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La route serait longue d’encore une nuit et d’un coucher de soleil. Des pies à bec tranchant se rassemblaient dans le ciel, ce qui signifiait qu’une seule chose : des cadavres servaient de repas. Et ils devaient être nombreux.

Le clan d’Agbrouk marchait en tête. Leur Forune, ces créatures, mélange épatant d’une marmotte des montagnes géante et des félins herbivore des plaines intérieures, se déhanchaient avec leur cavalier sur le dos. Azyrac observait un des Forune plus en arrière.

Pourquoi avait-il une crète comme un varan des lacs ? Une malformation ? Une mutation ?

Il avait lui-même remarque dans les naissances de Mohok de nouvelle particularité, comme des écailles sur leur dos et un renforcement sur leurs pieds. Quelque chose dans l’air, incitait au changement. Cependant, est-ce que ces mutations n’allaient pas trop vite en besogne ? Il se pencha sur le cas d’un nouveau-né, que l’une des hermadryades de sa tribu a mis au monde. Même s’il sera l’exacte réplique de son parent, nous savons aussi que sa chair créé de l’écorce.

— Un problème chef ?

Un homme de son âge, le teint plus clair et les veines plus fines, l’interrompit dans ses divagations.

— Non. Aucun Vylk.

— Bien. Dans ce cas, moi j’en ai un.

Azyrac inclina son regard sur Vylk. Le froncement de son front rendit son visage plus charismatique et dangereux. Le souvenir de leur démêlé était encore vif dans son esprit, bien qu’il se soit passé plusieurs lunes.

Vylk et lui se connaissaient depuis toujours. Ils avaient combattu ensemble à chaque expédition contre les Mordas. Peut-être aussi se tenaient-ils rancœur pour un soir de grande faiblesse où ils s’étaient laissé aller à l’appel charnel qui avait fait durcir leur outil de fécondation. La semence qu’ils cultivaient pour en faire don aux femmes de la tribu – quand le besoin d’agrandir la tribu se faisait nécessaire – avait disparu en un éclair. Depuis, ils préféraient rester à distance pour éviter d’ensemer à nouveau leur corps incompatible à la création d’enfant. Mais cela ne signifiait pas que le désir était moins vif lorsqu’ils marchaient si proches.

Azyrac contrôla tout son corps pour ne point être appelé par cette alchimie qu’il partageait avec Vylk. S’ils ne se touchaient pas. S’ils n’inspiraient pas trop l’odeur de l’autre, alors tout se passerait bien. Après tout, ils se savaient compatibles au désir de l’autre, alors ils seraient fautifs s’ils restaient trop près l’un de l’autre.

— Que t’arrive-t-il ?

Si Azyrac pouvait voir l’avenir, Vylk lui pouvait ressentir le danger dans toutes l’étendu de l’air.

— Cette zone de la forêt a un problème. Elle se défend en recrachant des toxines. Je pense que la source qui la nourrit est malade.

— Ce qui veut dire ?

— Qu’on respire un gaz qui va nous affaiblir. Si ce n’est pas déjà le cas.

— Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ? gronda Azyrac, le regard plein de reproche.

— Parce que le temps presse et que si nous faisons un détour, peut-être bien que tout sera pire pour les tribus en avant.

— Vylk, au vu du nombre de pies à bec tranchant et des carnivores que nous avons croisés dans les parages, je peux affirmer qu’il n’y a plus grand monde qui attend notre venue.

— Et ça doit nous conforter dans leur abandon ? Tu en aurais la conscience tranquille ?

— Nous ne sommes pas la seule tribu avec des guerriers de ce côté de la forêt mère. Qu’est-ce qui te passe par la tête ? C’est quoi cette subite rébellion.

La dernière expédition avait été celle de trop pour Vylk. Azyrac en était conscient. Mais tous avaient un rôle à tenir et Vylk était un guerrier.

Azyrac secoua la tête avec lenteur et désolation, avant de remonter le cortège sur le dos d’Aok. Tout le monde s’écarta à l’approche de la limace vénéneuse. Le clan d’Agbrouk ne portait pas de tenue en résigne.

Il fit arrêter le groupe d’un mouvement de main.

— Que chacun avale des fibres détoxifiantes en grosses poignet.

Il se tourna vers Agbrouk et son Fourne. La monture le fixait avec des yeux ronds d’un air un peu idiot. Ces créatures n’étaient pas les plus éclairées, c’est pourquoi elles avaient été si bien domestiquées.

Il faut qu’on dévie du chemin initial. La végétation expire des toxines.

La femme observa les environs, septique.

— Ce ne sont pas des plantes toxiques.

— Elles ne le sont pas, mais leur source a été empoisonnée.

— Les Mordas ? demanda-t-elle.

— Qui cela pourrait être d’autres ? Il n’y a qu’eux pour intoxiquer les sources souterraines.

Elle se tourna vers une de ses guerrières, la voyant pâlir à vu d’œil.

Il serait permis de croire que la jeune femme avait inspirer trop de poison et que cela commençait à jouer avec sa perception.

— Il faut sortir d’ici.

Agbrouk lança un regard sombre et renfrogné vers Vylk.

— Pourquoi n’a-t-il rien dit ?

— Il vient de nous le dire.

— Pas assez vite. Regarde la tête des plus jeunes. Azyrac, pourquoi ne l’as-tu pas congédié ? Il a l’esprit trop fissuré depuis la dernière expédition. Il n’est plus fiable. Son flair a été impacté.

— Il est un guerrier. On a tous une place à tenir dans notre tribu.

— Eh bien, il serait temps de redistribuer les tâches.

— C’est un débat que les anciens prendront un jour en compte. Pour le moment, Vylk reste un guerrier.

Azyrac avala plusieurs poignées de fibres détoxifiantes tout comme le reste de la troupe, mais il avait à peine repris la route que les effets du poison commençaient à en désorienter plus d’un.

Les plantes détoxifiantes s’avérèrent inefficaces. Azyrac prit la décision de faire un détour d’une journée. Il n’y avait plus le choix. C’était perdre du temps ou s’empoisonner à grande inspiration.

Il emmena la troupe plus loin dans les rocheuses. Bientôt les cavaliers descendirent de leur monture, trouvant les sentiers trop fragiles pour qu’il y passe à plusieurs en même temps.

La décision fut prise qu’ils mettent environ cinq mètres entre chacun d’eux, monture y compris.

Agbrouk envoya plusieurs regards lourds de sens à Azyrac. L’homme fit mine de ne pas les voir. Le sentier n’avait jamais été aussi dangereux qu'en cet instant. Il avait diminué d’une bonne moitié et continuait à s’effriter à chaque pas que le groupe posait sur la roche.

Ce n’était à rien comprendre.

Azyrac avait prit ce chemin pas plus tard qu’il y a six pleines lunes. Comment le chemin rocheux, celui que les tribus du sud est emprunté pour rejoindre celles des montagnes avaient fini dans un tel état. Quelque chose se passait. Et ce quelque chose était entré dans le sol de leur cité végétale. La Grande Verte était en danger.

Qu’est-ce que les Modars avaient déclenché sur leur territoir ?

Azyrac réfléchit.

Après tout le sol des Modar et le leur était qu’un seul et même sol. Ce qui signifiait que les terres des Modars étaient peut-être définitivement perdu et que leur présence dans la cité verte, n’avait qu’un but précis : envahir pour mieux survivre.

Non… ce n’est pas à ce point-là, souffla Azyrac pour lui-même.

Quand la nuit tomba et que la troupe rejoignit les sentiers de la forêt, Agbrouk marcha cote à côte avec Azyrac.

— Il va falloir s’arrêter, dit-elle. Certains sont au bout du bout.

— Plus loin, il y a la grotte au souffle chaud. On y fera Altes.

L’homme plongea son regard vers les hautes branches et examina le ciel. Il suivait le vol de différentes espèces qui se relayaient afin d’indiquer aux Adryadex le lieu du problème. C’était en grande partie des oiseaux carnivores, mais aussi des oiseaux chanteurs de la zone impactée qui demandaient de l’aide.

— Dis ce que tu as à dire, Azyrac. Ne garde pas pour toi de possibles informations. Qu’est-ce qui te rend si silencieux depuis plusieurs lieues ?

La femme aux yeux clairs avait toujours été vive d’esprit. Elle sentait lorsqu’on lui cachait des informations. Elle devinait presque tout en un seul regard. C’était aussi une sorte de clairvoyance encore à un stade de graine.

— Beaucoup d’aspects de nos terres me préoccupent. Et je tourne dans ma tête ma vision. J’ai le sentiment que partir en guerre contre les Mordas ne servira à rien. Nahbaruk se réveille pour quelque chose de plus tragique que les Modars… Mais voilà, je ne comprends pas tout. Je n’ai pas toutes les radicelles en mains. L’almona ne communique plus avec nous. Ni avec les plantes mères. Peut-être que Nahbaruk a perdu le lien, elle aussi. Les anciennes nous apprennent que la reine ne se réveille jamais pour rien. Que la dernière fois qu’elle s’est réveillée, les Adryades comme les Modars ont failli tous périr. Qu’il ne restait qu’une poignée d’entre nous des deux côtés.

— Je sais ce que disent les anciens, Azyrac. Je sais aussi que si la reine se réveille, il y a une chance que notre espèce en pâtisse aussi. Mais Nahbaruk existe pour veiller sur notre Mère. Si elle pense que nous somme néfaste, alors elle aura raison de nous détruire. Tu sais, parfois je me dis que si les Adryades et les Modars n’existaient pas, peut-être que la Mère et L’almona n’auraient pas eu a subir notre marque.

Ils se turent tout deux et poursuivirent leur chemin jusqu’à la grotte aux souffles chauds.

Leur groupe se trainait. Nombreux étaient posés, penauds, sur leur monture. Les Mohok n’avaient pas souffert de la toxine inspirée plus tôt, ce qui n’était pas vrai pour les Fourne. Les créatures avançaient doucement, en groupe. Les plus vaillants entouraient ceux qui étaient tangiblement plus affaiblis.

Allongé en profondeur dans la grotte, Azyrac, ferma les yeux. Aok était restée à l’extérieur comme veilleuse, avec Vylk et quelques guerrières.

Il serra les poings, chercha à enfoncer son énergie dans la terre dont il avait recouvert la moitié de son corps. L’homme creusa dans sa connexion avec… le temps et l’espace. Car si ce n’était pas L’almona qui lui prédissait l’avenir alors ce devait être le système qu’elle avait mi en place sur le territoire de la planète-Mère.

Un long filet d’énergie provenant de la terre parcourt enfin son épiderme et une vive douleur lui torda l’estomac. Son cœur battit rapidement, comme lorsqu’il était enfant et qu’il mangeait de mauvaises plantes. Son corps fut perclus de tremblements.

Dans sa vision, Azyrac voyait un éboulement et une cavité. Il entendait la roche et la terre crier de douleur.

Des Modar en tenue blanche élevant des tentes sur un ancien campement d’une tribu d’Adryade.

Il y avait une cage au centre de tout. Des bombonnes d’une eau sombre.

On extrait des racines de Culpa. Les arbres Dorés étaient connus comme dépollueur depuis le premier réveille de Nahbaruk, même chez les Modars. Combien ils devaient être désespérer pour avoir franchi la cité verte et pour avoir tuer les Adryades du secteur.

Une explosion de plus retentit dans son esprit. Azyrac comprit que les Modars cherchait plus que des racines. Mais pourquoi précisément ici ?

Que savaient les Modars que les Adryades ne connaissaient pas ?

Ils ont empoisonné et ils ont mutés. Prends garde, Adryade, s’exclama une voix multiple dans sa tête.

Azyrac s’extirpa de sa vision avant de se rouler en boule dans un coin de la grotte, tout contre la pierre. Tout son corps lui brûlait.

D’où provenait la voix ? De quel danger le mettait-elle en garde ?

Les Adryades qui s’occupaient à garder un œil sur les Modars avaient-elles oublié de distribuer des informations importantes au reste du peuple de la cité verte ? Est-ce que les transmissions végétales avaient été coupées depuis… quand ?

Rares étaient les Adryades qui sortaient de leur territoire. Il fallait qu’il y ait une raison ou des Modars. Les guerriers étaient les seuls à partir en expéditions et presque toujours pour courir après des Modars un peu trop aventureux.

Tant de questions inquiétait l’homme dont le corps prit une teinte plus sombre.

Dans le couloir de la grotte Agbrouk, il l’observa de loin. Sa vision perça dans le noir. La femme s’abima la rétine sur le corps de cet homme qui cherchait à ne faire qu’un avec l’obscurité.

Elle songea qu’Azyrac était un personnage bien complexe depuis le début. Son corps ne cesserait-il jamais de s’adapter à la flore environnante. Pour sûr, il était remarquable. Mais il cachait quelque chose de dangereux en lui… dans les visions qu’il était le seul à comprendre.

Agbrouck aussi, sentait le déséquilibre. La terre vibrait d’une étrange façon et le goût de la charogne avait changé de goût.

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