Réponse à "Aimer sans le dire"
Il pleuvait doucement ce soir-là, une pluie fine qui n’osait pas tomber vraiment. Elle parlait, lui répondait par fragments, mais ce qu’il voulait dire se tenait ailleurs, dans l’espace entre deux phrases.
Il observa la manière dont elle pliait ses manches, toujours trop longues, comme si le monde était un peu trop vaste pour ses poignets. Il remarqua qu’il connaissait ce geste par cœur, qu’il l’attendait même, inconsciemment, à chaque rencontre. Cela le surprit.
« Tu devrais rentrer », dit-il finalement. Sa voix manquait de fermeté.
Elle sourit, et ce simple mouvement suffit à déplacer quelque chose en lui, comme une pièce que l’on croyait fixe.
Il chercha des mots ordinaires, des mots sans risque. Aucun ne convenait. Alors il fit autrement.
— Quand tu n’es pas là, les pièces paraissent vides, même pleines de bruit. Je me surprends à garder des choses pour plus tard, comme si tu pouvais surgir à tout moment pour les voir avec moi. Et quand tu es là… je n’ai plus besoin d’anticiper.
Elle ne répondit pas tout de suite. La pluie continuait son hésitation.
— Je crois, ajouta-t-il en regardant le sol, que si je devais choisir un endroit où rester, ce serait toujours là où tu te tiens.
Elle leva les yeux vers lui. Le silence, cette fois, ne pesa pas. Il s’installa entre eux comme une évidence, douce et irrévocable.

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