Chapitre 14 - La Confrontation
Les couloirs du commissariat s'étiraient, interminables. Sous les néons au bourdonnement hypnotique, les murs semblaient se resserrer à chaque pas. Étienne avançait dans une atmosphère poisseuse, une moiteur qui lui collait à la peau comme une seconde culpabilité.
Il suivit David jusqu’à la voiture sans un mot. Le trajet fut une dérive silencieuse dans une ville en boucle. Quand ils entrèrent dans le bureau de Renard, le psychiatre les attendait, les mains jointes. Son sourire était poli, mais ses yeux restaient deux éclats de glace grise.
— Vous êtes pile à l’heure, dit Renard d'un ton neutre.
Un frisson le parcourut. Étienne n'avait jamais pris ce rendez-vous. David, lui, s'installa avec une aisance de vieux complice. — On ne va pas tourner autour du pot, lança David. Étienne commence à se perdre.
La phrase le frappa de plein fouet. Étienne chercha le regard de son partenaire, mais il ne trouva qu'une neutralité clinique. — Tu oublies des choses, Étienne. Tu inventes des détails. Tu t'accroches à des événements qui n'ont jamais eu lieu.
— C’est faux, souffla-t-il, la voix brisée. Je me souviens des meurtres. Je me souviens de tout.
Renard marqua une pause, laissant le silence s'épaissir.
— Alors, dites-moi... Depuis combien de temps travaillez-vous sur cette affaire ?
La question explosa dans son crâne. Étienne ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Il chercha une date, une durée, un point de départ. Rien. Un gouffre noir aspirait ses pensées. David posa une main sur son épaule. Un contact de plomb.
— Étienne... et si tu avais tout imaginé ?
Le vertige le foudroya. Soudain, le décor sembla vaciller. Étienne cligna des yeux et remarqua un détail qui lui avait échappé : David ne portait plus son holster. Ni son badge. Il n'était plus un flic. Il était un gardien.
— On a tous un rôle à jouer, murmura David. Le tien est de suivre les indices, pas de les créer.
Étienne déglutit, le regard errant sur le bureau. Un dossier jaune y était posé, son propre nom calligraphié sur la couverture. Il tendit une main tremblante, chercha le contact du papier, mais ses doigts ne rencontrèrent que le vide. Le dossier n'était plus là.
— Quel dossier ? demanda Renard, le visage de cire.
Étienne recula, un rire nerveux au bord des lèvres. La pièce semblait rétrécir. Puis, d'un geste fluide, David ouvrit un tiroir et en sortit l'objet fantôme. Il le fit glisser sur le bois.
— Regarde par toi-même.
Étienne ouvrit la chemise. Les mots dansèrent sous ses yeux, cruels, définitifs : Pathologies dissociatives avérées. Altération du réel. Épisodes hallucinatoires. En bas de page, une photo de lui. Et une date : deux ans plus tôt.
— C’est quoi cette merde ? — C’est ta vie, Étienne, trancha David.
— C’est faux !
— Alors prouve-le. Arrête de chercher des réponses. Accepte-les.
Le ton de David était devenu un murmure de conspirateur, presque tendre. C'était l'ultime trahison. Étienne repoussa violemment la chaise. Il ne savait plus ce qui était vrai, mais il savait qu'il devait s'arracher à ce bureau avant que les murs ne finissent par se toucher.
Il quitta la pièce en trombe, s'engouffrant dans le couloir trop blanc, trop parfait. Son cœur cognait contre ses côtes comme un animal en cage. Il devait fuir. Avant que le dossier ne devienne sa seule réalité.

Annotations
Versions