La honte tue et guérit
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Je me souviens d’une conversation innocente.
Où le ton changea et soudain se durcit.
Sûr de son fait, on argumentait de son point de vue.
Puis les mots devinrent virulents, chacun s’étonnant
De ne pouvoir les retenir, ils arrivaient en cascade,
Se heurtaient, ricochaient et griffaient l’autre.
Chacun se plaça sur la défensive, une amertume,
Un goût de sang dans la bouche, une colère sourde,
Qui semblait jubiler de s’offrir un passage pour jaillir.
La fébrilité se ressentait et chacun en souffrait.
Je voulus faire machine arrière mais trop tard,
Mes mots portaient l’estocade entraînant la blessure.
Un volcan se réveilla, pulsant ses gerbes brûlantes,
Emportant une sorte de victoire par le verbe,
Je vis poindre une émotion contraire, la honte.
Alors je partis, évitant le regard de l’autre.
Je m’insultais et je me flagellais.
Je souhaitais disparaître sous terre à jamais.
Avais-je besoin de hausser le ton pour convaincre ?
Me disais-je, perdu dans un cheminement intérieur.
Je reculais dans mon antre, pour fuir son visage blessé.
J’en venais à malmener mon estime de moi.
Je n’en tirais aucune fierté et j’espérais secrètement
Que l’autre me pardonne de lui assener mes vérités.
Plus tard, une lueur d’espoir vient poindre à l’aube
Les mots d’une messagerie citaient encore des reproches
Mais il semblait qu’il y ait de la place pour s’excuser.
Je découvris que la honte cheminait avec la colère,
En lien très étroit avec le narcissisme et la culpabilité,
Qu’une nuit portait conseil et pouvait offrir une guérison.
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#JMP 01/2026

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