De nos correspondances nocturnes
" Plume ". Un mot glissé sur le papier sans un sens, mon essence.
Juste un murmure entre ses lèvres. Le soufle de la mer emportant ses cheveux et mon âme avec.
Je vois les herses s'abaisser, se soulever, dans un ballet indécis. La tête me tourne.
Et il n'est plus question de l'homme-capitaine de navire mais de l'homme-tempête.
Je les avais. Il les avait. Agglutinées dans mon dos et le sien.
La messagère, la protectrice se réveille et les larmes avec. Elle est le poids de son prénom.
De ses poings, coups contre plumes, sur l'oreiller. Toutes émotions entremélées, elles s'échappent.
S'envolent et se font pluie puis lucioles et, enfin, neige qui émerveille et tourbillonne avant d'atteindre le sol.
A genoux, les faibles et les forts!
Le dos d'un main, les caressant tendrement, infiniment. Elles sont moi : la douceur, la candeur.
Imperceptiblement, elles se soulèvent accueillant mon souffle comme le leur.
Je m'allonge. Elles accueillent mes rêves, chaque nuit, et mes cauchemars aussi. Le regard happé par les cieux.
Me regardes-tu, Ange Déchu ?
Es-tu revenu à la droite du Père, tes mains serrant celles de mes aïeux ?
Est-ce qu'il t'a pardonné ton retour sur Terre ?
Mes bras déclinent l'ange ( joie d'enfant). Restent la trace de ma silhouette sur leur douceur froissée.
Assiste, je frotte épaules et bras. Elles virevoltent et me reviennent en s'amassant, poids-plume derrière mes épaules.
Elles sont miennes. Massives et immaculées. Elles m'engloutissent.
Je disparais et Daniel apparaît.
Une lumière douce et chaleureuse caresse le haut de mes cheveux. Elle est le père et la mère. Je lui tend ma joue. Elle poursuit son étreinte.
Le chemin d'Oz est là, sous mes yeux. Tout ira bien.
Tu me donnes la Foi, celle en mes pas, mes choix.
Tout ira bien, je m'en remet à Toi.
Je cours et je m'élève.
Elles s'envolent sans se perdre. Semées sur mon chemin, se couchant sur chaque âme rencontrée.
Ma course s'achève. Repue de cet apprentissage, de l'amour, celui de soi.
Les dernières épousent le bas de ma jambe gauche et s'incrustent à l'aiguille.
Je les pensais nées pour se souvenir de la douleur, c'étaient faux : elles étaient là pour me rappeler le Pardon. Celui que j'ai offert, en état de Grâce, par amour.
Pas de regrets. L'Ame grandit et s'élève.
Une dernière se pose sur mes lèvres.
Plume, tu portes à ma bouche la douceur d'être aimée; non, par l'homme, mais par l'Univers tout entier

Annotations
Versions