La masque tissé
Le masque tissé
J'ai passé des mois à bâtir une armure en mensonges. Des mensonges subtils, faits de phrases à moitié vraies et de soupirs bien placés. J'ai dit que "ça allait", que "c'était derrière moi", que "je m'en remettais très bien". Chaque mot était une couture sur le masque, et plus la couture était serrée, plus le masque devenait étouffant.
Le monde a applaudi l'armure. Les gens aiment la résilience rapide. Ils aiment les histoires qui ont une fin claire, qui ne les obligent pas à s'attarder sur le désordre des âmes. Ils ont vu le masque, et ils m'ont félicitée pour ma force.
Elle ne criait pas.
Elle avait compris que pour survivre au jugement, il fallait devenir une héroïne de son propre malheur, une histoire inspirante, même si elle était fausse.
Aujourd'hui, je me tiens seule dans l'appartement. Le masque est lourd. Il a fini par prendre racine, il est collé à ma peau. J'essaie de respirer, mais l'air est filtré par cette perfection de façade. La douleur sous le masque est bien pire que la douleur de l'événement initial. Car la douleur initiale était vraie. Celle-ci est une trahison que je me suis infligée.
Je regarde mes mains, et elles tremblent sous l'effort de maintenir le masque en place.

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