Chapitre 4 : Le Totentanz

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Totentanz [Watson], Night City, 4 juillet 2080, 21h30


Jayla avait passé la plus grosse partie de son temps à surveiller Raze pendant son sommeil, attendant le moment venu pour le réveiller. Depuis son arrivée, pas mal de membres du Maelstrom avaient regardé la voiture, sans vraiment s'en approcher.

Ce quartier doit être l'un des plus pourris de tout Night City avec Pacifica et Dogtown. Concentration de toxicos encore plus élevée que dans toutes les autres parties de la ville. Tu tombes sur des cyberpsychos à tous les coins de rue. Sans parler du Maelstrom… Probablement le gang le plus inhumain de Night City : entre le cannibalisme, les agressions sexuelles et les meurtres pour un regard de travers, ça ne fait plus aucun doute.

Jayla tapote la joue de Raze, dormant paisiblement, assis du côté passager alors que les lumières de leur voiture sont éteintes, l'intérieur uniquement éclairé par l'éclairage des lampadaires à l'extérieur tandis que la carrosserie de la voiture vibre sur les fréquences de la musique émanant du Totentanz.

— Réveille-toi ! crie légèrement Jayla.

Putain mais c'est pas possible ! Allez, airhypo.

Jayla sort un airhypo de sa poche ; elle vient planter l'aiguille en plein dans la poitrine de Raze avant d'appuyer sur le bouton, provoquant l'injection d'un bon shoot d'adrénaline dans son corps.

— Debout ! crie-t-elle.

Raze se réveille en sursaut, comme s'il ne s'était jamais endormi ; son souffle est rapide tandis que Jayla le regarde d'un air satisfait.

— PUTAIN CHOOM ! TU M'AS FOUTU UNE SACRÉE PEUR !

Raze se reprend, détachant sa ceinture et enlevant la sécurité de son cracheur, alors qu'à l'extérieur tout semble calme à l'exception des vibrations de la musique émanant du Totentanz. Il s'apprête à déverrouiller la porte avant que Jayla ne l'attrape par le bras.

Il se retourne alors, attendant une explication de la part de Jayla, son regard plongé dans l'incompréhension, gardant son cracheur dans la main.

— Attends ? Qu'est-ce que tu fous, tu vas pas foncer dans le tas avec ton cracheur ! Rentre discrètement, on reste en holo pendant que je te guiderai à l'intérieur.

Il est malade, à deux doigts d'entrer dans le Totentanz la tête baissée… Fais attention à toi.

Raze acquiesce, cachant son cracheur dans sa ceinture avant de sortir de la voiture, refermant la portière derrière lui pour ensuite se diriger vers l'entrée illuminée du Totentanz. Cet endroit est entouré de piles de déchets non ramassés, de voitures taguées à l'effigie du Maelstrom et surtout d'une odeur immonde de pourriture.

Alors qu'il se dirige pour entrer dans la boîte, passant à côté du videur du Maelstrom, il se fait pousser violemment à l'extérieur par celui-ci, le faisant trébucher tandis que le videur se rapproche de Raze, ses yeux en araignée d'un rouge vif le fixant d'un air ne pouvant pas être perçu comme la plupart des membres de ce gang, mais restant menaçant.

— T'ES QUI TOI, DU CON ? JE T'AI JAMAIS VU ICI !

Putain l'opé n'a même pas commencé qu'elle est déjà foirée, se dit Raze.

Raze se relève doucement mais le videur revient à la charge, lui enfonçant son pied sur le torse pour le maintenir au sol. Jayla, venant lancer un holo, finit par lui dire violemment :

Holocall (Jayla) : ÉLOIGNE-TOI DE LUI !

Dans la seconde, Raze se dégage du videur, le voyant tomber comme une mouche alors que son port neural semble avoir grillé — en témoigne la fumée se dégageant de sa nuque. Il agit aussitôt pour cacher le corps dans une benne à ordure et il finit par rentrer dans le club.

Holocall (Raze) : Bordel choom, c'était quoi ça ? demande-t-il, complètement confus.

Raze franchit le seuil de la porte, entrant dans le hall principal complètement vide de la boîte. La fête se déroule au deuxième étage. L'intérieur du bâtiment semble complètement insalubre, recouvert de tags à l'effigie du Maelstrom, du sperme et du sang séché sur les murs. Il monte les escaliers menant aux ascenseurs, attendant les instructions de Jayla.

Holocall (Jayla) : Du netrunning, mais on n'a pas le temps. Dépêche-toi d'entrer dans le Totentanz et de te rendre au quatrième étage avec l'ascenseur.

Il ne perd pas de temps avant d'appeler l'ascenseur qui finit par arriver assez rapidement. Par chance, l'ascenseur se trouve complètement vide, malgré une odeur de chair pourrie qui envahit l'espace. Il appuie sur le bouton trois ; les portes de l'ascenseur se referment.

Holocall (Jayla) : Si ça peut te rassurer, je ne vois personne à l'étage sur les caméras de surveillance.

Raze sourit en entendant cette information, mais aussi parce que Jayla vient encore une fois de prouver son professionnalisme envers lui.

Il finit finalement par arriver au quatrième étage. La pièce est complètement vide, ne possédant qu'une table, une chaise et une fenêtre donnant une vue sur la rue, lui permettant de voir Jayla à cette hauteur. Une odeur de composants électroniques et de vapeur se dégage de la porte au fond de la pièce. Raze s'y rend, essayant d'ouvrir la porte verrouillée.

Holocall (Raze) : La porte— il se fait couper la parole instantanément par Jayla.

Holocall (Jayla) : J'ai vu, je suis déjà dessus, ça risque de me prendre cinq minutes pour percer la glace qui protège le verrou électronique. Couvre tes arrières, je ne vais pas pouvoir surveiller les caméras.

Raze ne le prend pas à la légère, prenant directement son cracheur dans sa main droite et surveillant attentivement la porte de l'ascenseur. Mais au bout d'une minute, ses optiques Kiroshi l'avertissent d'un scan inconnu en provenance de la caméra.

Il lui faut moins de deux secondes pour réagir à ce qui se passe et tirer un coup de feu sur la caméra, provoquant une énorme détonation dans tout le Totentanz. La musique finit par se couper tandis que des grognements presque bestiaux se font entendre depuis la boîte de nuit.

Holocall (Raze) : PUTAIN JE SUIS REPÉRÉ, DÉPÊCHE-TOI CHOOM !

Holocall (Jayla) : J'ai bientôt fini, tiens bon !

Entendant la porte de l'ascenseur s'ouvrir, Raze se cache derrière la seule table présente dans la pièce alors que la voix de trois hommes se fait entendre. Leurs voix semblent inhumaines, comme si c'étaient des malades mentaux shootés aux opiacés depuis leur plus tendre enfance.

— T'ES OÙ, TA MÈRE LA CYBERPUTE ! crie l'un d'eux.

Holocall (Jayla) : LA PORTE EST OUVERTE, FONCE DEDANS ET FERME LA PORTE !

Il leur faut peu de temps avant de trouver Raze, qui parvient à s'extirper et à courir dans la pièce ouverte par Jayla, entendant des coups de feu et des grognements alors qu'il ferme la porte blindée derrière lui. Raze sent son booster d'adrénaline s'activer, se rendant compte qu'une balle l'a touché à l'épaule.

— OUVRE-NOUS CETTE PORTE, FILS DE PUTE, T'ES BLOQUÉ !

Raze s'assoit aux pieds d'un serveur et touche sa blessure avant de parler. Il constate que cette pièce est remplie de serveurs et de tiroirs tandis qu'une fenêtre reste constamment ouverte pour l'aération.

Holocall (Raze) : Putain ! J'ai pris une balle dans l'épaule !

Jayla semble pouffer comme si elle était inquiète avant de reprendre subitement.

Holocall (Jayla) : Écoute Raze, tu vas devoir faire attentivement tout ce que je te dis. Pour commencer, il faut que tu ouvres le tiroir numéro trois-cent-treize. L'éclat de données de fabrication se trouve dedans.

Raze se relève, agissant sous l'effet de l'adrénaline et s'appuyant sur le serveur avant de regarder les chiffres sur les tiroirs et finalement trouver le bon. Il tire le tiroir, découvrant une puce d'éclat de données, soigneusement posée dans une mousse à sa forme, avant de la retirer.

Merde ! Par où je vais sortir ? La porte est bloquée, je pensais sauter par la fenêtre mais c'est sacrément haut.

Holocall (Jayla) : Raze ! Faut que tu te dépêches, trouve un moyen de sortir mais rapidement ! Je vois un Maelstromer depuis la voiture se diriger vers la salle des serveurs avec une carte d'accès en main !

Oh putain.

Raze n'a pas d'autre choix que de s'élancer vers la fenêtre, activant ses boosts d'adrénaline au maximum. Pendant sa course il entend la porte du serveur se déverrouiller et des personnes crier comme des animaux. Il a à peine le temps de s'élancer par la fenêtre qu'il part en chute libre de vingt mètres, finissant par retomber sur le gazon.

L'adrénaline lui permet de se relever et de courir vers la voiture où sa portière est ouverte. Son t-shirt, désormais recouvert de sang et percé de trous, il entre subitement dans la voiture côté passager alors que Jayla le regarde d'un air paniqué avant de foncer à toute vitesse.

— PUTAIN RAZE ! T'ES DANS UN SALE ÉTAT !

— C'est... c'est rien. Continue de conduire, on a l'éclat de données. J'appelle Wakako.

Jayla continue de conduire malgré des larmes se formant clairement dans ses paupières alors que Raze est occupé à lancer un holo avec Wakako, la lumière des lampadaires extérieurs défilant à l'intérieur de la voiture témoignant de la vitesse à laquelle ils sont partis.

Périphérique, Night City, 4 juillet 2080, 22h25


Holocall (Wakako) : Vous avez l'éclat avec vous ? Je présume que oui. Pas de perte de temps, rendez-vous avec le client dans la deuxième avenue à Arroyo, dans Santo Domingo. Fin de l'holocall.

— Con... conduis à Arroyo, dans Santo Domingo, Wakako nous attend là-bas avec le client, dit-il d'une voix de plus en plus faible.

Il sent perdre connaissance ; Jayla commence à s'énerver suite à la demande de Wakako à Raze, qui n'a pas pris la peine de demander quoi que ce soit à propos de son état de santé. Elle semble prendre une route complètement opposée à Santo Domingo alors qu'elle commence à secouer Raze pour le maintenir conscient.

— J'emmerde Wakako ! Je t'emmène chez un charcudoc !

Raze semble complètement inconscient alors que Jayla commence à le secouer de plus en plus, gardant une main sur le volant, un regard paniqué ; elle commence à lui crier dessus.

— RÉVEILLE-TOI ! TIENS BON, ON ARRIVE BIENTÔT CHEZ UN CHARCUDOC ! SI TU MEURS, JE TE JURE QUE JE TE RESSUSCITERAI POUR TE TUER DE MES MAINS, SALE CON !

Des larmes coulent sur ses joues alors qu'elle regarde difficilement la route, poussant la voiture à son maximum quitte à la faire faire un bruit d'enfer pour arriver au plus vite chez le charcudoc.

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