Alors je pleure...

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Le sourire ? C'est un artefact inconnu en France. Le Français fait la gueule et il ne manque pas de raisons pour ça : assassiné d'impôts, de taxes, de gazole exorbitant, de vax, de déserts médicaux, de femmes frigides et de surcroît vilaines, d'un climat de merde, d'une connerie insondable, d'un monarque absolu (Jupiter)... Tiens, rien que d'en faire la liste, je pleure. Attends, je mouche...

C'est pour ça qu'on inventa le pinard dans l'ancien temps, remplacé aujourd'hui par THC, Coco, médocs, Mojito... Sans ça, tu ne vois personne sourire. Il faut la dose pour pouvoir mettre une meuf en position horizontale. Sinon, oualou !

Je passe les journées sans voir le moindre sourire. Enfin, quand je croise Denis le tordu, celui qui est bancal, tout vrillé, avec un œil dans les coins, chacun regardant une direction différente, lui, il me fait un sourire berbère avec son index qui glisse à la racine de son cou. Il me hait, je ne sais pas pourquoi.

Peut-être parce qu'un jour, je lui ai dit : "souris pas à un flic, il y a outrage, cousin". Mais c'était pour aider, sans malice aucune. Comme comme quand je lui dit de relever la tête "tes dents rayent le parquet". C'est gentil, sans méchanceté, tu vois, bienveillant. Non parce qu'en plus, il est petit, mais petit... genre... une fausse couche, quoi. Mais il ne faut pas le lui dire, il se vexe facilement. Il est d'une susceptibilité épouvantable.

Au boulot, personne ne sourit. Le masque. Celui qui s'y risque passe pour un débile. Ils sont tous trop diplômés, trop cadres, trop importants, trop tronches. Surtout la cheffe, madame Lajoie.

— Lorenzo, qu'est-ce que vous faites ?

— Je travaille, madame Lajoie. Je travaille.

— Vous matez un porno ! Il y a des traceurs sur le réseau !

— C'est pas moi, madame Lajoie ! J'ai rien fait ! C'est...

— N'accusez pas Lorenzo ! N'accusez pas ! Je vais encore avoir la DRH sur le dos, elle me donne des aigreurs d'estomac.

— C'est à cause du vax... Mes hormones sont...

— Taisez-vous, Lorenzo, c'est une honte ! Et ne riez pas ! Ne vous foutez pas de moi ! Je vous préviens ! Je vous aurais prévenu !

Oui, on ne rigole pas. Personne ne sourit, tous des tronches d'enterrement. Encore s'ils étaient beaux... mais en plus, ils sont vilains, mais laids... Quand je croise la Blandine, c'est simple, j'ai peur.

— Dis Lorenzo, tu crois que je devrais faire de la chirurgie ?

— Faut repartir de zéro... Tout raser et reconstruire. C'est possible ? Ça va coûter une blinde...

— Tu te fiches toujours de moi ! On ne peut pas parler avec toi !

— Mais nan ! Jamais !

— Tu savais que Louise a fait une vaginoplastie ?

— Nan... Mais... Attends, je comprends pas... Elle s'en sert de son...

— Lorenzo ! Elle était trop complexée, c'est pour ça, voyons !

— Puré... Même de là elle est vilaine, alors ? Il y a des gens qui sont vraiment déshérités par la nature.

— Lorenzo, tu es vraiment totalement immature ! Mais où tu cours comme ça ?

— J'ai un mot à dire à Louise... Des fois qu'elle veuille inaugurer son minou tout neuf.

— Lorenzo !

Et à la maison, c'est pas mieux. Ma femme, tu crois qu'elle sourit quand elle me voit ? Elle me dit toujours "si je ne t'avais pas rencontré, j'aurais pu être une femme heureuse !".

Et moi un mec heureux. Mais je ne le lui dis pas, après elle me fait la sur-gueule pendant des semaines et elle ne me donne à bouffer que du poisson dont j'ai horreur.

Personnellement, je ne souris jamais. Je me fonds dans la masse. Anonyme. Invisible. Personne. Un Français quoi. Et comme je ne picole pas... bah je ne rigole jamais. La misère totale.

Tu crois que les gens s'en soucient ? Nan ! Chacun sa merde en France ! Ils prônent le socialisme, le vivre ensemble, le pluriel, la fraternité... Que du vent !

Hein ? Quoi ?

— Lorenzo, venez ici !

— Madame Lajoie ?

— Il y a une culotte dans la chemise de la compta ? Vous pouvez m'expliquer ?

— Je ne porte pas de culotte madame Lajoie ! Juste des slips ! Ma femme voudrait que je porte des caleçons, elle dit que c'est plus moderne... mais c'est rapport à ma queue... Elle est trop grosse...

— Taisez-vous, Lorenzo ! Ne vous fichez pas de moi ! Je vous préviens ! Je vous aurais prévenu !

Voilà ma vie. Je vais encore avoir des emmerdes.

Non, vraiment, pas de quoi sourire et encore moins rire !

Bzzzz !

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