10h08
Ses avant-bras posés sur la texture rugueuse de la table en pierre vieillissante…
Elle observe, d’un regard calme, Michel, qui est assis en face.
Autour d’eux, les sentiers s’entrecroisent au milieu des bosquets fleuris.
Les arbres bourgeonnent et la brise caresse les herbes hautes.
Avec une énergie débordante, elle se penche en avant et pose ses coudes sur la table.
— Tu as eu le temps de réfléchir à notre pari.
Michel pose son coude sur la table et cale sa tête entre son pouce et son index.
— Oui…
Elle suit son regard tout en écoutant le gazouillis des oiseaux et le bruissement des feuilles.
Il marque un silence, puis fixe un panneau où sont indiquées des directions en kilomètres.
Ardentia 50 ; Lumina 100 ; Sud. Célestia 300 ; Ouest. Mercia 150 ; Est.
— Tu risques fortement de ne pas aimer.
Un rictus se forme sur les lèvres de Mizuki et ses genoux frottent sous la table.
— Tu penses que je vais te laisser gagner par abandon ?
Michel lève légèrement les yeux au ciel pendant qu’elle tapote son doigt sur la pierre.
— Tu peux toujours rêver !
— Très bien ! Voici les règles.
Il fixe dynamiquement sa sœur d’un œil vif.
— Le premier qui rentre avec l’objet de sa mission respective gagne.
— Donc, la médicina pour moi et le minerai d’argent pour toi ! Ça me va.
— On s’attendra près des piliers. En cas d’imprévu, on laisse notre sac à dos.
Michel sort de son sac une carte et la déroule sur la table.
Avec son index, il trace une ligne qu’elle suit attentivement.
— Cinq kilomètres par le chemin forestier.
— Je connais bien ce chemin.
Il effectue un autre tracé avec son doigt.
— Trois si tu longes la montagne.
— Le terrain est accidenté.
— Tu as le choix.
Il continue avec une intonation sérieuse.
— N’oublie pas que tu seras près de l’autel du dernier sacrifice.
— Je sais, papa ne veut pas qu’on s’en approche.
— Exact ! Des questions ?
Mince, j’ai oublié de prendre de quoi grignoter.
Bon, tant pis.
— Quelle est la distance que tu dois parcourir ?
— Cinq cents mètres sur une route plate et pavée.
— C’est un peu déséquilibré, tu as l’avantage sur la distance.
Il croise rapidement les bras et se penche en arrière.
— Il faut prendre en compte le temps d’exploration des lieux.
— Explique-moi ?
— Tu connais bien la forêt, je vais dans une grotte sombre.
— Est-ce que le temps de récolte compte ?
— Bien sûr !
— Est-ce qu’il y a autre chose ?
— Notre condition physique et mentale.
— Quoi d’autre ?
— Notre charge, les types de terrains, les rencontres fortuites.
— Que devra faire le perdant ?
— Satisfaire la demande du gagnant…
Michel marque un long silence en fixant le regard curieux de sa sœur.
— Je veux que tu portes une robe.
D’un geste brusque elle se lève avec un regard emplit de colère.
Son poing se serre et frappe l’angle de la table qui se brise sous l’impact.
Ses mains posées à plat, Michel, reste immobile tout en continuant de la fixer.
— Tu sais que je déteste en porter ! Cette idée est stupide !
Il prend soudain un air moqueur.
— Tu avoues déjà ta défaite, c’était une victoire facile.
— Quoi ! Non…
Elle recule d’un pas et observe son frère en cherchant un doute dans ses yeux.
— Je t’interdis de me sous-estimer !
— Te sous-estimer, mais je ne ferais jamais ça, voyons.
Alors qu’il affiche un léger rictus et que Mizuki montre sa contrariété…
La façon dont Michel agit me fait penser à Mirina. Mizuki fermes ses paupières et soupire.
— Très bien ! Je te choisirai une robe sexy quand j’aurai gagné !
Son intonation est moqueuse pendant qu’elle pointe son frère de son index.
D’un regard ferme, elle observe Michel, mais il reste serein et impassible.
Le silence s’installe entre eux.
Après un léger instant suspendu, elle laisse échapper un soupir et ses traits s’adoucissent.
Elle tend sa main vers Michel, qui la serre fermement.
— Je vais te montrer une amélioration du mizuara, essaye de m’attaquer !
— D’accord, je suis toujours prêt à m’améliorer.
Ils se déplacent vers une zone dégagée non loin de la table.
L’herbe est rase et quelques pierres délimitent le périmètre.
Elle reste détendue et immobile au centre, mais maintient son regard posé sur Michel.
Il dégaine son épée sans précipitation et place la lame en oblique.
— Ne te retiens pas.
— Ce n’était pas mon intention.
Il fond sur elle d’un pas éclair, soulève son épée d’un geste vif et l’abat.
Elle effectue une légère impulsion pour faire un quart de tour afin d’esquiver.
— Pas mal ce mouvement, mais je l’avais vu venir !
C’était juste. La lame est passée vraiment près de ma poitrine et j’ai failli abîmer mes vêtements.
Michel incline son épée à quarante-cinq degrés avant de la remonter vivement vers Mizuki.
Avec un pas léger vers l’arrière, elle incline son buste.
— Ce mouvement aussi est sympa, mais trop prévisible !
Cette fois, la lame a frôlé mon visage à moins d’un centimètre.
Elle reste parfaitement calme et affiche un large sourire.
— Alors, tu ne peux pas faire mieux que ça ?
Michel remet son épée à l’horizontale, puis enchaîne une entaille au niveau du torse.
Elle se laisse tomber et, alors que son dos s’apprête à toucher le sol, effectue un salto arrière…
D’une impulsion, elle se relève comme si de rien n’était.
— Alors ! Tu en penses quoi, surpris ?
Michel observe Mizuki avec une concentration intense, et tous les deux sont calmes et attentifs.
— Tu es plus rapide qu’avant, mais j’ai encore une surprise.
— Je suis impatiente, montre-moi !
Michel abat une première attaque diagonale sur la droite.
— Je croyais que c’était une surprise ?
Alors que la lame frôle son visage, elle effectue un léger pas en arrière pour l’esquiver.
Il incline son épée à quatre-vingt-dix degrés, avant de la faire remonter d’un geste rapide.
— C’était bien pensé, mais je l’avais vu venir.
Elle se tourne pour accompagner le mouvement, mais les attaques de Michel s’enchaînent.
Elle accompagne chaque geste d’une esquive, tout en tournant en cercle.
Après plusieurs minutes, il s’arrête pour reprendre son souffle alors qu’elle reste calme.
— Alors ! Est-ce que ça t’aide ?
— Le mizuara est incroyable !
— Tu l’imites plutôt bien, mais tu perds du temps à calculer tes gestes.
— Je sais, mais toi, tu n’es pas essoufflé et tu ne transpires pas.
Elle fouille dans son sac et sort une serviette qu’elle tend à Michel.
— Tu as remarqué, hein ! Ça a commencé juste après mes premières règles.
— C’est lié à ton entraînement, ne te fais pas d’idées.
— Tu sais, je pense que mon entraînement n’est pas l’unique raison.
— Tu ne vas pas remettre ça ! Trois ans que tu persistes !
— Il est possible que je ne sois peut-être pas entièrement humaine.
— L’origine de tes parents n’a aucune importance, tu es ma petite sœur !
— Je suis totalement d’accord ! Il est temps de s’y mettre, bonne chance.
Elle part vers l’ouest en courant, mais son regard se déporte vers Michel qui marche vers le sud.
Michel est tellement cool, je suis si chanceuse d’être sa petite sœur.
Alors qu’elle augmente sa vitesse, le vent balaie ses courts cheveux…
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens d’Aya.

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