Epilogue
28 ans avaient passé. Comme ça, dans un souffle. Une délicate brise, apportant de nouvelles rides, de nouveaux souvenirs, de nouvelles images. Anselme était monté au volant de son bus pour son dernier trajet avant une retraite bien méritée. Les arrêts défilaient, les gens montaient, des pages se tournaient. Il n'était pas triste. Sa vie avait eu sa dose de lumière. Aujourd'hui, il se sentait accompli. Utile. Les gens lui souriaient, lui parlaient un moment, échangeaient des banalités pleines de bienveillance. Il s'en était rempli pendant toutes ces années.
Au conservatoire de musique, il faisait chanter sa clarinette au milieu de l'orchestre. Il adorait ça.
Il avait surtout compris qu'avancer sur ses limites intérieures était l'acte le plus courageux et le plus nécessaire qu'un homme puisse accomplir dans sa vie.
Alors non, aucun regret. Il était à sa place.
À l'avant-dernier arrêt avant le terminus, une jeune femme portant un étui de violon monta dans le bus. Elle portait des lunettes de soleil, ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules. Elle s'arrêta devant lui, ôta posément ses lunettes, découvrant des yeux bleus dans lesquels Anselme plongea.
— Bonjour Anselme. Me voilà, dit-elle en lui tendant sa main transparente.

Annotations
Versions