Brazzaville : le départ

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Nous devions aider trois cents familles à retrouver un toit : le coût d’achat des matériaux avait été estimé avec une certaine marge, dans l’hypothèse d’une flambée des prix entre le moment où le projet est déposé et sa réalisation. Les montants sont toujours discutés. Si des économies sont dégagées, elles sont investies dans de nouveaux achats, pour des bénéficiaires supplémentaires.

À l’issue de la mission, nous dépassons les six cents familles aidées, soit plus du double que ce qui était projeté. C’est un succès.

Mon contrat arrive à sa fin. Le billet d’avion pour le retour de Rachel et de Nicolas expire début décembre, tandis que je vais rester deux ou trois semaines de plus pour clôturer administrativement ma mission.

Presque trois mois avant le départ prévu de Rachel, je m’étais rendu au consulat pour vérifier qu’il n’y aurait pas de difficulté. Là, on m’avait assuré que tout était extrêmement facile et rapide pour les conjoints de Français : il suffirait de venir le matin, veille de l’embarquement, pour obtenir le visa dans les heures suivantes. Une demande introduite le matin pour un visa accordé dans l’après-midi… Ceci me laissait rêveur. Cependant, par précaution, nous avions déposé le dossier complet avec un peu plus de deux mois d’avance.

Les semaines se sont succédé sans que nous soyons appelés pour retirer les passeports revêtus du précieux sésame.

Dix jours nous séparent de la date arrêtée sur le billet d’avion. Rachel doit impérativement être en possession du visa, sans quoi elle ne pourra pas embarquer. Quand je songe qu’elle était en situation régulière en France avant qu’elle ne m’accompagne à l’étranger… Je me rends au consulat.

– Demain, vous aurez le visa, il n’y a aucun problème, me dit-on.

Mais il n’y a rien le lendemain. Le surlendemain, je me déplace à nouveau. On me répond avec le même discours. Dois-je faire confiance au personnel français de ce consulat ? J’obtiens cette fois-ci un indice : mon interlocuteur m’indique attendre une autorisation de Paris, qui ne serait, selon lui, qu’une formalité.

Un autre jour, on me maintient le refus : Rachel n’aura pas son visa pour rentrer en France. Seul notre fils d’un an, qui est Français, est autorisé à revenir au pays…

Je ne parviens pas à identifier les raisons de cette opposition : Rachel y a systématiquement droit en tant qu’épouse de Français. Le consulat ne peut pas le refuser. Alors ce sont les délais qui sont allongés.

J’émets deux hypothèses. La première est que certains agents administratifs puissent être gratifiés d’une prime en fin d’année s’ils ne dépassent pas un certain nombre de visas délivrés. Il s’agirait d’un moyen vicieux pour instaurer des quotas implicites. Ainsi, Rachel n’obtiendrait son laissez-passer que dans un mois et demi, en janvier.

La seconde serait qu’au ministère, à Paris, ils aient décidé de nous contrarier, mais pourquoi ? Aucune de ces deux extrapolations ne me convient. Je ne comprends pas.

Le lundi, je me rends à nouveau au consulat. Rien. Et dire que j’ai participé à un programme cofinancé par la France, et voilà comment je me sens remercié.

J’ai confirmé l’enregistrement de Rachel auprès de la compagnie aérienne, mais ils me demandent son visa. Je ne l’ai pas. Je dois le présenter trois jours avant le départ, sans quoi sa place n’est plus réservée et un nouveau billet devra être acheté, autour de deux à trois mille euros.

Le 28 novembre, je reçois un appel du consulat, Rachel vient d’obtenir in extremis son visa. Le 2 décembre, son avion décolle.

Je n’ai pas saisi l’attitude tenue par l’administration pendant deux mois. En pratique, c’était un peu comme si l’on avait cherché à me faire comprendre :

— Monsieur Aubert, vous devez choisir entre vivre avec votre épouse à l’étranger, ou en France, mais sans elle…

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