2.2

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Ils sont déjà trois à table. Ne manque plus que le maître des lieux pour lancer une partie de poker. Et, justement, il est question pour Agathe de se lancer dans le coup de bluff de la semaine ! Elle sait qu'elle n'a pas encore tout à fait gagné sa place, aussi reste-t-elle sur ses gardes. D'ailleurs, elle distingue Raymond qui s'approche lentement, l'air pas joice.

  • Dis-donc, Conardus... commence-t-il, tu te crois chez toi, c'est ça ?
  • Relax, mon pote. Pas possible pour moi de laisser cette innocente jouvencelle se refroidir le lard sous cette pluie battante, tu vois... répond-il sans quitter Agathe des yeux.
  • Ensuite tu me parleras de la foudre, j'imagine ? Tu sais qui c'est, ce truc immonde ?
  • Non, on sait rien d'elle. Alors profites-en pour faire les présentations ! propose René.

Raymond renifle, ce qui est mauvais signe chez lui, réfléchit un instant avant de parler.

  • Ok, les potes. Je vais vous dire qui c'est... Voici la pire engeance que le monde ait eu à porter depuis Eve elle-même : Agathe. C'est comme ça que ses clilles de la Place Blanche l'appelaient, du temps qu'elle faisait concurrence aux ramoneurs parisiens. Faut dire qu'elle avait pas son pareil pour éponger les apaches en mal de douceurs. Savait t'astiquer un zifolo dodelineur en quelques aller-retours, tout en faisant les poches du malheureux qui tombait entre ses griffes.
  • Une gonzesse, en somme ? persifle René.
  • Pire !
  • Et comment as-tu fait sa connaissance ? demande Conardus, en toute innocence.
  • Bah... c'était un jour qu'il faisait beau. Tu vois, ce matin-là, j'avais décidé de prendre mon caoua dans le garden, une fois n'est pas coutume. Bon, j'matais les coccinelles qui se prélassaient comme moi, puis, sans prévenir, voilà qu'elle croise mon champ de vision, cette garce. Vrai qu'elle a de beaux yeux, alors je décidais de la séduire. Direct ! Elle causait de je sais pas quoi avec mon con de voisin. Je tape l'incruste, comme elle en ce moment, et je fais en sorte de la ramener ici. Je me disais que j'allais me la taper vite fait, qu'ensuite de quoi : un bon coup de pied dans les miches, et ciao la vioque !
  • Mais...? prévoit Conardus.
  • Mais ça m'a prit un temps de malade pour la mettre en ordre de marche, cette vachasse ! Un vrai abri anti-atomique ! Parole, j'ai ressorti mon oxhydrique, c'ui qu'javais pas touché d'puis au moins vingt ans, voire plus !
  • Et ?
  • Bon, je la bricole pendant une paire d'heures. Tout ça pour me l'envoyer jusqu'au petit matin, tout ça.
  • Jusqu'à l'aube ? conteste René. Tu te fous de moi ? Je t'ai jamais vu honorer une bergère aussi longtemps !
  • J'te jure, René... Faut dire qu'elle se défend encore pas mal, l'Agathe. Elle sait anticiper tout ce qui te passe dans le caberlot. Une reine du radada, faut bien admettre.
  • Mais alors... pourquoi cette vilaine colère ? demande finement Conardus.
  • M'a cassé ma tasse, cette salope... Impardonnable, tu comprends ?
  • Ta tasse jaune toute pourrie ? fait René qui connaît bien les lieux. Pourtant, elle est bien là ?
  • Ouais, c'est vrai. Mais je saurais jamais te dire comment qu'elle a pu ressusciter, la pauvre. Elle était pétée de partout, même que j'avais dû la sortir de la poubelle, là que cette vieille carne l'avait planquée pour cacher la merde au chat.
  • Je m'étais gravement blessée aussi, fait doucement Agathe. Tu sais, Raymond, je ne voulais vraiment pas te faire du mal. C'était un accident. Rien qu'un accident...
  • Mon cul ! A peine rentrée chez moi, après un bon coup de bite, tu te croyais chez toi, et en bonne femelle qui se respecte, tu prétendais déjà imposer ta loi !
  • Mais rien de tout ça ! proteste-t-elle, les yeux écarquillés. Je voulais seulement t'être agréable. Au moins autant que pendant la nuit précédente, mon chou...
  • Tu sais ce qu'il va te faire, ton chou ? s'emporte soudain le vieillard.

Mais il se fige tout d'un coup, avant de se mettre à danser sur place !

A suivre...

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