L’amour commence souvent en rouge.
Pas le rouge éclatant des vitrines, mais celui qui monte sous la peau, lentement, quand le cœur oublie d’être prudent. Il bat plus fort, sans raison valable, comme s’il reconnaissait quelque chose d’ancien. Le rouge est chaud, parfois trop. Il brûle les doigts quand on le tient trop longtemps, mais on y revient quand même, attiré par cette chaleur qui promet d’exister pleinement.
Puis l’amour devient bleu.
Un bleu profond, presque immobile. Celui des fins de journée où l’on attend un message qui ne vient pas. Le bleu de la distance, des silences étirés, des pensées qui tournent en rond. Il a une odeur de pluie. On apprend à respirer dedans, à nager sans voir le fond. Ce bleu-là n’est pas triste, il est grave. Il enseigne la patience, même quand on n’en veut pas.
Il arrive que l’amour prenne du vert.
Un vert fragile, presque timide. Celui des recommencements. Des gestes qui osent à nouveau, des mots encore maladroits. Le vert pousse lentement, sans bruit, dans des endroits qu’on croyait secs. Il n’efface pas ce qui a été, mais il prouve que quelque chose peut encore naître. Le vert est l’amour qui soigne sans promettre, qui se contente d’être là.
Parfois, l’amour se tait et devient noir.
Un noir dense, feutré. Le noir du deuil, des absences définitives, des mains qui ne se retrouvent plus. Ce noir n’est pas vide : il est plein de ce qui ne reviendra pas. Il engloutit les phrases trop tardives et garde en lui les adieux mal dits. Dans ce noir, on apprend à marcher doucement, pour ne pas se faire mal davantage.
Et puis, sans prévenir, l’amour se dépose en blanc.
Un blanc calme, presque silencieux. Celui qui n’exige rien. Il ressemble à une page laissée ouverte, à un souffle posé sur la peau. Le blanc n’est pas l’oubli : c’est l’espace. L’endroit où l’on peut enfin se tenir droit, seul ou accompagné, sans devoir se prouver quoi que ce soit. C’est l’amour qui ne serre plus, mais soutient.
L’amour n’a jamais une seule couleur. Il est mélange, superposition, mouvement. Rouge et bleu qui font du violet sans l’avoir décidé. Noir traversé de vert. Blanc taché de souvenirs persistants. Aimer, peut-être, c’est apprendre à reconnaître ces couleurs en soi, à les laisser exister sans vouloir les corriger.
Et accepter que la palette ne soit jamais finie.