Chapitre 2

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En revenant à la réalité, je me rendis compte que ça faisait déjà une heure qu’Emma était partie. Avait-elle réussi à convaincre ma mère ? Avait-elle seulement eu le temps d’essayer ? Je mis mes sandales blanches, attrapai un petit gilet rose pâle et sortis de ma chambre.

Aussitôt dans le couloir, je plongeai dans les ténèbres. C’était la même chose dans tous les couloirs du château, froid, sombre, comme si une entité malfaisante rôdait en permanence. Parfois, j’identifiais ma mère à cette entité, mais je repoussai aussitôt cette pensée. Ma mère ne pouvait pas être aussi maléfique. Même si personne ne voulait le croire, j’étais persuadée qu’elle avait un bon fond, caché quelque part dans son cœur de pierre. Mon père ne l’aurait jamais épousé sinon.

Tous les couloirs du château étaient grands et aussi vides que l’était ma vie. Seules les ampoules, accrochées au mur à intervalle régulier, apportaient un peu de lumière et de chaleur. Aucune fenêtre ne s’y trouvait. Les couloirs étaient l’opposé même de ma chambre et le contraste y était flagrant. D’un côté, nous avions une pièce lumineuse, colorée, chaleureuse et de l’autre nous avions le froid et les ténèbres.

Pas une photo n’ornait ses murs noircis par le temps et l’obscurité. À croire que personne ne vivait là alors qu’en réalité, il y avait toujours quelqu’un qui rôdait. Que ce soit un garde, un domestique, voire ma mère elle-même. Aujourd’hui, c’était moi qui rôdais. Je marchais sans but.

Alors que je m’approchais de la Grande Salle, j’entendis des voix devenant de plus en plus fortes et compréhensibles. Les portes étaient ouvertes, ce qui n’était encore jamais arrivé. Si Emma avait dit vrai, ma mère discutait actuellement avec la garde impériale et ses Conseillés. Était-ce leur discussion que je surprenais ? Comme je savais que je n’avais nullement le droit d’être ici, je me fis discrète. Je marchais à pas de velours le plus proche possible du mur pour éviter que ma mère ne s’aperçoive de ma présence.


— Mais Votre Majesté… cette voix masculine tremblait. Avait-il peur lui aussi ?

— Il en est hors de question ! s’énerva ma mère que je reconnus immédiatement.


Ce ton que je connaissais malheureusement trop bien me fit froid dans le dos. Elle utilisait le même avec moi chaque fois que je lui désobéissais. Je ravalais ma salive et m’appuyais contre le mur au point de vouloir m’y fondre dedans.


— Je ne vais pas donner d’armes à feu au soldat juste parce que les rebelles parviennent à s’en procurer, je ne sais comment, reprit-elle. Nos Famas électromagnétiques sont bien plus opérationnels.

— Que comptez-vous faire pour ces rebelles ?

— Ce que j’ai toujours fait jusque-là. Les…


Pourquoi ma mère arrêtait-elle de parler subitement ? S’était-elle rendu compte de ma présence ? Mes jambes tremblaient sous mon poids. Je n’avais pas envie d’une confrontation avec elle. Pas quand Emma devait la convaincre de passer un peu de temps avec moi. Quand j’entendis sa chaise déraper contre le plancher, je fermais les yeux, serrais les dents et les poings jusqu’à avoir la marque de mes ongles sur mes paumes. Je savais qu’elle s’était levée.


— Elena !


La voix de ma mère retentit dans ma tête. Comment avait-elle fait pour savoir que j’étais là ? Il n’y avait pas de gardes dans les environs ni de miroirs. À moins qu’elle ait des yeux derrière la tête ou une super-ouïe, il était impossible qu’elle me découvre seule. Je voulais être partout ailleurs sauf devant ces portes.


— Excusez-moi mère, je ne faisais que passer, pris-je les devants en sortant de l’ombre et en entrant dans la pièce.


Ma mère se trouvait déjà devant moi alors que je n’étais qu’au niveau des portes. La tête relevée vers elle, son regard me terrifiait. Je n’y voyais que des éclairs. Des éclairs prêts à me transpercer à la moindre respiration. Ses cheveux noirs de jais étaient rassemblés en un chignon qui lui tirait la peau. Le faisait-elle pour paraitre plus jeune ou plus sévère ?


— Je ne voulais pas…

— Arrêtez de mentir ! s’énerva-t-elle encore plus.


Elle me fit sursauter et j’avalais à nouveau ma salive difficilement.


— Ne vous ai-je pas appris à ne pas écouter aux portes ?


Je voulais lui expliquer pourquoi j’avais écouté, que ce ne serait jamais arrivé si elle ne me mettait pas sans cesse de côté, mais je me ravisais en croisant son regard.


— Vous avez raison, mère, répondis-je en détournant les yeux vers le sol et en serrant à nouveau mes poings dans mon dos cette fois-ci.


Je remarquai son pied droit qui trépignait d’impatience. Elle était vraiment en colère. Il valait mieux pour moi que je me fasse la plus petite possible.


— Je vous prie de bien vouloir m’excuser.

— Vous me décevez, Elena.


Sa voix était redevenue plus calme. Mais j’y percevais toujours sa colère et sa déception.


— Et dire que votre servante est venue me convaincre de passer un peu de temps avec vous. Vous ne méritez même pas mon attention.


Rien n’aurait pu me faire aussi mal que ça. Elle venait de m’avouer que je n’étais rien pour elle, que je ne comptais pas. Je dus retenir mes larmes pour ne pas lui montrer que ça m’atteignait. Pour ne pas paraître faible devant elle.


— Hors de ma vue jeune…

— Princesse ! Aidez-nous ! La coupa l’un des diplomates avec qui discutait avec ma mère. Celui qui semblait être le plus jeune de tous.


Avant même que je ne puisse lui répondre, elle détourna le regard dans sa direction et je vis l’effroi dans les yeux du diplomate. J’avais l’impression qu’il se liquéfiait sur place. Si eux avaient peur d’elle, qu’aurais-je pu faire pour les aider ? Avant que ma mère ne se souvienne de ma présence, je disparus le plus vite et discrètement possible. Je m’enfuis dans les jardins du château, espérant ne plus la recroiser de la journée.

Plus j’en apprenais sur ma mère, plus elle me terrorisait. Pourquoi ce diplomate m’avait-il demandé de l’aide, à moi, une simple princesse prisonnière de cet immense château, alors que ma mère, l’Impératrice avait plus de pouvoirs ? Ma mère ne cessait de me répéter que le monde extérieur était dangereux, mais je ne savais jamais pourquoi. Était-ce à cause de ma mère ou des habitants comme ce diplomate ? Et qu’allait-il lui arriver maintenant qu’il avait osé défier ma mère ? Ça m’étonnerait qu’il soit simplement confiné dans une chambre comme moi.

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