appris l’histoire, les dates, on m’a montré des cartes du monde comme si tout
était connu. Mais je sentais déjà que ce savoir était une voix trop étroite pour un
mystère plus grand.
J’avance dans un siècle bruyant, saturé d’écrans, où l’amour se vend, s’exhibe, se perd
en un instant. Les zones interdites et les complots de religion, reptiliens, clones,
triangles, francs-maçons, portails, malformations, des corps qui changent, le sexe
vulgaire, et des formes nouvelles d’humains qui se cherchent. Chaque révélation était
une fenêtre, et derrière la fenêtre, un autre brouillard. Je n’ai jamais su si j’avançais
vers la vérité ou vers un labyrinthe de reflets.
Aujourd’hui encore, je me souviens du monde simple de mon enfance. Simple, mais
pas moins mystérieux. Les maisons étaient petites mais habitées, les nuits noires
mais profondes, les récits effrayants mais humains. Maintenant tout est ainsi,
preuves et contre-preuves, explications et soupçons, un carnaval de certitudes
fragiles. Je vois l’homme construire des machines pour se reproduire, s’évader, se
modifier, des âmes cherchant leur corps, des corps cherchant leur âme.
Tout semble alors contre nature, mais la nature n’était-elle pas déjà le premier
miracle contre lequel nous naissons ? Et dire qu’au regard de tout cela, comme un
enfant qui n’a jamais cessé de s’étonner, de douter, d’avoir peur et d’espérer, je ne
sais toujours pas qui ment ? qui sait ? et ce que sommes-nous vraiment dans ce
théâtre de croyances et d’inventions ?
Fred kenny fotso

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