14h15
Un écoulement calme, mais continu glisse dans son ouïe.
Un saumon s’élance avant de retomber dans un plouf sourd.
Son regard suit rapidement les aquinas qui nagent avec des clapotis courts.
Les cailloux gris parsèment le fond de l’eau claire qui reflète son visage troublé.
Son regard pivote doucement sur sa droite.
Agenouillée devant son sac, Shana extrait une serviette avant de se relever.
— Est-ce que tu peux surveiller les alentours ?
La main gauche de Mizuki la saisit calmement.
— Je m’en occupe, prends ton temps.
— Merci !
D’un pas pressé, Shana s’éloigne vers des rochers entourés de buissons épais.
Mizuki s’approche de la rivière. Ses genoux fléchissent. Ses mains plongent le linge dans l’eau.
Les taches de sang verdâtre se détachent doucement.
Son visage est caressé par la surface moelleuse.
Après un court délai et une activité soutenue, Mizuki se relève.
Elle marche vers une large pierre haute comme un homme.
L’escalade facilement… S’assied et scrute la région…
L’air tempéré balaie ses cheveux humides… Une légère musicalité s’échappe de ses cordes vocales.
La nature est tellement belle et j’aime ces moments.
Une douceur se révèle, un instant endormie.
Regardons calmement, ce fugace moment.
Un chemin qui nous mène vers un lieu connu.
Un autre qui nous ramène en arrière.
Tellement de direction que je ne connais pas.
Le monde est bien trop vaste, une vie ne suffit pas.
Cependant, c’est ensemble que nous sommes la somme,
De toutes les connaissances d’un monde, d’une vie.
Toi et moi, ici et là…
Ce n’est jamais seul que nous progressons,
Pour faire une vie il en faut deux…
L’écoute sans la parole ne sert à rien,
Mais l’inverse est tout aussi vrai.
Pourtant je ne le nie pas,
La solitude par moment,
Est tout aussi essentiel…
Un verre n’est vide ni plein, il est ce que l’on veut qu’il soit.
Ce n’est pas mal, je vais le noter.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Shana.
14h17
Ses doigts crispés abaissent son short et sa culotte.
Elle s’accroupit juste avant que le liquide chaud ne s’écoule d’entre ses cuisses.
Ses joues rougissent au son brut qui frappe l’herbe.
Après plusieurs secondes, elle fait glisser un tissu entre ses jambes.
Puis, d’un geste rapide, saisit une culotte sèche dans son sac et la fait glisser sur ses fesses.
J’aurais aimé avoir un short de rechange.
Elle pousse un profond soupir alors que ses mains tremblent sous ses yeux.
Si Mizuki n’était pas venue, je serai aussi morte que les autres, où pire encore…
Je n’ose même pas imaginé ce que j’aurai subit, mais je ne me pardonnerai jamais leurs morts.
Me voilà plongé dans un souvenir qui date visiblement.
Shana est encore jeune.
Elle est dans le restaurant de sa famille.
Il est tard, tout est clos.
Alaric fixe Ester.
Shana est cachée derrière le comptoir.
Esther enlace Alaric.
Ils s’embrassent.
Shana écarquille les yeux.
Maman et Papa se font des bisous ?
Une fille est à côté de Shana.
— Je te l’avais dit, tous les adultes qui s’aiment le font.
Le murmure est léger.
Shana l’écoute sans quitter la scène du baiser des yeux.
— Tu n’as pas vu le meilleur. Les adultes quand ils sont seuls…
Shana se bouche les oreilles.
— Je ne veux pas savoir.
— D’accord.
Les filles se prennent la main et se faufilent dans le couloir.
Elles montent les marches en silence.
Me voilà de retour dans l’instant présent.
Tu me manques Callie, si seulement…
Je préfère ne plus y penser.
Ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens d’Emma.

Annotations
Versions