XXVIII- D'une pensée

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 Puis la cuisinière vint nous amener notre repas. Comme il a été commandé, nous avons eu le droit à un morceau de pain avec un bouillon de légumes de saison. Cette arrivée a coupé notre discussion et nos premières cuillères se passèrent en silence.

Mais quand je voulus demander autre chose à Finn. Le Chevalier Rollon entra avec mon père dans la cuisine.

"Vous voilà ! Arn, viens voir ton père, il a quelque chose à te donner. Mais il faudra l'essayer. Dit le Chevalier Rollon. Il ajouta en direction de Finn. Demain tu commanderas la section "Eter", le destin joue un drôle de jeu, et tes hommes attendent de te voir.

- Très bien." Dis-je en même temps que Finn.

On se leva aussi en même temps et je rejoignis mon père. Il m'emmena avec lui sur une centaine de mètres dans une allée proche. Je remarquais que la nuit arrivait sur le campement, des torches avaient été allumés entres les tentes. Et justement nous pénétrions sous l'une d'elle qui était grande ouverte.

"Je te présente l'armure que tu porteras demain. Mais comme j'avais un doute sur ta taille, je préfère que tu l'essaye ce soir."

J'étais en expectative devant cette armure. A la lumière des torches, le métal des plates grises rayonnait. Du heaume aux solerets, j'appris le nom des pièces d'armures le même soir, tout était en plates : heaume, gorgerin, spallières, plastron, gantelets, flancart, cuissot, grèves et solerets. Le forgeron m'indiqua qu'il manquait les cubitières et les genouillères qu'il ferait dans la nuit en les ajustant à la bonne taille. Je retrouvai sur le plastron le symbole que j'allais dorénavant incarner, celui de la ville d'Œ et par lui, l'Elu des temps révolus.

On m'invita à changer d'abord de vêtements pour mettre une chemise simple sur un pantalon de cuir. Puis mon père à l'aide du forgeron m’enfila une à une chaque partie de ma nouvelle armure. La côte de mailles qu'on me mit et au-dessus d'elle le plastron me parurent déjà peser un poids insoutenable. Mais le coup passé, le poids me semblait devenir supportable. Les spallières puis le heaume sur le haut de mon corps ne me paraissaient pas gênant non plus. Il y eu juste ma vision réduite par la visière. Enfin au niveau de mes jambes, les cuissots, grèves et solerets allèrent excellement bien à mes jambes et mes pieds, aussi je n’eus pas l'impression de perdre en agilité.

Mais, une pensée me traversa à ce moment précis l'esprit, n'était-ce pas la magie de mon corps qui agissait sur moi sans que je m'en rende compte ? Le poids que je ne sentais pas devenait alors étrange.


 J'ai été pris de panique sous mon armure. Ma vision réduite jusque-là agréable se transforma comme une prison à mes yeux. Le poids que je ne sentais pas mais que j'ai commencé à imaginer très lourd se transforma en une montagne que je n'arrivais plus à porter. J'eus à peine la force de souffler : "J'étouffe, sortez-moi de là" que mon père entendit. Le plus rapidement possible il m'enleva le heaume. Devant mon visage probablement paniqué, il se mit à enlever toute l'armure en inversant ses précédents gestes.

Une minute plus tard, j'étais en chemise transpirant de peur... Le forgeron m'amena un verre d'eau et me présenta une chaise.

"J'ai craint jusqu'au bout que ce frêle jeune homme ne supporte pas le poids... Il dit à mon père.

- Non, ce n'est pas le poids le souci... Contredit mon père en me regardant. Qu'est-ce que tu as ressenti, Arn ? J'étais perdu dans mes pensées et ma remise en question qui venait de prendre un virage étrange. Maîtrise-je mes pouvoirs ou ce sont mes pouvoirs qui me maîtrisent ? Suis-je maître de mon destin ou le destin a tracé toute mon existence... Quand j'ai trouvé la force de poser une question.

- Où est partie maman ? J'ai posé en relevant lentement la tête en direction de mon père.

- Voilà, tu peux donc terminer l'armure, elle est à la bonne taille. Dit mon père au forgeron avant de venir s'asseoir à côté de moi. Il sera malheureux pour nous deux que je te le dise, mon fils... je suis désolé.

- Je la reverrai un jour ?

- Ah ça oui, bien sûr ! Cette exclamation me surprit d'abords puis elle fit entrer en moi un vent frais qui revigora tous les muscles qui avaient été choqués sous la panique.

- Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Ce que cela veut dire ? Hmm... Je crois que pour sauver tout un monde en péril, il faut faire des sacrifices personnels, tu vois ? Il faut savoir mettre sa vie pour soi de côté.

- Et la donner à la cause commune ?

- En quelque sorte. J'oserai croire que tu n'as pas choisi la vie qui est la tienne, surtout celle actuellement. Je pense qu'être sauveur de la Terre d'È n'est un destin qu'on ne souhaite pas réellement. Peut-être qu'un rêveur réussit à imaginer l'être dans l'un de ses plus beaux rêves, oui. Mais le vivre dans cette maudite vraie existence, ça... personne ne le souhaite.

- Puisque la "personne" ne doit plus exister en ces instants mais le personnage qu'il doit incarner.

- Excellente tournure de phrase, Arn ! Est-ce que tu as compris ce que cela implique ?

- Hmm... Oui, j'ai l'impression.

- Tu es intelligent, Arn. Tu saisis vite les choses, tu comprends les personnes qui te parlent et tu sais agir en conséquence des choses qui se passent autour de toi. Outre incarner à la perfection le héros que la Terre d'È a besoin, tu seras après cela une personne qui ira loin. Ces paroles sont entrées dans mon corps et ma vie en cet instant pour balayer tout ce qui me retenait, mes jambes flageolaient encore de ma panique précédente. Dès que la voix de mon père se tut, elles ne bougèrent plus. Mon corps entier venait d'entrer dans une détermination imperturbable.

- Je me sens prêt. Je vais revêtir l'armure demain et on fermera cette Porte de l'Enfer !"

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