I- De la terre d'où sort le héros

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 Il faisait si beau ce matin, je me demande après coup comment je n'ai pas anticipé le flot de problèmes qui est arrivé.

La journée avait commencé comme chaque jour, c'est cette routine qui endort les sens. À l'aube du jour il faut aller s'occuper des bêtes, il faut ouvrir les portes de chaque bâtiment où elles se trouvent et veiller à ce qu'elles sortent toutes. La vache qui allaite ses veaux nés la veille est resté seule avec la chèvre folle. Cette dernière pousse un cri très étrange quand on s'approche. Mais elle doit aller dehors comme tout le monde.

Quand les animaux sont sortis, je fais le tour pour nettoyer le plus gros de la saleté accumulée et je laisse le reste pour notre garçon de ferme. Il est le seul ; nous n'avons plus les moyens d'en prendre d'autre. La misère économique générale pèse beaucoup sur les esprits : on s'aperçoit que chaque semaine nous ne vendons pas assez au marché de la ville et dépensons toujours un peu plus par ici ou par là. Il y a de cela trois mois les recettes sont tombées en dessous des factures. Depuis, chaque semaine on signale une perte, petite sur le coup, certes, mais régulière et irrémédiable.

Ainsi chaque matin lorsque je passe le balai dans la bergerie je réfléchis à une solution. Quelquefois j'en trouve une, voire deux et au moment du déjeuner j'en parle à mon père. Il n'a jamais trouvé que mes idées avaient du sens, il ne m’écoutait jamais avec sérieux. Oui, je n’avais que quinze ans ce jour-là, peut-être est-ce jeune pour avoir des idées sensées, mais tout de même… Lui, il n’en a jamais proposé !

 Je pense que ce matin précisément, je réfléchissais comme chaque jour à d’autres solutions. Je ne perdais pas le moral aussi facilement et je savais être têtu. Mais ce qui est arrivé a changé beaucoup de choses. Je me souviens que tout a commencé autour de moi par deux bêlements inhabituels de la vieille chèvre. J'ai relevé la tête et j'ai tendu l'oreille lorsque j'ai entendu des cris de panique venir du village. Pris à mon tour par la peur, j'ai lâché le balai et j'ai couru dehors, pour voir.

Les flammes prenaient déjà sur deux toits des premières maisons à l'orée de la forêt. Notre village est un village de fermiers, éleveurs et bûcherons, les maisons sont construites en grande majorité en bois inflammable. Le feu déclenché volontairement ou non est notre plus grand ennemi. J'apercevais aussi des formes humaines courir dans les rues à l'opposé, vers la rivière. C'est alors que j'entendis ma mère me crier depuis la maison de rentrer. J'ai commencé à faire ce qu'elle me demandait mais une autre idée m'est venue. Si ce sont des bandits qui attaquaient le village, l'épée que papa cachait sous le lit me sera utile.

Mon père était un ancien soldat de l'armée du Roi. Il a donné ses années de vaillance à la défense du Royaume et à l'âge de trente-cinq ans il a été mis à la retraite avec un lopin de terre ici, à Kern. Il a aussi gagné son épée. Le reste de son équipement est resté propriété du Roi et a probablement été prêté à un autre soldat. A mon souvenir il n'a jamais parlé de sa jeunesse. Et il ne sort son épée que très rarement pour la nettoyer, pour éviter qu'elle ne rouille.

« - Où est ton père ?! Demande ma mère tandis que j'arrive à sa hauteur

- Je ne sais pas. Je réponds rapidement et quand je jette un regard en ailleurs je rajoute : est-ce qu'il est allé au village ce matin ?

- Je crois, oui.

- Il faut que j'aille le chercher ! »

Lorsque j'ai sorti ces mots, j'ai senti la main de ma mère se poser sur mon épaule gauche. Nos regards parcouraient plusieurs endroits du village. On le voyait à distance en bas de la petite colline sur laquelle se situait notre ferme. Dans les rues des ombres s'avançaient, calmes et inébranlables. Les bandits de la troupe de Raymond étaient bien là. Les nouvelles du pays qui arrivaient jusqu'ici rapportaient que Raymond et sa bande terrorisait la région par des razzias et autres pillages des villages et petites bourgades marchandes. Le Roi semblait alors si loin et impuissant et les gardes locaux étaient toujours absents lors des raids.

Cela faisait de nos petits tracas quotidiens, vivre sous la peur d'une attaque venue sans prévenir. Aujourd'hui c'était vrai et beaucoup de monde allait mourir. Mon père se trouvait peut-être au centre du village, là où se dirigeaient les bandits. Il fallait que je fasse quelque chose. Même si cela allait contre l'avis de ma mère qui retenait mon bras, je m’embarquais dans cette histoire. Je suis entré dans la maison, j'ai pris l'épée de mon père et je suis ressorti très vite. J'ai dévalé la colline plus vite que toutes les fois où j'ai coursé la chèvre folle. J'ai failli trébucher deux fois. Puis j'ai atteint les premières maisons.

 Dans un premier temps, il fallait que je ne me fasse pas repérer par les pilleurs avant que je ne trouve mon père. Ce que je fis en longeant les murs des maisons et en étant vigilant. Des bruits de pas dans la boue m'indiquaient l'approche d'un des leurs. Les maisons étaient en flammes, la charpente se consumait déjà sur les premières qui s'écroulaient. La bande de Raymond ne s'intéressait qu'aux animaux et à leurs peaux. Aussi, ce que les pillards cherchaient dans le village c’était le bâtiment principal où sont entreposés les biens qui seront vendus au marché à la fin de la semaine. En observant les bandits passer, je me suis dit que si mon père était quelque part ce serait là-bas. Il serait dans l'entrepôt à ranger les affaires ou devant à empêcher les pilleurs de rentrer.

Je me suis donc dépêché et j'ai couru dans les petites ruelles et le long des maisons.

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