Un samedi comme un autre

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14 mars 2026

Aujourd’hui est un jour comme un autre. Un samedi où je me réveille avec paresse entourée de mes trois chats d’amour, mais sans mon cher et tendre qui a déjà déserté le lit conjugal pour aller travailler.

Comme à mon habitude, j’ouvre une certaine plateforme pour débuter mes lectures matinales et tombe immédiatement sur un texte répondant à un défi – ce défi. Je le lis, m’en imprègne et l’apprécie, puis passe naturellement aux manuscrits que j’aime retrouver chaque matin.

Ma lecture est un peu perturbée par un sentiment étrange naissant dans ma poitrine, mais rien d’alarmant. Ce n’est pas de la tristesse ni même de la nostalgie – ces émotions qu’on ressent parfois à la pensée d’un être cher disparu –, c’est autre chose. Un sentiment que je n’arrive pas vraiment à définir, du moins pas avant de constater la date d’aujourd’hui.

Je le répète, celle-ci n’a aucune importance pour moi. Celle qui l’est un peu plus, en revanche, attire tout de suite mon œil sur le calendrier : le 22 mars 2026. Comble de l’ironie – ou blague de mauvais goût du destin –, il s’agira là aussi d’un dimanche. Et ce dimanche 22 mars 2020, Papa, même si je mets un point d’honneur à l’oublier, reste obstinément gravé dans ma mémoire.

Je ressens encore les vibrations de mon téléphone sous mon oreiller quand, à cinq heures du matin, la femme que tu aimes m’appelle pour m’annoncer ton décès. Je n’ai jamais cru à ce genre de choses, mais avant même de décrocher, je peux t’assurer que je l’avais senti. Peut-être est-ce pour cette raison que je ne me suis pas écroulée. Je me suis contentée de la rassurer, avant d’appeler tes autres enfants pour lui éviter cette peine. Après tout, c’est ce que tu aurais voulu que je fasse, non ?

Étrangement, leur annoncer fut plus facile que je ne l’avais imaginé – si tant est qu’on puisse imaginer ce genre de choses. C’était dur, évidemment, mais bien plus simple que de me retrouver seule avec moi-même une fois que j’eus raccroché. La dureté du canapé sur lequel je me suis assise ensuite me revient d’ailleurs tout aussi nettement que les vibrations de mon téléphone.

Les larmes coulaient enfin, mais elles ne soulageaient rien. Alors j’ai préféré enfouir. Je me suis occupé l’esprit, j’ai travaillé, j’ai joué, j’ai ri et voyagé aussi, aux côtés d’un grand frère que je ne pensais pas avoir. Et dans les moments de solitude où ton souvenir me hantait, je me rassurais en me répétant que j’avais pu, la semaine précédant ton départ, avoir une discussion à cœur ouvert avec toi après toutes ces années d’éloignement affectif. La pensée de tes plus grands enfants me torturait, bien sûr : eux avaient-ils eu cette chance ? Peu probable, et il ne l’aurait de toute évidence plus jamais.

Trouve-moi égoïste si tu veux, mais malgré cela, cette pensée reste aujourd’hui encore source de soulagement pour moi. Savoir que j’ai pu te dire ce que j’avais sur le cœur et entendre ce que tu avais sur le tien me fait sentir plus proche de toi que je ne l’ai jamais été.

Pourtant, aujourd’hui, c’est bien la culpabilité qui m’étreint. Nous sommes le 14 mars 2026, et je me réveille dans cette maison que tu ne connaîtras jamais avec cette envie de lire que tu m’as transmise, et celle d’écrire née du vide que tu as laissé. Alors que moi… j’ai oublié.

J’ai oublié de penser à toi chaque matin comme je le faisais auparavant. J’ai oublié le son de ta voix et ton rire après l’une de tes blagues (pas) si drôles. Et surtout, j’ai oublié d’aimer le texte qui m’a permis de t’écrire ces mots après six ans de déni et de silence.

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