Expédition






18 juin 1977- 15h57 — Musée national archéologique

Quand je reçus la lettre, je fus ébahi.
En réalité, ébahi n’est pas le mot juste : j’ai d’abord été horrifié en imaginant les pires scénarios. Ensuite, j’imagine que mon esprit a tenté de rationaliser la situation, jusqu’à me pousser à ouvrir cette lettre.

« Cher Cornelius,
J’ai reçu vos différentes missives, quelque peu insistantes quant à votre motivation à participer, dans le cadre de votre projet d’étude, à notre prochaine expédition en Égypte.
Bien que je fusse réticent à l’idée de me ralentir avec un profane, mes collègues m’ont dissuadé de penser ainsi et m’ont assuré que cela serait une occasion de faire profiter votre génération des merveilles de l’archéologie.
Trouvez donc ci-dessous un billet pour nous rejoindre au musée d’archéologie de Brightbridge. Ne soyez pas en retard. »

Après la lecture de cette lettre, je ne mis pas longtemps à préparer un sac sommaire et à sauter dans le premier train en direction de Brightburg.

Imaginez un étudiant de troisième année partir en expédition avec l’un — si ce n’est le plus grand archéologue mondial. Je trépignais d’impatience.

La porte du musée s’ouvrit dans un bruit métallique sourd.

Un homme de taille moyenne, vêtu d’une veste grise en coton et d’un pantalon blanc à carreaux violets, me dévisagea.
Nous restâmes silencieux un instant, comme suspendus hors du temps, jusqu’à ce qu’il rompe le silence d’un geste bref, m’invitant à entrer.

Le hall ressemblait davantage au paradis d’un étudiant qu’à un musée :

on y trouvait des découvertes venues des quatre coins du monde. La beauté de chaque objet était indescriptible ; je pourrais essayer, mais une vie n’y suffirait pas.

À mesure que nous avancions, les œuvres prenaient un aspect de plus en plus étrange.

Les objets familiers cédaient la place à des artefacts d’origines obscures, des idoles, des peintures et des sculptures issues de cultures inconnues.

Je fus stupéfait lorsque mes yeux se posèrent sur une dague rituelle d’apparence singulière.

Habituellement, ce genre d’objet est forgé et décoré avec soin ; mais celle-ci arborait des motifs hasardeux, presque hérétiques, comme si son créateur avait perdu la raison.

— Ahhh, je vois que vous avez bon goût, jeune homme.
— Il s’agit d’une de mes dernières découvertes, ajouta-t-il en posant une main sur mon épaule. Je l’ai trouvée en Islande. À vrai dire, je ne sais pas si l’on peut vraiment parler de découverte tant l’artisanat dont elle témoigne est sommaire, voire grossier.

Il laissa échapper un petit rire, puis reprit :
— Voyez-vous, nous avons exploré une petite île non répertoriée, au large de l’Islande. Une aubaine pour nous ! Ce ne fut pas une mince affaire : beaucoup succombèrent à la fureur de la nature. Mais lorsque je découvris cet objet, je compris que ces hommes avaient offert leur vie à l’Histoire.

Un sourire fier — presque satisfait — se dessina sur son visage.

— Bref, hum... Cornelius, c’est bien cela ?
Il m’inspecta de la tête aux pieds avant de conclure :
— Mouis... vous serez parfait ! Vigoureux, intelligent... oserais-je dire charismatique ?

Nous atteignîmes enfin une salle où quatre autres personnes étaient présentes, dont le professeur Braun lui-même.

Le projecteur s’alluma.

— Messieurs, annonça-t-il, notre objectif est l’Égypte ! Plus précisément : le tombeau de Toutankhamon !

Les jours suivant la présentation, nous préparâmes l’expédition.

Regardant les ténèbres, je sentis qu’elles me regardaient aussi…


Étrangement, à mesure que j’avançais, l’air me semblait plus frais, plus respirable, presque pur.


Au bout de vingt minutes, je me rendis compte que je marchais sans fin.

Soudain, un bruit sourd se fit entendre : un mur venait de bouger sur ma droite.

Pénétrant dans l’embrasure de la porte de pierre, un vent frais me fouetta le visage.

Je me mis à courir dans le couloir sinueux, sans réfléchir, cherchant la délivrance.

Au bout de plusieurs minutes, ma main heurta quelque chose de chaud et d’humide.

Du sang.

Mon esprit vacilla ; un vertige violent m’ébranla.

Je levai la tête, ma torche à la main, et vis une vision d’horreur absolue :

Un homme pendu, le ventre grossièrement ouvert, les boyaux à l’air, figé dans une expression de terreur suprême.
Ce visage… j’eus peine à y croire.
C’était le professeur Braun.

Non pas un avertissement, mais une offrande.

Mon esprit vacilla encore ; je compris alors qu’il n’avait pas été attaqué… mais sacrifié. Lentement.


Je marchai des heures, sans but, jusqu’à m’effondrer, épuisé.

Je n’aurais jamais dû venir ici. Je vais mourir, seul et inutile.

Mon esprit brisé vacilla une ultime fois ; je sortis un revolver, glissai une balle, et posai le canon contre ma tempe.

Je pressai la gâchette… mais je n’eus pas la force de tirer.
Alors voilà… ma vie s’achève ici, misérablement.

Durant de longues heures qui me parurent être des jours, j’attendais la mort, vacillant entre lucidité et folie.

Alors que je glissais doucement vers le sommeil éternel, je sentis une chaleur envelopper mon épaule.

— Cornelius… Cornelius… CORNELIUS, RESTEZ AVEC MOI !

Je me repris, plissant les yeux pour voir qui c’était : c’était le professeur.

— Mon Dieu, pauvre de vous ! Je suis si heureux de vous avoir trouvé. Tenez… buvez, cela va vous aider.

Tandis que j’avalais l’eau, des larmes perlèrent sur mes joues : il était bien là, bien réel.

— Suite à la découverte d’une porte secrète, je me suis engouffré plus profondément dans le tombeau, dit-il. Mais le professeur Braun refusait de venir, alors je l’ai laissé avec vous.

Reprenant peu à peu mes esprits, je compris que mon salut viendrait de cet homme.

Nous marchâmes jusqu’à atteindre une grande salle de rites, au centre de laquelle se dressait une table de pierre recouverte de poussière.

— Nous passerons quelques heures à nous reposer ici, puis nous repartirons dans la direction opposée, dit-il.

*Je suis si heureux… si heureux à l’idée de pouvoir enfin sortir d’ici.

Carnet de l’étudiant retrouvé à terre



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