Chapitre 2 - Partie 1 : Le matin du monde ordinaire

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La lumière du matin entra doucement dans la chambre.

Pas une lumière brutale. Une lumière grecque, blanche et chaude à la fois, qui glissait sur les murs comme de l’eau claire. Les volets laissaient passer des bandes fines qui découpaient le sol en longues marches dorées.

Mélissa ouvrit les yeux.

Pendant quelques secondes, elle resta immobile, encore à moitié dans le sommeil. La mer respirait au loin, exactement comme la nuit précédente. Les cigales avaient recommencé leur travail patient.

Tout semblait normal.

Puis elle bougea le bras.

Le brassard était toujours là.

Le bronze avait la même chaleur que sa peau, comme s’il avait toujours fait partie d’elle. Et dans l’une des alvéoles brillait le cristal bleu, discret mais vivant.

Mélissa se redressa brusquement.

— Alors… ce n’était pas un rêve.

Elle posa doucement le doigt sur le cristal.

Pendant un instant, rien.

Puis la sensation revint.

Une profondeur immense, comme si quelque chose s’ouvrait dans sa poitrine. Elle sentit la mer. Pas seulement le bruit au loin, la mer elle-même, le mouvement des vagues, la lente pulsation des marées.

Elle retira son doigt, un peu surprise.

— D’accord… murmura-t-elle.

La porte de la chambre grinça légèrement.

— Tu es réveillée ? demanda sa mère.

Mélissa se figea une seconde, puis tira rapidement la manche de son gilet sur le brassard.

— Oui.

Sa mère entra avec deux bols de yaourt et des morceaux de figues coupées.

— J’ai pensé qu’on pourrait descendre à la crique après le petit déjeuner.

Elle posa le bol sur la table de nuit et s’assit au bord du lit.

— Tu as bien dormi ?

Mélissa hésita.

Elle pensa à la mer d’écume, au cheval gigantesque, à la chouette dorée, aux ruines transformées en temple vivant.

— Oui… dit-elle finalement. Très bien.

Sa mère sourit doucement.

— Tant mieux.

Pendant quelques secondes, elles mangèrent en silence. Les figues étaient sucrées, presque trop mûres, et le miel coulait lentement sur le yaourt comme une rivière dorée.

Mélissa regardait par la fenêtre.

La mer brillait déjà sous le soleil. Des bateaux passaient au loin. Des voix montaient de la rue.

Tout semblait parfaitement ordinaire.

Mais au fond d’elle, quelque chose avait changé.

La colère qui la serrait encore la veille ressemblait maintenant à une eau profonde. Toujours là. Mais calme.

— On ira peut-être aussi au marché, continua sa mère. Et il y a une vieille ville magnifique ici. Des ruelles partout. On peut s’y perdre facilement.

Mélissa releva la tête.

— Se perdre ?

— Oui, dit sa mère en riant légèrement. C’est comme un labyrinthe.

Le mot resta suspendu dans l’air.

Labyrinthe.

À cet instant précis, le cristal bleu vibra légèrement sous la manche de Mélissa.

Elle posa instinctivement la main dessus.

Une sensation étrange traversa sa poitrine, comme un appel lointain.

Pas la mer.

Autre chose.

Plus ancien.

Elle leva les yeux vers la colline au-dessus de la ville.

Les ruines du temple étaient invisibles d’ici, cachées derrière les oliviers.

Mais elle savait.

Le temple était là.

Et quelqu’un l’attendait.

Une brise passa dans la pièce. La fenêtre ouverte laissa entrer un souffle chaud qui fit frissonner les rideaux.

Dans ce souffle, Mélissa crut entendre un murmure.

Une voix douce et calme.

— Les labyrinthes sont faits pour ceux qui savent chercher.

Elle sursauta légèrement.

— Ça va ? demanda sa mère.

Mélissa hocha la tête.

— Oui.

Mais son regard restait fixé sur la colline.

Et dans son esprit, une image naissait déjà.

Des ruelles étroites.

Des murs de pierre.

Un monstre perdu au centre d’un labyrinthe.

Et au-dessus de tout cela, deux yeux dorés qui l’observaient patiemment.

Athéna.

L’abeille passa brièvement devant la fenêtre, comme une étincelle minuscule dans la lumière du matin.

Puis elle disparut vers la ville.

Mélissa termina son yaourt en silence.

Elle savait déjà qu’avant la fin de la journée, elle retournerait au temple.

Et que la mer n’était que la première porte.

Le vrai chemin venait de commencer.

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