Mal s’y prendre calmement
Je me suis arrêté un moment, juste pour faire quelque chose de simple. Je ne m'en souviens déjà plus. ha oui !
J’ai essayé de compter les silences entre deux battements de cœur. Au début, ça allait : un… deux… Puis les silences ont commencé à se chevaucher, comme s’ils étaient pressés. J’ai donc décidé d’en attraper un avec la main, pour le garder en place le temps de le compter. Il était tiède et un peu vexé. Mais il ne voulait pas parler. Pour être précis, j’ai mesuré la durée avec mon souffle, en soufflant très doucement, mais mon souffle s’est mis à prendre de l’avance sans me prévenir. Je n'allais me mettre à courir pour le rattraper.
Alors j’ai changé de méthode. J’ai compté les coins invisibles de la pièce du vieux manoir, ceux qui n’existent que quand on ne les regarde pas. Certains se déplaçaient quand je clignais des yeux, d’autres refusaient d’être des coins et se prenaient pour des courbes. J’ai essayé de leur parler calmement, en leur demandant de rester sages et immobiles le temps du calcul. En réponse, le mur a fait semblant de s’étirer et le sol a pris un air innocent.
Pour finir, j’ai compté les feuilles qui décidaient de tomber à l’envers, comme si le ciel était en bas et le sol ailleurs. Je levais le doigt à chaque feuille, très sérieux, mais elles tombaient en biais, ou pas du tout, ou revenaient pour voir si j’étais toujours là. À un moment, j’ai perdu le chiffre, puis le geste.
Je suis resté immobile, plutôt satisfait finalement, en me demandant tranquillement si quelque chose avait vraiment été compté aujourd'hui...

Annotations
Versions