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Dans un tournant, les deux observateurs reçurent un premier jet de vomis. La responsable, perdant pied s’accrocha à une épaule pour réitérer, la bile se répandit alors sur l'abdomen du corps béquille. Trop hébétée pour s’excuser, une amie vint à son secours et l’embarqua dans la foule en criant des pardons, perdus dans le chaos sonore de la rue.
Sonnés par ce qui venait de se dérouler, le couple devint nauséeu à son tour. La déjection encore chaude et fétide collait sur le t-shirt, les jambes encore nues de cet été caniculaire et les chaussures de marche prévues pour la journée, ils se regardèrent outrés.
La sensation ainsi que le souvenir olfactif, viendraient les hanter encore longtemps. Avant de pouvoir se nettoyer, le souvenir s’ancrerait au plus profond de leurs cervelles. Comprendront-ils pourquoi ? Sourit l’Univers. Bien mérité, ricana le Karma. Oui, mais la capacité d’en prendre conscience leur appartenait-il ?
Le dégoût, ils le créaient au quotidien, en eux mêmes et dans les autres. Ils devaient bien le savoir au fond, non ? Ce qu’ils engendraient par leurs mots, par leurs actes. Condescendance, manque de considération, haine mal placée, bienveillance nulle part, ils vomissaient chaque jour à leurs façons, des vociférations stériles, dans quel but ? Eux seuls le savaient. La fierté qui s’émanait de leurs attitudes sentait bien plus fort, que les conséquences de l’indigestion d’une femme face à la violence de la journée.
Ne participaient-ils donc pas, eux aussi, au malaise ? S’ils pouvaient se remettre en questions, ils sauraient. Mais ils ne voyaient que hasard, malchance, et sans doute, quelques insultes envers la malade.
Ils vinrent montrer leurs présences sans fond, afin de l’exhiber aux plus grands nombres. Mais sur un trottoir ce jour là, les victimes d’une justice céleste, qui se croyaient si bons, si valeureux, si au-dessus de ce peuple, qui lui, marchait, rentrèrent chez eux sans entendre la leçon.

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